Le Procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a requis, hier lundi, une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars à l’encontre de l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, alors que le verdict sera annoncé le 7 avril prochain.

PAR NAZIM BRAHIMI
En détention préventive depuis 28 mois, Khalida Toumi est poursuivie, avec d’anciens responsables du secteur de la Culture, pour «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics» et «octroi d’indus avantages à des tiers». Des accusations qu’elle a rejetées lors de sa comparution devant le juge après plusieurs reports de son procès, ouvert jeudi dernier, et durant lequel l’ancienne ministre de la Culture (2002-2014) s’est offert une tribune pour plaider son innocence.
D’où sa «conviction» assumée à cette occasion qu’elle se considère comme «une détenue politique» et rejette «catégoriquement, dans le fond et dans la forme», les griefs retenus contre elle et liés notamment à l’organisation des manifestations «Alger, capitale de la culture arabe», «Tlemcen, capitale de la culture islamique», le 2e Festival panafricain et la réalisation du film sur l’Emir Abdelkader.
«La preuve est que la décision de mon incarcération avait été prise avant l’instruction et qu’elle n’avait aucune relation avec la gestion du secteur de la culture à l’époque où j’étais ministre, mais que les manifestations internationales et le film sur l’Emir Abdelkader ont été utilisés pour masquer le caractère politique de mon arrestation», a-t-elle souligné au juge dans un discours préparé pour la circonstance.
En plus de la teneur politique de son plaidoyer, Khalida Toumi (64 ans) a tenté de déconstruire les rapports des inspecteurs de l’IGF, estimant que ces derniers «ont considéré à tort certaines de mes actions comme non conformes à la loi et à la réglementation parce qu’ils se sont référés à l’article 43, paragraphe 4 du code des marchés publics, et ont ignoré les décisions gouvernementales et interministérielles entre le ministère des Finances (tutelle de l’IGF) et le ministère de la Culture autorisant des dérogations et des exceptions». Et de soutenir, à ce propos, que «les comptes d’affectation spéciale de ces manifestations ont été clôturés dans le cadre des lois de finances et tout le monde sait qu’aucun compte ne peut être clôturé sans passer par le contrôle de l’IGF, de la Cour des comptes et des deux Chambres du Parlement».
Elle dira à propos de cette enquête que «les enquêteurs ont ignoré les très courts délais accordés à la préparation et à la réalisation de ces manifestations culturelles mais n’ont fait ressortir ni détournement ni dilapidation, ni profit ni corruption ou encore de favoritisme au profit de mes amis et mes proches». Offensive et insistant à tordre le cou aux soupçons de corruption qui lui collent, Khalida Toumi dira que «personne sur terre ne peut dire que Khalida Toumi a pris un seul centime». Et de marteler : «Je suis victime d’un complot qui avait comme objectif la mise en œuvre de représailles sélectives dans lequel la justice a été traînée pour régler des comptes. J’ai été scarifiée comme bouc émissaire dans le cadre d’un procès illégal, organisé par des personnes connues comme mercenaires». n