Les relations entre la Tunisie et les Etats-Unis ont connu durant ces dernières heures quelques difficultés à l’issue de l’appréciation critique que fait le Département d’Etat US sur la nouvelle Constitution voulue par le président Kais Saied et adoptée lundi 25 juillet 2022
par voie référendaire…

Par Kahina Terki
Ces difficultés se sont manifestées par les protestations de la présidence tunisienne qui a dénoncé une « ingérence » dans les affaires internes du pays et par la convocation de la chargée d’affaires à l’ambassade américaine à Tunis. Vers quoi peuvent-elles évoluer ?
Les Etats-Unis soutiennent les négociations de la Tunisie avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt destiné à la soulager de la crise économique et financière dont elle souffre, moyennant des réformes. La Tunisie est un partenaire majeur non-membre de l’Otan.
Les deux parties ne semblent donc pas en situation de s’engager dans une relation d’hostilité. Il est cependant, indéniable, que Washington entend faire pression sur la présidence tunisienne en cas de désaccords sur sa politique étrangère notamment. Il est également probable que Tunis ne l’entende pas de cette oreille et que, par exemple, l’accréditation de l’éventuel prochain ambassadeur américain à Tunis, Joey Hood qui a déclaré faire de son futur mandat l’occasion de « renforcer la démocratisation » tunisienne et « poursuivre les efforts de normalisation avec Israël », deux formulations qui n’ont pas plus au Palais de Carthage, prenne plus de temps que prévu. Flash-back.
Vendredi 29 juillet, la chargée d’affaires à l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie américaine, en poste depuis novembre 2021, a, en effet, été convoquée par la diplomatie de ce pays qui a dénoncé « une ingérence » et des déclarations « inacceptables » de responsables américains ayant critiqué cette semaine le référendum sur la Constitution tenu lundi et l’évolution politique du pays.
Natasha S. Franceschi, qui fait office de principale responsable de l’ambassade, a dû se rendre au siège du ministère des Affaires étrangères « après le communiqué du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (Anthony Blinken) sur le processus politique en Tunisie, et après les déclarations inacceptables de l’ambassadeur américain désigné en Tunisie », Joey Hood, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères tunisien.
Le ministre Othman Jerandi a dénoncé dans le communiqué « une ingérence inacceptable dans les affaires nationales intérieures », et exprimé « la stupéfaction tunisienne après ces déclarations et le communiqué (de M. Blinken) qui ne reflètent pas du tout la réalité de la situation en Tunisie ».
Quelques heures auparavant, le ministre Jerandi avait rencontré le président Kais Saied, qui lui avait exprimé son « rejet de toute forme d’interférence dans les affaires internes du pays », soulignant que « la souveraineté de la Tunisie et son indépendance sont au-dessus de tout ».
M. Saied faisait allusion à une série de déclarations provenant surtout des Etats-Unis critiquant le processus ayant abouti à un référendum sur une nouvelle Constitution, approuvée lundi par près de 95% des votants mais avec une très faible participation de 30,5%.
Dès mardi 26 juillet, le porte-parole du Département d’Etat Ned Price faisait état d’« inquiétudes » américaines « sur le fait que la nouvelle Constitution inclut des mécanismes de contrepoids affaiblis, qui pourraient compromettre la protection des droits humains et des libertés fondamentales ». Mercredi d’après, Joey Hood nommé ambassadeur à Tunis mais qui doit encore être confirmé, a déploré devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, « une érosion alarmante des normes démocratiques et des libertés fondamentales au cours de l’année écoulée, qui ont hypothéqué de nombreux acquis durement réalisés depuis qu’ils ont renversé un dictateur en 2011 ». « Les actions du président Kaïs Saïed au cours de l’année écoulée pour suspendre la gouvernance démocratique et consolider le pouvoir exécutif ont soulevé de sérieuses questions », avait-il ajouté.
Jeudi 29 juillet, une nouvelle déclaration du secrétaire d’Etat Blinken a terminé de déclencher les foudres tunisiennes. Sur son compte twitter, il a dit soutenir « fortement les aspirations démocratiques du peuple tunisien », soulignant qu’un « processus de réforme inclusif et transparent est crucial pour restaurer la confiance des millions de Tunisiens tant ceux qui n’ont pas participé au référendum, que ceux qui se sont opposés à la nouvelle Constitution ».
Le mercredi 27 juillet, les réseaux sociaux en Tunisie se sont enflammés après la publication par un site électronique d’un article sur la « feuille de route de Joey Hood potentiel ambassadeur des USA à Tunis ». M. Hood déclare vouloir faire de son futur mandat l’occasion d’un « rétablissement d’une gouvernance démocratique en Tunisie » et la « poursuite des efforts pour la normalisation avec Israël ». « Je poursuivrai cet engagement et j’encouragerai les dirigeants tunisiens à rétablir rapidement un gouvernement démocratique responsable devant leur peuple » ». « Je vais promouvoir une vision de croissance économique inclusive et ouverte. Le gouvernement est en train de négocier un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), et cela pourrait être une étape vers des réformes qui profiteraient à tous les Tunisiens. La normalisation des relations avec Israël, notamment par le biais des accords historiques d’Abraham, a conduit à une plus grande paix et sécurité dans la région et a approfondi les possibilités d’accroître la croissance économique et la productivité. Je soutiendrai la poursuite des efforts visant à normaliser les relations diplomatiques et économiques avec l’État d’Israël dans la région », a-t-il déclaré. n