Les lignes semblent avoir bougé sur le front social, où les organisations syndicales autonomes les plus visibles sur le terrain de la contestation ne sont plus dans le rejet endémique de tout ce qui émanerait des autorités publiques.

Deux faits ont ainsi marqué la scène syndicale au cours de la semaine attestant un prélude à une évolution sur le front social. Le premier est le nouveau ton adopté, depuis lundi, par la Confédération des syndicats algériens (CSA) à l’égard des autorités publiques, dont elle ne conteste plus la légitimité. En effet, la CSA, qui regroupe 15 organisations syndicales, fait désormais preuve de disposition au dialogue avec le gouvernement, une attitude qu’elle n’avait pas au temps de l’Exécutif de Bedoui dont elle n’avait cessé de réclamer le départ.
C’est ce qui a marqué incontestablement la réunion de ce regroupement syndical au siège de l’UNPEF où les participants ont signé la levée du boycott adopté depuis plusieurs mois contre toute démarche institutionnelle. Le second fait qui traduit ce changement est le retour au dialogue et à la concertation par les syndicats autonomes de l’Education nationale, reçus hier par le nouveau ministre, Mohamed Ouadjaout dans ce qui pourrait être une nouvelle page dans les rapports entre les deux parties.
C’est un fait nouveau dans le sens où le courant ne passait pas entre les deux parties durant le règne d’Abdelhakim Belabed qui, s’il avait réussi tant bien que mal à gérer la fin de la précédente année scolaire, a été mis dans l’embarras depuis octobre par un débrayage sans nom dans le palier du primaire. Aujourd’hui que le secteur a changé de tête avec l’avènement de M. Ouadjaout, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre dans un secteur névralgique et qui peine à se donner un cap et une orientation en adéquation avec ses priorités.
Le face-à-face d’hier entre M. Ouadjaout et les organisations, s’il a servi davantage à une première prise de contact entre les deux parties, peut cependant annoncer une rupture avec la tension et le refus qui ont marqué jusque-là la relation tutelle-syndicats. Ce qui est de nature à apaiser le climat dans un secteur en perpétuelle perturbation suite à des grèves répétitives à longueur d’année scolaire.
Vraisemblablement, le changement de ton qui marque désormais le discours des organisations syndicales, celles du secteur de l’éducation ou autres, traduit l’accueil favorable qu’aurait eu le message adressé par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui a fait part, le 6 janvier, d’un plan d’action de prise en charge des préoccupations sociales. Le gouvernement «s’attelle d’ores et déjà à l’élaboration d’un plan d’action qui lui permettra de mettre en œuvre les mesures de nature à prendre en charge les principales préoccupations et les différentes attentes des citoyens», a-t-il affirmé.
Dans son offre de dialogue, M. Djerad a mis en évidence la nécessaire «contribution et l’implication des partenaires sociaux, sans aucune exclusive», évoquant particulièrement le secteur de l’Education nationale comme celui qui « mérite une réelle prise en charge des difficultés du secteur dans son ensemble». Ce qui atteste de l’importance accordée par les autorités au secteur de l’Education nationale, faut-il le souligner, lors du premier Conseil des ministres présidé par M. Tebboune, qui a fait part de l’impérative « révision du système éducatif dans son volet pédagogique avec un allègement des programmes scolaires… »
Sur le fond, M. Djerad a fait part de son engagement à faire preuve d’une
« écoute attentive » aux aspirations sociales portées par les partenaires sociaux et de rétablir la confiance, une vertu qu’il avait déjà évoquée le jour même de sa nomination par le chef de l’Etat. Ce qui semble avoir ouvert la voie à la logique de dialogue et de concertation…