Des milliers de Palestiniens ont enterré vendredi à  Al- Qods la journaliste Shireen Abu Akleh, tuée de  sang froid par un sniper de l’armée israélienne, a rapporté la chaine Al-Jazeera pour laquelle  la victime travaillait depuis de longues années à couvrir l’actualité palestinienne.

Ses funérailles ont été pratiquement profanées par une charge de la police israélienne, des images qui ont choqué jusqu’aux milieux politiques internationaux d’ordinaires très frileux à porter l’accusation sur l’Etat hébreu  et la politique de répression qu’il pratique à l’égard des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupée.

En réaction à cette nouvelle marque de violence inouïe dans un instant de douleur et de recueillement pour les proches de la journaliste et les Palestiniens en entier,  l’Union européenne s’est dite « consternée par le niveau de force inutile exercée par la police israélienne tout au long du cortège funèbre ». « Un comportement aussi disproportionné ne fait qu’alimenter les tensions », d’après elle.   

Aux Etats-Unis, la Maison Blanche s’est dite « profondément troublée » par les images des obsèques de la journaliste . « Nous avons tous vu ces images, elles sont profondément troublantes », a déclaré la porte-parole Jen Psaki. « Nous déplorons l’intrusion dans ce qui aurait dû être une procession dans le calme », a-t-elle ajouté. « Nous avons demandé du respect pour la procession funèbre, les proches de la défunte et la famille dans ce contexte sensible », a poursuivi Mme Psaki, en rendant hommage à la « journaliste remarquable » tuée mercredi lors d’un raid israélien en Cisjordanie occupée. 

Au contraire de l’Union européenne, la porte-parole de l’exécutif américain  s’est gardée de dénoncer l’usage d’une force disproportionnée par les forces  israéliennes lors de ces funérailles.  « Quand nous disons qu’elles (ces images) sont troublantes, évidemment nous ne les justifions pas », s’est-elle bornée à dire.

Vendredi, une marée humaine a participé aux funérailles de la journaliste.    

A la sortie du cercueil de l’hôpital Saint-Joseph à Jérusalem-Est, secteur palestinien de la ville occupé et annexé par l’Etat hébreu, la police israélienne a fait irruption dans l’enceinte de l’établissement et tenté de disperser une foule brandissant des drapeaux palestiniens.  

« Si vous n’arrêtez pas ces chants nationalistes, nous devrons vous disperser en utilisant la force et nous empêcherons les funérailles d’avoir lieu », a déclaré dans une mégaphone un policier israélien en direction de la foule, selon une vidéo diffusée par la police.   Des images retransmises par des télévisions locales montrent le cercueil manquer de tomber au sol et la police faire usage de matraques. D’après le Croissant-rouge palestinien, 33 personnes ont été blessées lors des funérailles, dont six ont été hospitalisées.

    Scènes choquantes 

   La représentation française à Jérusalem a qualifié de « profondément choquantes » les « violences policières » à l’hôpital Saint-Joseph. « Les forces d’occupation ne se sont  pas contentées de tuer Shireen (…) mais elles ont terrorisé ceux qui l’ont accompagnée vers sa dernière demeure », a affirmé un communiqué du ministère qatari des Affaires étrangères.   Le cercueil a été transporté vers la Vieille Ville où une messe a été prononcée dans une église comble. La foule a ensuite suivi le cercueil jusqu’au cimetière.  

Les funérailles ont eu lieu alors que de nouveaux heurts ont éclaté près et dans le camp de Jénine où l’armée israélienne y a lancé plusieurs opérations pour appréhender selon elle des Palestiniens recherchés. 

Dans ce camp, 13 Palestiniens ont été blessés, selon le ministère de la Santé palestinien. Un policier israélien a été tué lors d’une opération à Burqin près de Jénine « contre des terroristes », selon un communiqué officiel israélien. Le groupe armé palestinien Jihad islamique a indiqué que ses combattants l’avaient tué.  

Indignation

   Le décès de Shireen Abu Akleh a suscité une vague d’émotion dans les Territoires palestiniens, dans le monde arabe où ses reportages ont été suivis pendant plus de deux décennies, en Europe et aux Etats-Unis.

Plusieurs appels à une enquête « transparente » ont été lancés.