Reporters : Les avocats entament, aujourd’hui, une grève nationale de deux jours. Une action qui intervient en soutien à la protestation organisée par le Barreau d’Alger…
Boudjemaa Ghechir : Au début, l’Ordre des avocats d’Alger a décidé d’un boycott des audiences pendant une semaine, appuyé par une action de protestation au niveau de la Cour d’Alger. Mais ensuite, l’Union nationale des ordres des avocats (UNOA) a décidé d’une action de débrayage pour protester contre la violation des droits de la défense. Je pense qu’il est tout à fait logique et légitime que la corporation des avocats se solidarise avec le Barreau d’Alger, avec lequel nous partageons les mêmes problèmes, contraintes et entraves. La colère des avocats de l’Algérois a gagné toute la corporation confrontée aux mêmes problèmes. « L’affaire Sellini » n’a été que la goutte qui a fait déborder le vase. Le collectif de défense mené par Me Abdelmadjid Sellini, qui a demandé le report du jugement dans cette affaire afin de s’assurer de la véracité des documents présentés, a reçu une fin de non-recevoir. Et Me Sellini a été pris d’un malaise.

Que va apporter cette protestation de deux jours à la profession des avocats ?
J’espère tout d’abord que l’UNOA va poser les questions de fond pour en finir, une fois pour toutes, avec ces problèmes. Le droit à la défense est un droit sacré qui ne peut être violé, quelles que soient les circonstances et la nature de l’affaire. Lorsqu’on entrave le travail d’un avocat, on porte atteinte aux intérêts de son client, alors qu’un justicier a le droit à un procès équitable, et ce, conformément aux conventions internationales ratifiées par l’Algérie, ce qui ne nous permet pas de déroger à la règle.

L’Ordre des avocats a également critiqué le recours aux procès à distance, émettant des réserves sur leur généralisation par visioconférences…
Il faut revenir sur cette ordonnance, car l’accusé et les témoins ont le droit de comparaître devant l’autorité judiciaire et d’interagir avec le magistrat et les avocats. Toutes les parties impliquées dans une affaire ont le droit d’interagir en temps réel pour ne pas porter atteinte à leurs droits, notamment du prévenu. Comme l’avait dit l’UNOA, ce genre de procès perd sa valeur humaine, et cette procédure ne doit être invoquée qu’à titre exceptionnel. n