« La chambre d’accusation a examiné l’appel introduit par Mme Louisa Hanoune, et après délibération, a refusé sa remise en liberté.»

de Blida, Zoheir ABERKANE
C’est un rassemblement sans grand tapage médiatique auquel a appelé le Comité de soutien à Louisa Hanoune devant le Tribunal militaire de Blida en ce lundi 20 mai. Et pour cause ! Dès 9h30, les premiers militants du PT sont sur place. Djoudi et Tâzibt en premières lignes. D’autres militants arrivent. Ceux de Tizi Ouzou aussi sont là. Sous un soleil de plomb. Aux alentours du Tribunal, un dispositif de sécurité important, visible dès l’intersection de l’avenue Bersali, menant vers l’hôpital Frantz-Fanon et celle du 11-Décembre débouchant sur les casernes, le Tribunal militaire et la prison civile, deux kilomètres plus loin, où est incarcérée Louisa Hanoune. L’examen de l’appel introduit par Louisa Hanoune au lendemain de son incarcération, il y a onze jours déjà, coïncide avec un jour de visite à la prison militaire attenante au Tribunal, pour les familles de détenus militaires, mais aussi de comparution administrative pour les insoumis du service national. A l’intérieur, les avocats Maîtres Mokrane Aït Larbi, Rachid Khane, Boudjemâa Ghechir et Fatiha Chelouche attendent la décision de la chambre d’accusation qui devrait statuer d’un instant à l’autre. D’autres militants arrivent et quelques journalistes. Les initiateurs du rassemblement, qui compte à présent une vingtaine de personnes, ne déploieront pas de banderoles. Le dispositif sécuritaire est assez dissuasif. Et tous espèrent, malgré quelques sceptiques, une issue favorable. Vers 10h30, arrive Ali Laskri du FFS. Solidaire, il restera jusqu’à la fin. En attendant la sortie des avocats, on débat du Hirak, de Louisa, de la situation politique du pays et de celle du FFS. Mais c’est ce qui est désormais convenu d’appeler « l’affaire Louisa » qui est sur toutes les lèvres. On revient sur son itinéraire de militante, sur son soutien aux causes justes, son combat pour la justice. On se rappelle son soutien à Ali Belhadj, emprisonné, alors que ce dernier avait déclaré plus tôt que son sang était licite pour tout musulman… Tâzibt fait un topo sur la solidarité au plan national et international. Et de temps en temps, un regard vers la porte d’entrée du Tribunal. Djoudi, lui, est tel un lion en cage. Il ne tient pas en place. Cette longue attente met les nerfs à rude épreuve.
A un moment donné, un officier de la gendarmerie demande à parler à un responsable. Vingt personnes devant le Tribunal militaire de Blida, en soutien à Louisa Hanoune, suscitent déjà l’inquiétude des gendarmes… Tâzibt et Djoudi avancent. Cordial, il demande à ce que l’on ne prenne pas de photos ni qu’on déploie une quelconque banderole car nous étions dans une zone militaire. Ce à quoi Tazibt répond : «Justement Louisa Hanoune n’a rien à faire dans une juridiction militaire. Quant aux photos, c’est bien vous qui avez diffusé des images de Louisa Hanoune à son insu…» On s’achemine vers un dialogue de sourds, mais bon ! Donc pas de photos, pas de live, pas de banderoles ni de slogans. Voilà aussi pourquoi le rassemblement a été annoncé presque dans la discrétion.
Méfiant par nature, les gendarmes et les agents en civil ne perdent pas de vue nos smartphones. Tous les smartphones présents dans l’aire en face du tribunal. Un jeune, qui ne devait certainement pas être là par hasard, voulait prendre un selfie avec le tribunal en arrière-plan. Nous n’avons même pas eu le temps de voir comment cinq gendarmes lui sont tombés dessus. Sans brutalité, ils ont juste vérifié son identité et effacé la photo incriminée. Derrière un 4×4 de la gendarmerie, un agent en civil est en train de filmer les présents à l’aide de son smartphone… Ce qui fera dire à un militant, «eux peuvent nous filmer mais pas nous !»
Attente interminable, mais qui trouvera son dénouement vers midi quand sortent trois des avocats de Louisa Hanoune, Maîtres Rachid Khane, BoudjemâaGhechir et Fatiha Chelouche. Leur mine défaite n’augure rien de bon. « Pouvez-vous nous faire une déclaration, s’il vous plaît ? » lance un journaliste. «Non, je ne peux rien dire », rétorquera Maître Chelouche, « attendez Maître Aït Larbi». Ce dernier arrivera cinq minutes plus tard et, sur un ton laconique, dira : «La Chambre d’accusation a étudié la demande d’appel introduite par Mme Louisa Hanoune, et après délibération, a refusé sa remise en liberté.» La déception est sur tous les visages. Beaucoup ont cru à un possible dénouement heureux et qui aurait été perçu comme un signe d’apaisement. Mais, comme le fera remarquer un militant : «Libérer Louisa Hanoune, c’est admettre que les accusations portées contre elles sont farfelues !»
Estomaqués, les présents n’arrivent pas à y croire. Retour amer vers Alger, mais avec une détermination plus grande que jamais. « Nous continuerons le combat, nous ne te laisserons jamais tomber Louisa !»