La justice tunisienne a annoncé mercredi l’arrestation du chef de la police municipale à Sbeitla à la suite des troubles dans cette ville du centre-ouest défavorisé de la Tunisie, après la mort d’un homme lors de la démolition d’un kiosque. Au lendemain d’une journée marquée par des mouvements de colère, la situation était calme à la mi-journée à Sbeitla, où les forces de sécurité étaient déployées quasiment à tous les ronds points, selon un correspondant de l’AFP. Mardi à 03H00 du matin, la police municipale avait démoli un petit commerce de journaux et de tabac dans un quartier populaire de Sbeitla, tuant un homme qui dormait à l’intérieur. Ce décès a provoqué la colère des habitants qui ont bloqué des routes, incendié une voiture de la police municipale et jeté des pierres sur les forces de sécurité déployées sur place, selon le ministère de l’Intérieur. Le propriétaire de ce kiosque, Oussama Khachnaoui, également fils de la victime, a affirmé mardi à l’AFP qu’il n’avait pas été averti de démolition, ajoutant que les agents «avaient procédé à la destruction sans vérifier s’il y avait quelqu’un à l’intérieur». Depuis, alors que les autorités locales se renvoyaient publiquement la balle, de nombreux internautes ont réclamé que les responsables de ce «drame» soient poursuivis en justice. Certains critiquaient un Etat «qui n’applique la loi qu’aux pauvres» ou qui «laisse les corrompus trainer en totale impunité». Après le limogeage du préfet, du sous-préfet et d’un responsable sécuritaire de cette région, le Premier ministre, Hichem Mechichi, a décidé également de limoger le chef de la police municipale. Ce dernier a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour «homicide volontaire», a indiqué mercredi à l’AFP le porte-parole du tribunal de Kasserine et substitut du procureur général, Riadh Nouioui. Des internautes ont publié une copie de la décision de démolition, signée par le chef de la police municipale. La ville de Sbeitla est connue pour un majestueux site archéologique antique et située à 30 km du chef lieu du gouvernorat de Kasserine, dans une région de l’intérieur tunisien marginalisé. Les mouvements de protestation y sont récurrents pour réclamer travail et investissements, et le commerce informel, comme la vente de journaux ou de pain, permet à de nombreux jeunes de gagner de quoi aider leur famille. <