Les artistes comme Massinissa, Chaba Yamina, la sublime Taoues Arehab ou encore Cheb Wahid, ont régalé, dans la soirée de mardi dernier, le nombreux public présent à la ville antique des Aurès, à l’occasion de la troisième soirée de la 41e édition du Festival international de Timgad, qui prendra fin ce jeudi 1 août.

De notre envoyée spéciale à Timgad : Fadila Djouder
Massinissa, le populaire chanteur chaoui, a ouvert la soirée avec ses titres phares, «Azul», «Thimazighine», «Amar da zahouani », un mélange entre blues et style chaoui, «igueweâr Lefraq» (qu’elle est difficile la séparation). Ou encore «Son», une abréviation du prénom Sonia, sur laquelle l’artiste confie au public : «Cette chanson je l’ai faite en cadeau à un ami, qui était amoureux de cette jeune fille. Elle parle d’espoir et d’amour.»

Massinissa appelle à rehausser le niveau de la variété
En marge de sa prestation musicale, Massinissa nous confie : «J’espère que mon passage sur scène a plu au public, bien que je sois monté sans mon groupe. » Il ajoute que «j’aurais aimé être programmé avec Ali Amrane. Nous avons déjà chanté ensemble un duo qui s’intitule «Tharwa n Djerdjer d Tarwa n Wawres », (les enfants du Djurdjura et des Aurès). J’aurais souhaité l’interpréter avec lui ce soir». Abordant la qualité du répertoire de la variété algérienne, Massinissa avoue : «Je reconnais qu’il y a un grand manque dans notre culture musicale, pas seulement dans les paroles mais, également, dans la composition musicale. Certes, il y a plusieurs facteurs qui ont mené à la régression des chansons populaires, mais il faut reconnaître que même le goût de ceux qui écoutent cette musique s’est délabré. » Toutefois, il nuance ces propos en estimant qu’«il ne faut pas dire aussi que tout n’est pas bon, car il y a de vrais pépites dans le répertoire de la variété, mais c’est vrai, qu’elles ne sont pas très visibles». En ce qui concerne le niveau de la chanson chaoui, il répond : «Je la place au même niveau que la chanson kabyle. Plus encore, je la place au niveau d’artistes comme Idir ou Aït Menguelet.» Il regrette toutefois que la chanson chaoui ne bénéficie pas de la même promotion que la chanson kabyle. «Nous n’avons pas d’organisateur de concert à l’étranger. Personnellement, j’ai chanté dans plusieurs pays, mais c’est toujours les Kabyles qui m’invitent car ils sont dans le domaine. Même, au niveau local, nous n’avons pas d’éditeurs professionnels dans la région», a-t-il relevé. Le chanteur chaoui nous annonce, par ailleurs, que son nouvel album comportant dix chansons, de différents styles, sera sur le marché dès le mois de septembre ou octobre prochain.

Chaba Yamina attendue et ovationnée
L’enthousiasme du public est monté d’un cran avec l’entrée sur scène de la chanteuse des Haut-Plateaux, Chabba Yamina, vêtue d’une sublime tenue traditionnelle chaoui. Très attendue par ses fans, qui étaient nombreux à faire le déplacement à l’antique site de Timgad, elle a comblé leurs attentes en leur interprétant les fameux titres du répertoire algérien, à savoir «Khardjou el khayala», «Djit N’tebteb Fel Bab», «El Djazaïria madi Yedek», «Elayla, elayla» ou encore «Seb Erechach».
A sa sortie de scène, rayonnante de bonheur, la chanteuse nous confie, dans les coulisses : «J’ai reçu un grand accueil de la part du public de Batna qui était nombreux à m’attendre. Je les remercie et, sincèrement, j’étais émue jusqu’aux larmes.» Quant au choix de sa tenue chaoui, la chanteuse expliquera qu’«à chaque fois que je me rends dans un festival, je mets la tenue traditionnelle de la région». Ajoutant : «J’aurais aimé interpréter quelques titres en chaoui, mais je n’ai pas eu assez de temps. J’espère revenir prochainement avec un récital, spécialement pour mon public ici. » Mettant toutefois en exergue qu’«avec le peu de temps qui m’était consacré, 35 minutes, j’ai fait ce que je pouvais pour interpréter quelques chansons du répertoire ancien et nouveau. J’espère que le public a été satisfait de ma prestation.»

Taoues Arehab envoûte et fait danser le public
De son côté, Taoues Arehab a égayé l’assistance par sa talentueuse interprétation et sa voix angélique. Le public a eu droit à un fabuleux moment de joie. Sous les jeux de lumière, ils ont dansé au rythme des chansons que l’artiste a interprétées avec beaucoup de talent, accompagnée des youyous qui fusaient de toutes parts. «Sendou», «Vava Ynouva», «Zwits arwits» d’Idir, «A sidi Baloua», de Farid Gaya, ou encore, «Snioua ifendjalen» de la regrettée Cherifa, sont les titres qu’a choisis la star de la soirée pour son public qui l’a applaudi. La chanteuse qui s’est comportée comme une diva a su faire bouger les spectateurs au rythme de la chanson kabyle. Les gradins ont été sublimés par les flashes des téléphones, tout au long du passage de l’artiste. D’ailleurs, nous avons demandé à quelques présents, ce qu’ils ont préféré de la soirée et leur réponse a été nette et claire : «Cela fait trois jours que je viens à ces soirées, ce moment passé avec Taoues et de loin mon préféré, même si je ne comprends pas ce qu’elle chante. Nous avons adoré son énergie et sa belle voix», dira une mère de famille, qui est une habituée de l’événement. La chanteuse nous dira à la fin de sa prestation que «c’est la sixième fois que je participe à Timgad. Dès mon arrivée, j’ai ressenti une grande différence par rapport aux éditions passées. Le festival s’est beaucoup amélioré et en tant qu’artistes, ils nous ont mis très à l’aise et on a été reçus dans de très bonnes conditions». Quant au choix du répertoire concocté pour la soirée, elle dira que «c’est spontané, pourtant, j’ai donné une liste de chansons aux musiciens, mais à mon arrivée sur scène et avec l’ambiance qu’il y’avait, je suis partie dans un délire total pour répondre aux demandes du public». A propos de son parcours, elle rappelle que «l’année précédente, j’ai sorti un album avec Safi Boutella, je l’ai titré «Ilekem» (sois), en hommage à toutes les femmes. Mais, je reconnais qu’il faut un peu de temps pour que les gens comprennent les messages des chansons. Dieu merci, je reçois beaucoup de messages positifs sur les réseaux sociaux et cela m’encourage à continuer dans cette voie». Taoues nous affirme à propos du choix des titres : « Je n’ai pas pu chanter mes chansons, car il me fallait mon orchestre et Safy Boutella. C’est vraiment des partitions d’une composition musicale minutieusement travaillée. » Elle souligne à ce sujet le bémol de l’organisation de spectacle en affirmant que «malheureusement les belles voix en Algérie, on ne les sollicite pas correctement. On ramène des chanteurs de rai qui chante en play back, dont certaines chansons ne peuvent même pas être écoutées en famille et on leur accorde un orchestre complet. Mais nous, on nous pose des limites ! Je ne comprends pas où est le mal si je viens avec mon orchestre ». La fin de la soirée a été animée par le chanteur de rai, Cheb Wahid. Son entrée a fait sensation chez la nouvelle génération et les adolescents. Il leur chantera ainsi des titres comme «Wech Tesoua Aândi denya», «Ana El Khedaâ ou nti el Fidel» de Akil, ou encore «Nekoui qelbi». En marge de son passage, le chanteur affirmera : «Je fais partie de cette nouvelle génération et je remarque que personne ne se soucie des paroles. Même le style rai, on l’a déformé, c’est malheureux. Nous espérons que nos paroles arrivent encore à toucher certains.»