Oliver Stone, le réalisateur très controversé pour ses prises de position aux Etats-Unis pour ses films sur le Vietnam et le président J.F. Kennedy, entre autres, préparerait une «movie» sur le fantasque 45e Président des States. Entre le comique, le tragique et, surtout, la dangerosité du personnage, il y a même de quoi faire une série à la Game of Thrones où les coups bas, les trahisons et l’incitation à la haine de l’autre auront le beau rôle. Pour rester branché Hollywood, Trump aura été un mélange de «Docteur Folamour» pour l’instabilité chronique, dont il aura fait preuve tout au long de ses quatre années de règne, et «d’Orange mécanique» pour sa violence verbale et la violence physique de ses «adeptes».

Cinq jours après les violences qui ont affligé la liberté et bousculé l’Amérique, les Américains se réveillent avec la gueule de bois. Non pas d’avoir trop fêté le Nouvel an, mais plutôt avec le sentiment de s’être fait floués, manipulés par le Président «le plus nul et le plus imprévisible» que les Etats-Unis aient connu. Le président élu, Joe Biden, souriant, a répondu, lors d’un échange avec les journalistes, que «c’est une bonne chose» faisant allusion à la dernière déclaration de Trump qui déclarait son refus d’assister à la traditionnelle cérémonie d’investiture du nouveau Président des Etats-Unis.
«Prisonnier» à la Maison-Blanche, Donald Trump assiste à l’effondrement de son règne chaotique avec les démissions en cascades de ses aides de camps, la suppression de ses comptes de réseaux sociaux, notamment twitter, le risque d’un (improbable) «impeachment», le péril (probable) de poursuites judiciaires «pour toute son œuvre», et la liste des gâteries qui attendent l’homme à la chevelure orange est encore longue. Sa meilleure ennemie, la cheffe des démocrates au Congrès américain, Nancy Pelosi, a déclaré avoir conversé avec l’armée américaine pour s’assurer que Donald Trump, un «président déséquilibré», ne puisse pas utiliser les codes nucléaires. Le macho par excellence a fini par se perdre dans les méandres de ses méfaits, non seulement des quatre années de sa présidence, mais aussi tout au long de sa carrière d’homme d’affaires véreux.
Ses dernières «instructions» ont abouti à l’invasion du Capitole qui n’a été en danger que lors de films hollywoodiens de série B. Une «horde sauvage», pour paraphraser le titre d’un film de Sam Peckinpah, à la demande de «son» Président, a déferlé sur l’antre de la liberté aux Etats-Unis, essayant, bêtement, d’empêcher l’officialisation du président élu, Joe Biden. Peine perdue, car après un retrait des sénateurs pour «danger immédiat», tout est rentré dans l’ordre, mais avec, au bout de l’horreur décidée par Trump, la mort de cinq personnes, dont un policier qui a succombé à ses blessures infligées par les gourous du Président.
Depuis, et par un message vidéo, l’agité milliardaire a enfin reconnu sa défaite à demi-mot, sentant le vent tourner définitivement, et probablement obligé par la poignée de proches qui lui reste, de mettre de l’eau dans son vin, espérant «l’indulgence du jury», le jour où il devra payer pour ses nuisances, quand il ne sera plus pensionnaire de la Maison-Blanche.

Orange mécanique et Docteur Folamour
Egal à lui-même, Trump n’a pas hésité non plus à lâcher la chienlit qu’il a chauffé à blanc et lancé sur le Capitole, dénonçant «une attaque odieuse» sur le Capitole, s’estimant chaste des incidents qui ont endeuillé sa fin de mandat. Mais «le jury» de responsables démocrates et républicains excédés ont jugé tardif le retour à la raison du Président sortant. D’ailleurs, et dans son propre camp démocrate, on espère que Trump se fasse transparent et qu’il laisse certains de ses détracteurs. Ils estiment que le plus simple serait que le 45e Président se taise et laisse de facto le vice-président Mike Pence aux commandes du navire américain jusqu’au 20 janvier.
De l’inaptitude, la destitution où «l’impeachement», il n’y a pas donc que Pelosi qui veuille que ce soit le lot que Trump devra traîner pour les jours qui lui restent à la tête du pays.
Quoi qu’il en soit, le rideau sera tiré définitivement sur la souveraineté de Trump, qui a rebattu les cartes non seulement au pays de l’oncle Sam, mais aussi à travers le monde, où le chantage a été son arme favorite pour amener les pays arabes à reconnaître la souveraineté d’Israël sur les terres palestiniennes. Une aide pécuniaire conséquente et une absolution de tous ses péchés pour le Soudan. Des territoires sahraouis comme entité marocaine pour le Maroc. Des ventes d’armes et d’avions pour les micros Etats du Moyen-Orient. Le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. La suspension de «l’abonnement» américain à l’OMS. La violation du traité sur les armes nucléaires avec l’Iran. La remise en cause de l’Accord de Paris sur le changement climatique. La brouille avec l’Europe et la Chine, et la liste est encore longue sur le parcours atypique et hasardeux du plus conféré des présidents américains.
«You’re fired», (tu es renvoyé) sera sûrement la phrase la plus adaptée à adresser à Trump le 20 janvier prochain. Une phrase qu’il adorait lancer à des candidats en lice pour un jeu télé américain qu’il animait dans les années 90. Mais là, ce n’était qu’un jeu…

Deuxième procédure de destitution
Donald Trump pourrait se retrouver dès lundi sous le coup d’une seconde procédure de destitution, un développement sans précédent historique, alors qu’il ne montrait hier samedi aucun signe de vouloir démissionner ou se mettre en retrait après les violences du 6 janvier au Capitole.
Un texte de mise en accusation («impeachment»), rédigé par des élus démocrates à la Chambre des représentants, reproche au président républicain d’avoir «délibérément fait des déclarations» qui ont encouragé l’invasion du bâtiment du Congrès par ses partisans. L’article de mise en accusation affirme aussi que Donald Trump a «gravement mis en danger la sécurité des Etats-Unis et de ses institutions de gouvernement».
La décision de lancer cette nouvelle procédure de destitution («impeachment») reviendra une fois de plus à la puissante présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Elle a promis d’agir si le président républicain ne démissionnait pas immédiatement. «Il est fou, déséquilibré et dangereux. Il doit partir», a-t-elle martelé.