Jeudi, 4 mars, le Conseil économique, social et environnemental (CNESE) a organisé une journée d’étude sur la transsaharienne, une grande voie routière censée relier l’Algérie à plusieurs pays ouest-africains et au-delà. Ce vieux projet de méga infrastructure routière transafricaine date en tant qu’idée des années 1960. Il a été initié concrètement par l’Algérie dans les années 1970 pour relier Alger à Lagos sur une distance de 4 800 km. Oublié pendant un moment, il gagne aujourd’hui en pertinence économique à la faveur de la création de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf) et l’achèvement ou presque des travaux…

Ainsi l’on a appris de Mohamed Ayadi, président du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT), coorganisateur de la journée d’étude, que le taux d’avancement des travaux est évalué à «plus de 90%», soit 9 000 km bitumés sur 9 900 km de linéaire total. «C’est un projet physiquement mûr pour la concrétisation des objectifs, à savoir, l’accélération des échanges entre les membres pour une plus grande intégration régionale», a-t-il affirmé.
Selon le président du CNESE, Reda Tir, qui a surtout évoqué l’aspect économique et commercial de la grande infrastructure routière, la transsaharienne, si elle est bien exploitée, jouerait le rôle de «corridor» idéal pour les échanges entre les six pays concernés par le grand tracé routier. Une idée en cours depuis 2009 après le lancement par le CLRT d’une étude sur les potentialités d’échanges commerciaux entre les pays de la transsaharienne. Ce document avait fait à l’époque la recommandation «toujours d’actualité» d’instaurer un couloir commercial et la création d’une instance commune chargée du soutien et de la promotion des échanges commerciaux entre les pays du CLRT. Pour M. Tir, ce corridor, sera un vecteur «d’intégration régionale et de développement commercial intra-africain». Il sera davantage élargi par la perspective proche de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf)
«Pour cette raison, les pays membres de la route transsaharienne sont appelés à lancer un débat pour promouvoir cette route stratégique en un corridor devenant un véritable moteur de croissance économique et de développement en Afrique», a plaidé M. Tir, notant l’opportunité offerte par la mise en œuvre de la zone de libre-échange africaine (Zlecaf) offrant «un nouveau souffle» pour la route transsaharienne. Officiellement, les pays du continent ont ouvert leurs marchés le 1er janvier 2021 mais le démarrage effectif de cette immense zone de libre-échange et de commerce transfrontalier de biens et de services en franchise de droits – 1,3 milliard de consommateurs – n’est qu’à ses débuts. Cela, en attendant le règlement de questions juridiques et réglementaires importantes, pierre angulaire d’un accord commercial préférentiel.
D’ici-là, la future Zlecaf dispose d’un atout majeur, la transsaharienne. Dans une déclaration récente au Financial Times, son secrétaire général, le Sud-Africain Wamkele Mene, a déclaré : «Si vous n’avez pas les routes, si vous n’avez pas l’équipement adéquat pour que les autorités douanières à la frontière puissent faciliter le transit rapide et efficace des marchandises… si vous n’avez pas l’infrastructure, à la fois dure et souple, cela réduit le sens de cet accord.»

27% du PIB africain et 25% de la population du continent
Lors du débat durant la journée d’étude, l’expert Nacer Bourenane, qui a rappelé l’historique de la Zlecaf – dont l’idée a germé en 2012 avant d’être sérieusement discutée et négociée à partir de 2016 pour devenir une réalité en 2021 -, a fait observer que la route transsaharienne est un projet considéré comme l’un des plus structurants du continent que le Nepad a retenu comme projet phare. «Ce projet est également essentiel car le continent se dirige dans toutes ses régions vers une approche en termes de corridor. Il y a le corridor de Maputo (Mozambique), celui de Beira (Mozambique) et le plus récent reliant Addis-Abeba (Ethiopie) au port de Monbasa (Kenya) en passant par Nairobi», a-t-il énoncé. Sofiane Mazari, membre du CNESE, a fait observer que la route transsaharienne relie six pays répartis dans trois des huit communautés économiques du continent. Il a indiqué que les résultats attendus d’un corridor transsaharien résident dans l’accroissement des échanges commerciaux par voie terrestre et la réduction des coûts de transport, notant le manque de développement des échanges commerciaux intra-africains au vu du potentiel existant. «En générant des économies d’échelle, les corridors compétitifs permettent aux pays concernés d’offrir des services de transport de grande capacité qui réduisent les coûts et les délais de transport, minimisant ainsi les coûts commerciaux globaux», a-t-il expliqué. En outre, M. Mazari a estimé qu’un corridor transsaharien offre une nouvelle perspective au Tchad, au Mali et au Niger leur permettant d’accéder aux ports tunisiens et aux ports algériens d’importante capacité, citant également la mise en service prochaine du port centre de Hamdania dans la région de Tipasa.
Pour le président du CLRT, M. Mazari, les six pays concernés par la transsaharienne (Algérie, Tunisie, Mali, Niger, Tchad et Nigeria) représentent 27% du PIB du continent et 25% de sa population. L’extension vers d’autres pays africains de ce futur corridor, qui dépendra aussi de la capacité de ses pays membres à le dynamiser alors que certains d’entre eux sont en situation de faible développement économique et social, permettra d’augmenter le volume des échanges et attirera davantage d’investissements. Reda Tir a estimé nécessaire pour les six pays de la route transsaharienne de conclure un «accord stratégique» définissant un mécanisme de collaboration et un système de gestion durable. Il a également souligné l’intérêt d’un «forum économique» annuel. Un colloque qui servirait aux chefs d’entreprise et dirigeants politiques concernés de faire le point sur les problématiques d’ordre économique et commercial de la région. Le président du CNESE a, par ailleurs, fait la proposition de créer un «conseil d’affaires mixte» regroupant les chambres de commerce et d’industrie et des institutions similaires des pays membres dans le but de coordonner la concertation entre les adhérents des actions visant le développement des différents secteurs économiques de la région. n