La campagne électorale de l’élection présidentielle tunisienne a débuté officiellement hier lundi et se poursuivra jusqu’au 13 septembre 2019, sur fond d’intenses activités prévues par les 26 candidats retenus pour ce scrutin présidentiel anticipé du 15 septembre prochain. Après le démarrage de la campagne à l’étranger le samedi 31 août, les 7,2 millions d’électeurs tunisiens seront courtisés durant les dix jours de la campagne par les prétendants à la magistrature suprême qui comptent sillonner le pays et les villes européennes où réside la diaspora pour les inciter à voter le jour «J».

La campagne d’affichage a commencé à partir de dimanche minuit, a indiqué l’agence TAP, ajoutant que l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a mis en place 310 centres et 391 bureaux de vote dans les six circonscriptions à l’étranger pour les 387 mille électeurs inscrits.
Le scrutin présidentiel dans les circonscriptions électorales à l’étranger est prévue les 13, 14 et 15 septembre prochain. Un tirage au sort relatif au passage des candidats à l’élection présidentielle anticipée de 2019 sur la télévision nationale, dans des spots d’expression directe a été organisé.
Les séances d’enregistrement avec les candidats auront lieu les 4 et 5 septembre et la diffusion commencera le 10 septembre à 19h30 et se poursuivra jusqu’au 13 septembre.
Une première en Tunisie et dans les pays arabes, des débats électoraux seront organisés à partir de la deuxième semaine de la campagne. Les débats électoraux sont réalisés en partenariat entre les établissements de la télévision et de la radio tunisienne, les radios et télévisions privées à l’initiative de «Munathara», un forum de débats arabes ouverts basé à Tunis.
Les débats démarreront la deuxième semaine de la campagne et seront déclinés en trois émissions d’une durée de deux heures et demi chacune. Pour chaque émission, 10 candidats seront présents. L’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (Isie) a fixé les règles de la campagne électorale pour la présidentielle qui consistent, pour l’essentiel en la neutralité de l’administration, des lieux de culte et des médias nationaux et le rejet de tout discours incitant à la haine, la violence, l’intolérance et à la discrimination sur la base de la religion, de la race, de l’ethnie et du genre.
L’Isie a annoncé, samedi, la liste définitive des 26 candidats à l’élection présidentielle anticipée. Lors d’une conférence de presse ce samedi, le président de l’Isie, Nabil Baffoun a indiqué que le conseil de l’instance réuni après l’expiration des délais de retrait des candidatures, a examiné les dossiers complets des candidats. Ainsi, après les jugements rendus par le Tribunal administratif, l’Insance a dévoilé la liste définitive des candidatures retenues. Il s’agit de celles de Monji Rahoui, Mohamed Abbou, Abir Moussi, Nabil Karoui (actuellement en détention), Mohamed Lotfi Mraihi, Mehdi Jemaâ, Hamadi Jebali, Hamma Hammami, Mohamed Moncef Marzouki, Abdelkarim zbidi, Mohsen Marzouk, Mohamed Sghaier Nouri, Mohamed Hechmi Hamdi, Abdelfattah Mourou, Omar Mansour, Youssef Chahed, Kais Saïd, Elyes Fakhfakh, Slim Riahi, Salma Elloumi, Saïd Aïdi, Ahmed Safi Saïd, Neji Jalloul, Hatem Boulabiar, Abid Briki et Seïfeddine Makhlouf

Election ouverte
La campagne présidentielle s’ouvre un mois et demi après le décès du chef de l’Etat Béji Caïd Essebsi, pour un scrutin aussi indécis que vital pour le pays, qui doit encore consolider les acquis démocratiques. C’est la première fois que les Tunisiens n’ont aucune idée de qui va être présidenté, selon le groupe de réflexion tunisien Joussour. «En 2014, il y avait deux grands champions, le président sortant (Moncef) Marzouki et M. Essebsi. Là, tout est possible». Le décès, le 25 juillet à quelques mois de la fin de son mandat, de M. Essebsi, premier président élu démocratiquement au suffrage universel en Tunisie, a bouleversé le calendrier électoral.
Beaucoup placent en tête Nabil Karoui, homme d’affaires et magnat des médias détenu depuis le 23 août après avoir été inculpé de «blanchiment d’argent» dans le cadre d’une enquête en cours depuis plus de trois ans. Après des incertitudes, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) a finalement validé sa candidature.
Les soutiens de M. Karoui ont affirmé que son arrestation en juillet était entachée d’irrégularités, accusant le chef du gouvernement Youssef Chahed, qui est l’un de ses rivaux pour l’élection, d’en être l’instigateur. Le gouvernement avait présenté une loi éliminant M. Karoui de la course, mais cet amendement, voté, n’a pas été promulgué par le défunt président Essebsi.
MM. Chahed et Karoui, ainsi qu’au moins quatre autres candidats, sont issus ou proches du parti séculariste Nidaa Tounes fondé en 2012 et ayant fait élire Béji Caïd Essebsi en 2014. Ce parti, créé en rassemblant des mouvements hétéroclites sur une plateforme anti-islamiste, est en miettes, décimé par des luttes de clans. Lors du lancement de la campagne à l’étranger samedi, M. Chahed, à l’occasion d’un meeting à Lyon en France, s’est posé en défenseur des droits humains.
Les candidats sécularistes seront notamment opposés au premier candidat présenté par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, le président par intérim de l’Assemblée Abdelfattah Mourou, un avocat septuagénaire à la verve appréciée, qui porte l’habit traditionnel mais prône l’ouverture du parti. Pour le politologue Hamza Meddeb, il y a une possibilité sérieuse que M. Mourou «soit au second tour», qui doit avoir lieu avant le 4 novembre. «La grande inconnue sera son rival vu la fragmentation du paysage séculariste, ça pourrait être Nabil Karoui, Youssef Chahed, ou Abdelkrim Zbidi», ancien ministre de la Défense.
M. Zbidi, technocrate sexagénaire, est sorti de l’ombre après avoir été appelé au chevet de M. Essebsi, qui l’a ainsi placé sur la liste de ses successeurs.
Plusieurs fois ministre, il n’a jamais disputé d’élections politiques et souhaite «remettre en marche l’ascenseur social», a-t-il indiqué lors d’un entretien avec l’AFP. Un universitaire indépendant néophyte en politique, Kais Saïed, s’est fait une place en haut des sondages mais à défaut de soutien partisan, difficile de savoir s’il va s’y maintenir.
Plusieurs anciens ministres et Premiers ministres –comme Mehdi Jomaa, ex-chef d’un gouvernement de technocrates, ou Hamadi Jebali, un dissident d’Ennahdha– sont également dans la course, ainsi qu’une pasionaria anti-islamiste, Abir Moussi. «C’est une élection ouverte et elle restera probablement ouverte même au second tour», souligne M. Meddeb, estimant que des surprises peuvent émerger au cours de la campagne.
Aucun changement n’est prévu quant à la date des législatives programmées pour le 6 octobre, qui se tiendront donc entre les deux tours de la présidentielle. n