Les partis politiques sont plus qu’auparavant à l’heure de l’échéance électorale du 12 juin prochain, jour des législatives anticipées. L’entame de ce processus électoral intervient alors que la contestation populaire s’installe en maintenant son niveau de mobilisation et d’intensité.

Et si les positions des uns et des autres ne sont pas encore si tranchées, il est loisible de constater que le paysage politique présente au moins trois tendances.
C’est le cas manifestement des formations de l’ancienne majorité gouvernementale qui semble reprendre du poil de la bête, deux ans après avoir été mises à très rude épreuve au lendemain de la chute de Bouteflika, suivie par l’incarcération de leurs quatre anciens chefs, Ouyahia, Ould Abbès, Ghoul et Benyounès.
Aujourd’hui, à l’exception du MPA, qui n’a pas opéré sa mue organique, les trois autres partis ne cachent pas leur volonté de prendre part à cette joute électorale, eux qui sont habitués à dominer la composante de l’hémicycle Zighout-Youcef.
Le Front de libération nationale (FLN) est déjà de la partie si l’on se fie aux propos de son secrétaire général, acquis à la thèse «du changement par les institutions».
Pour le premier responsable du parti, «c’est une occasion pour la concrétisation de la démocratie, un des points sur lesquels le président de la République s’était engagé. Il a promis aux Algériens un changement total et cela commence par les institutions. Cela est passé par la révision de la Constitution. La seconde phase, ce sont les législatives. Nous nous préparons à entrer en force dans ces législatives pour renforcer notre position et la défendre sur la scène politique».
Ne figurant pas dans l’ex-majorité de l’ère Bouteflika, le mouvement El Binaa fait preuve, à sa manière, de son adhésion à la démarche du pouvoir politique. Son président, Abdelkader Bengrina, affirme que «le mouvement accueille avec satisfaction la convocation du corps électoral pour le 12 juin».
Depuis hier, on sait que Bengrina est favorable, trois jours seulement après la convocation du corps électoral, à «des alliances électorales» et la signature d’un «pacte d’éthique» dont il sera sans doute intéressant de suivre les formes et les concernés.

Islamistes participationnistes et fidélité aux réserves
Chez les traditionnelles formations islamistes, l’habitude de la participation sera visiblement reconduite chez le MSP qui s’est impatienté pour l’entame de ce processus électoral, lui, qui a toujours considéré avoir été «volé» dans les précédentes législatives au profit du FLN-RND. Le MSP ne s’empêche pas cependant de formuler des réserves sur la prochaine échéance. «Tout l’intérêt de ces élections, c’est à quel point elles peuvent répondre à des critères d’honnêteté afin qu’elles traduisent la volonté politique affichée par le président de la République et la volonté populaire de changement», souligne un dirigeant du parti de Makri.
Pour le même responsable, «les changements introduits dans la loi électorale ne sont que des améliorations théoriques, il faudra attendre de voir si, dans les faits, cela va se vérifier ou pas. Le problème qui se pose ne se situe pas au niveau des textes mais des mentalités et des pratiques des personnes chargées de superviser les élections».
La voix du MSP a estimé que «l’intérêt ne réside pas dans la parité ni dans le système de quotas ni dans le choix de certaines catégories pour pouvoir représenter le peuple, ni même dans le changement de mode électoral, il s’agit plutôt de placer le débat au niveau des compétences et de l’habilitation pour occuper ces postes à pourvoir».
Pour sa part, le mouvement Ennahdha, sans émettre de critiques de fond, reproche aux autorités ce qu’il considère comme «une précipitation», évoquant la coïncidence de l’échéance avec les examens nationaux et le mois de Ramadhan.

Dilemme pour les partisans de la Constituante
Pour leur part, les partis favorables depuis au moins deux ans à un processus constituant ne vivent pas moins un dilemme, eux, qui considèrent que les élections incluses dans un agenda de renouvellement des instances élues ne peuvent pas constituer une réponse aux revendications de la rue. Aussi bien le FFS, le RCD, qui comptait des députés de l’Assemblée dissoute, que le PT qui s’est retiré de l’APN à la fin mars 2019, l’équation semble délicate. D’ailleurs les états-majors de ces formations observent comment se présenteront les prochaines semaines notamment dans la mobilisation populaire. Le parti de Louisa Hanoune semble ainsi se donner du temps pour mieux lire le contexte avant que «le comité central ne se réunisse en temps opportun pour prendre la décision adéquate».
Une démarche également retenue par le FFS qui, selon son premier secrétaire, Youcef Aouchiche, «prendra la décision de participer ou pas lors d’une session du Conseil national, sans tolérer qu’une personne ou d’autres parties dicte au parti sa position».