Le président tunisien Kais Saied a limogé lundi le ministre de la Défense, au lendemain de sa décision de suspendre les activités du Parlement et de limoger le Premier ministre, aggravant la crise dans laquelle la jeune démocratie est plongée depuis des mois. Après une journée de manifestations dimanche dans de nombreuses villes du pays contre la gestion de l’épidémie de coronavirus par le gouvernement de Hichem Mechichi, le président Saied a limogé ce dernier et annoncé « le gel » des activités du Parlement pour 30 jours. Il s’est octroyé le pouvoir exécutif, en annonçant son intention de désigner un nouveau Premier ministre et en procédant à des changements au sein du gouvernement. Lundi, la présidence de la République a annoncé dans un communiqué le limogeage du ministre de la Défense Ibrahim Bartagi et de la porte-parole du gouvernement Hasna Ben Slimane, également ministre de la Fonction publique et ministre de la Justice par intérim. Ennahdha, principal parti au Parlement, a fustigé ces mesures, dénonçant « un coup d’Etat contre la révolution et contre la Constitution ». En revanche, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), l’influente centrale syndicale, a implicitement soutenu les décisions du président estimant qu’elles étaient « conformes » à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique, plus de dix ans après le soulèvement qui a mené à la chute de Ben Ali. « Il est temps » que les parties responsables de la situation « dégradée » dans le pays « assument leurs responsabilités », a estimé ce syndicat.