Le nouveau chef de l’exécutif aura la lourde tâche de former un gouvernement de consensus dans un champ politique tunisien fortement fragmenté.

Le ministre tunisien de l’Intérieur, Hichem Mechichi, a été désigné samedi soir par le président Kais Saied Chef du futur gouvernement qui doit former d’ici un mois son équipe dans un contexte politique tendu. Sa désignation intervient le jour où la Tunisie fête le 63e anniversaire de la République, un jour qui marque l’abolition du régime monarchique et la proclamation de la République en 1957. Ce jour commémore aussi le premier anniversaire de décès de Béji Caid Essebsi, premier Président tunisien élu au suffrage universel en 2014, mort à quelques mois de la fin de son mandat à l’âge de 92 ans. Le nouveau Chef du gouvernement, M. Mechichi, succède à Elyes Fakhfakh qui, fragilisé par une affaire de conflit d’intérêt, a démissionné sous la pression du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, qui avait déposé une motion de défiance contre lui. Il devra obtenir la confiance du Parlement à la majorité absolue d’ici septembre. Faute de quoi, l’Assemblée sera dissoute et de nouvelles élections législatives auront lieu. La Tunisie, où le dernier scrutin législatif s’est déroulé en octobre, aurait alors 90 jours pour organiser ce vote anticipé, soit avant fin 2020. Hichem Mechichi, 46 ans, juriste de formation et ancien premier conseiller du président Saied, n’a pas été proposé par les partis politiques au pouvoir. Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement sortant d’Elyes Fakhfakh, il a également occupé les fonctions d’ancien chef de cabinet des ministères du Transport, des Affaires sociales et de la Santé. Dans une déclaration publiée par la présidence de la République, M. Mechichi a estimé que son nouveau poste représente une « grande responsabilité et un grand défi surtout dans les circonstances actuelles» promettant de « travailler pour former un gouvernement qui répondra à toutes les attentes des Tunisiens». Il aura avant tout la difficile tâche de rassembler une majorité au sein d’un Parlement profondément fragmenté. Elue en octobre, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) est composée d’une multitude de formations politiques dont certaines sont à couteaux tirés, à l’exemple du Parti destourien libre (PDL) de l’anti-islamiste Abir Moussi (16 députés sur 217) et du parti Ennahdha, la première force au Parlement (54 députés). A cause de ce climat d’hostilité, des plénières n’ont pas été tenues durant les deux dernières semaines en raison des échanges violents entre notamment ces deux blocs, le PDL réclamant le départ du président du parlement Rached Ghannouchi, qui fait l’objet d’une motion de retrait de confiance qui sera examinée lors d’une plénière le 30 juillet. Lundi, 20 juillet, le président Saied a mis en garde contre un état de « chaos» au sein du Parlement et un « blocage des travaux d’une institution constitutionnelle». La Tunisie, qui a pris avec succès des mesures drastiques pour circonscrire l’épidémie de coronavirus, est frappée de plein fouet par les retombées économiques et sociales de la fermeture des frontières. Des milliers d’emplois sont sur la sellette alors que la population est déjà exaspérée par le manque de perspectives dans un pays où le taux de chômage officiel dépasse les 30% dans certaines régions et parmi les jeunes. <