«Les distorsions dans la politique économique du pays rendent la productivité du travail faible. Des mesures s’imposent pour changer la donne». C’est l’avis de Zoubir Benhamouche, expert à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, Bureau pour l’Afrique du Nord (CEA).
S’exprimant lors de son passage hier aux matinales du cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise «CARE», avec pour thème «La qualité des institutions, vecteur de la diversification de l’économie algérienne», l’expert a présenté quelques pistes de réformes à suivre.
Pour cet expert, «il s’agira en premier lieu de réduire les distorsions existantes». A cet effet, «procéder à une bonne allocation des ressources du pays». En clair «aller vers une réallocation des facteurs de production des secteurs d’activités et des entreprises les moins productifs vers ceux plus productifs. Toujours à propos des distorsions, il dira quelles sont à l’origine d’imperfection. Et d’expliquer : «la fiscalité crée généralement des distorsions et les subventions accordées à certaines entreprises portent atteinte à l’égalité des conditions de concurrence.»
Et de poursuivre, une réallocation mieux étudiée, c’est-à-dire «visant à accorder la priorité aux entreprises les plus performantes», a-t-il souligné. Comme il a soutenu que «le changement de l’environnement fiscal est nécessaire si l’on veut que la diversification de l’économie devienne une réalité, ce qui est d’ailleurs tant attendue.
C’est d’autant plus à la portée du pays dans la mesure où il dispose d’un potentiel de croissance colossal». L’expert a en outre fait remarquer à la nombreuse assistance, à propos de la rareté des ressources, «on peut beaucoup produire sans trop dépenser». Concernant les tensions budgétaires que traverse le pays, Zoubir Benhamouche juge que l’Etat devrait s’atteler à corriger les imperfections du marché. «Le pays n’a plus les ressources nécessaires pour maintenir sa politique de subvention. Et donc de la revoir devient inévitable», a lancé l’expert. Mais il s’agira, selon lui, de procéder par étape et non pas d’un seul coup.
«En clair, mettre en place dans un premier temps des petites réformes qui pourraient avoir un effet boule de neige par la suite», a-t-il préconisé. En définitive, pour l’invité du CARE, les réformes doivent conduire à un environnement institutionnel qui devraient permettre une meilleure réallocation des ressources dans l’économie et, par ailleurs, de lever les contraintes les plus fortes sur l’environnement des affaires.
De son côté, Mouloud Hedir, expert des politiques commerciales, paneliste, s’est prononcé sur la loi de finances 2019 où il s’est demandé
«quel est le montant réel du déficit budgétaire du pays» ? A propos du financement non conventionnel, il dira : «Cela était devenu nécessaire, mais pour peu qu’il ne dépasse pas le délai prescrit par la Banque d’Algérie pour l’utilisation de ce mode de financement, soit jusqu’à 2022.»
Le paneliste a aussi abordé la question du besoin de revoir la politique des subventions. Il estime «que les entreprises publiques performantes devraient contribuer en alimentant les fonds nécessaires au maintien de cette option». Lors des débats, les intervenants, pour la plupart des industriels, ont mis l’accent sur l’intérêt de réduire les contraintes pour investir. D’autres ont défendu qu’il faut favoriser les entreprises à fort potentiel. Certains interpellent les pouvoirs contre le fait que des subventions soient accordées à certaines entreprises, ce qui pour eux portent atteinte à l’égalité des conditions de concurrence.
Notons enfin que des intervenants jugent à l’unanimité que le modèle économique qui prévaut en Algérie est «mauvais» sur le plan des investissements et de la régulation. «Il est caractérisé par une inefficience généralisée», a lancé un intervenant.<