La Casbah d’Alger est classée patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) depuis 1992. Mais ce classement n’a pas eu l’effet escompté de pouvoir la préserver.

PAR INES DALI
Trente ans après, ce site historique renvoie une image des plus désolantes. Bâtisses en ruine, insalubrité, échafaudages pour des travaux de rafistolage, des poutres à n’en plus finir pour soutenir les parties qui risquent de s’effondrer, sont parmi les scènes les plus en vue dans ce prestigieux site classé patrimoine mondial de l’humanité. Affublée du surnom d’«El Mahroussa», la petite médina en plein cœur de la capitale n’est pourtant pas aussi bien «gardée». Le constat de tout un chacun la visitant et des experts en matière de réhabilitation du patrimoine est implacable : la Casbah d’Alger n’a pas eu tous les égards qu’elle mérite.
De restauration en restauration, pas toujours selon les règles de l’art de la réhabilitation exigée dans de pareilles situations, la Casbah d’Alger a perdu de son authenticité et de son cachet d’antan lui ayant valu son classement au patrimoine de l’Unesco. Si des avancées ont été réalisées depuis 1992, elles restent, cependant, insuffisantes au vu de l’état actuel de cette citadelle, décrite comme «l’un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée» par l’organisme onusien.
Si elle venait à bénéficier de toute l’attention qui lui revenait en matière de réhabilitation, la Casbah d’Alger pourrait se révéler un véritable atout du tourisme culturel. Nombreux sont les «amis de la Casbah» et autres experts qui ont plaidé dans ce sens, appelant les pouvoirs publics à assumer leur devoir de protection envers ce patrimoine national et de l’humanité.
La restauration complète et définitive, et non occasionnelle dans l’urgence, de la Casbah d’Alger pourrait déboucher sur la stimulation du développement économique de la capitale. Et comme plusieurs villes d’Algérie ont leur Casbah, à l’instar de Constantine et autres, leur réhabilitation serait d’un apport alors fort en matière de tourisme culturel pour le pays et, partant, à la participation du développement économique du pays. Cela d’autant que la Casbah compte en son sein, outre les maisonnettes, les mosquées, etc., de nombreux métiers artisanaux comme la dinanderie qui, elle aussi, tend à disparaître. C’est dire que si des investissements sont consentis pour un travail de restauration sérieux et non par à coup dans ces sites historiques, le retour sur investissement sera bénéfique en termes de rendement économique et pour la communauté y habitant et pour le pays.
Malgré la multitude de travaux qui ont marqué une certaine avancée, la Casbah d’Alger reste dans un état de délabrement. Depuis son classement, elle a connu effectivement de nombreuses «opérations de travaux d’urgence et de plans de préservation», comme celui de «la restauration et éventuellement l’exploitation du site» qui prévoit «le classement par secteurs» en 2003 ou encore «le Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur» adopté par le gouvernement en 2012. «De nombreuses opérations avaient permis de restaurer des palais ottomans comme Dar Mustapha Pacha, Dar Khedaoudj El Amia, Dar El Kadi ou Dar Essouf, des mosquées comme celle de Ali Betchine, Sidi Ramdane, une des plus ancienne de la Casbah, ou plus récemment la célèbre mosquée Ketchaoua», selon l’APS.
Cependant, même si les attributs de la «Valeur universelle exceptionnelle» de l’Unesco sont maintenus, il existe néanmoins «des menaces à l’intégrité de ce centre urbain qui sont liées à une surpopulation» et à «des interventions non contrôlée» en plus «des risques liés aux séismes, incendies, inondations et glissements de terrain», a estimé l’Unesco. En effet, les effondrements de bâtisses, les infiltrations d’eau, sans oublier des explosions de gaz parfois sont des situations vécues de façon récurrente dans cette «petite ville» qui a de la peine à retrouver son lustre d’antan. La Casbah d’Alger compte plus de 1800 constructions, dont celles de l’époque coloniale, et plus de 550 douiret (maisonnettes). Elle s’étale sur une superficie de 105 hectares, occupés par plus de 60.000 habitants. Près de 80% de la globalité de ce tissu architectural a été classé en zone rouge, selon un rapport du Contrôle technique de construction (CTC).
Les experts de l’Unesco, réunis à Alger en 2018, avaient relevé «la perte d’un temps précieux et de moyens humains et financiers importants» engagés depuis des années, «sans résultat» dans les différentes opérations de sauvegarde de la Casbah d’Alger.
Il faut dire que le travail qui y est effectué laisse toujours un goût d’inachevé. Il semble qu’un long chemin reste à parcourir avant de voir la Casbah d’Alger belle, debout, dressée face à la mer dans toute sa splendeur et sa blancheur. <