C’est aujourd’hui que sera donné le coup d’envoi de la campagne référendaire sur le projet de révision constitutionnelle, qui verra les acteurs politiques, entre partisans et opposants à la mouture de la future loi fondamentale, pouvoir s’adresser, via divers supports, aux citoyens pour les faire adhérer à leurs positions.

Cette révision, qui succède à celle de 2016 sous le règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika, constitue le premier rendez-vous politique de l’ère Abdelmadjid Tebboune, président de la République depuis le 12 décembre dernier et qui a fait de cette échéance, le cœur des réformes qu’il compte mener dans le fonctionnement de l’Etat et l’exercice du pouvoir.
Il s’agit de la seconde opération qu’encadre l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) après le dernier scrutin présidentiel. Le président de l’ANIE, ancien ministre de la Justice, Mohamed Charfi, a fait part d’un corps électoral estimé à 23 millions et demi d’électeurs, qui n’a donc pas évolué comparativement à celui de la dernière présidentielle.
L’ANIE sera ainsi un acteur essentiel dans l’opération puisque c’est à elle qu’échoit l’encadrement administratif du scrutin. Elle a d’ailleurs décliné, depuis quelques jours, les obligations faites aux partis politiques, associations et personnalités intéressés par le rendez-vous, de lui remettre leur programme d’actions et d’interventions publiques.
Elle a publié dans ce sens un arrêté fixant les règles de la campagne référendaire, en application de la loi organique relative au régime électoral. Ces règles disposent, notamment, que la campagne sera animée par le staff gouvernemental, les partis politiques disposant d’un groupe parlementaire au niveau des deux chambres du Parlement ou de 10 sièges au sein des deux chambres du Parlement, ou des sièges au sein des Assemblées populaires locales dans au moins 25 wilayas. Sont également habilitées à animer la campagne référendaire, les associations nationales jouissant d’une représentation effective au moins au niveau de 25 wilayas et les personnalités politiques alors que le temps de parole réservé aux intervenants dans les médias audiovisuels publics a été défini par l’ANIE, en coordination avec l’Autorité de régulation de l’audio-visuel (Arav). M. Charfi a souligné, dans ce registre, que les créneaux d’expression «seront ouverts à ceux qui sont pour et à ceux qui sont contre le projet d’amendement de la Constitution»

Le «non» des islamistes à l’épreuve
S’agissant des avis des courants politiques quant au contenu de la révision constitutionnelle, on sait depuis plusieurs semaines que les lignes n’ont pas bougé chez les traditionnels partis dits de l’allégeance, qui approuvent la démarche et le projet soumis à l’approbation populaire le 1er novembre prochain, comme chez les partis de l’opposition qui soutiennent plutôt un processus constituant. FLN, RND et TAJ ont exprimé leur engagement à accompagner «efficacement» le projet de révision constitutionnelle, lesquels ont été rejoints par d’autres formations qui ont appelé leurs militants à voter «oui», comme le PLJ et l’ANR.
Reste cependant la position des formations islamistes, notamment le MSP, FJD et Ennahda qui semblent plutôt contrariés par le contenu de la révision constitutionnelle pour des motivations idéologiques et vraisemblablement à cause de la sanctuarisation de la langue amazighe dans la future loi fondamentale. C’est la raison pour laquelle, Makri, Djaballah et Ben Aïcha ont appelé à voter «non» contre la mouture élaborée par le comité Laraba et approuvée par le Parlement dans ces deux chambres sans la présence des partis de la mouvance islamiste.
Une autre voix, celle de l’organisation des oulémas, présidée par Abderezak Guessoum, a indiqué, elle aussi, faire une lecture similaire du contenu de la révision, en pointant notamment «des articles qui constituent une menace pour l’avenir du pays, dont nous sommes tous responsables quant à leurs conséquences par notre silence et notre négligence …».
Avant-hier, le chef de l’Etat a fait part, par la voix de son conseiller chargé des affaires juridiques et judiciaires, Boualem Boualem, de son «attachement constant à préserver l’harmonie et le consensus et à se référer toujours à la majorité», mettant en avant «l’intangibilité des fondements de l’identité nationale dans la prochaine Constitution, et que partant, ils ne sauront faire l’objet ni de débat politique ni de polémique». Dans la scène politique, on retrouve d’autres entités qui ont appelé à la participation sans donner à leurs partisans de consignes de voter «oui» ou «non». C’est le cas notamment du groupe des partis réunis au sein de l’Initiative des «Forces nationales pour la réforme» où siègent notamment les deux anciens candidats à la présidence, Abdelkader Bengrina du mouvement El Bina et Abdelaziz Belaïd du Front El Moustakbal.
Jil Jadid de Soufiane Djilali a laissé, lui aussi, le choix à ses militants.
Il faut noter que parmi le personnel appelé à animer cette campagne, le mouvement associatif tend à bénéficier d’un rôle central. «Le mouvement associatif sera autorisé, pour la première fois, à animer des meetings populaires, destinés à sensibiliser les citoyens de l’importance de la large participation au référendum sur la nouvelle Constitution, d’organiser et d’encadrer toutes les activités entrant dans le cadre la campagne référendaire», a déclaré M. Charfi. <