Après la journée de protestation organisée dimanche dernier, les transporteurs routiers de voyageurs inter-wilayas viennent de se voir accorder une mensualité en guise de compensation financière. A l’arrêt depuis mars dernier, en raison des mesures prises pour endiguer la propagation du coronavirus, ils se sont retrouvés sans aucune rentrée d’argent pendant des mois. Pour les soulager un tant soit peu, en attendant qu’ils puissent reprendre du service, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a décidé de leur octroyer une aide de 30 000 DA par mois.
«En application des instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a décidé d’élargir le bénéfice de l’aide financière de 30 000 dinars au profit des transporteurs routiers de personnes, affectés par les mesures de restriction sur le transport entre les wilayas dans le cadre des mesures de prévention et de lutte contre la propagation du coronavirus (Covid-19)», a indiqué, hier, un communiqué des services du Premier ministère.
Sachant que les propriétaires des transports ont eux aussi des employés qu’ils ne peuvent payer pour des raisons évidentes, des chauffeurs et des receveurs, ces derniers n’ont pas été en reste et recevront, à leur tour, une mensualité. «Une aide financière de 10 000 dinars est également accordée au profit des conducteurs et receveurs», ont ajouté les mêmes services, précisant que ces mesures «sont applicables pour la période d’août, septembre et octobre 2020», selon le même communiqué. Notons que les mêmes mesures ont été appliquées, il y a quelques mois, au profit de personnes activant dans d’autres secteurs et qui étaient sans rentrée d’argent. Les transporteurs inter-wilayas ont fait entendre leur voix à la peine. Dimanche dernier, lors de la grève des transporteurs privés des lignes urbaines et suburbaines, qui avaient repris leur activité, les transporteurs de voyageurs inter-wilayas y avaient pris part pour protester contre les conditions difficiles auxquelles ils font face. Ils avaient fait valoir deux revendications principales, la première étant la reprise des lignes entre les wilayas, suspendues depuis plus de six mois.
Quant à la seconde, elle avait trait à l’indemnisation promise par les pouvoirs publics après les pertes qu’ils ont subies en raison des mesures sanitaires, mais qui avait tardé à être concrétisée, et ce, même après des rencontres de leurs représentants syndicaux avec la tutelle. D’ailleurs, l’un d’eux a déclaré, dimanche, que les transporteurs sont prêts à reprendre du service «dans le respect des protocoles et mesures sanitaires» contre le coronavirus. On rappelle, dans ce sens, qu’ils avaient contesté l’une des mesures du protocole relative à la distanciation physique et qui consiste à l’utilisation des bus à 50% de leur capacité pour respecter cette distanciation. Il semble qu’ils aient finalement appréhendé la nécessité de l’application de cette mesure.
Mais le problème ne réside pas seulement là. Selon les professionnels de la santé, les bus des lignes inter-wilayas sont des «lieux de confinement par excellence». Il se peut qu’il y ait parmi les voyageurs des gens atteints mais qui ne le savent pas. «Des personnes asymptomatiques seront dans le même lieu, confinés pendant des heures avec d’autres personnes qu’ils risquent de contaminer, et une fois arrivé à destination, le bus aura transporté et les voyageurs et le coronavirus qui sera ensuite propagé dans la ville d’arrivée», pour paraphraser l’un des médecins qui s’était exprimé sur le sujet.
Pour leur part, les transporteurs se demandent comment se fait-il que beaucoup d’autres secteurs aient été autorisés à reprendre leur activité alors qu’eux ils restent en attente. L’un de leurs représentants syndicaux a affirmé que «les transporteurs privés ne comprennent pas pourquoi le transport est autorisé à reprendre à l’intérieur des wilayas mais pas entre les wilayas», relevant que c’est pourtant «pratiquement les mêmes conditions de transport». Il a indiqué que les transporteurs privés sont d’accord pour appliquer les mesures barrières, pour limiter également le nombre de voyageurs de façon à éviter le contact, mais qu’ils ne peuvent plus supporter la situation dans laquelle ils se trouvent, surtout que beaucoup de propriétaires ont acheté leur bus à crédit.
Quoi qu’il en soit, les opérateurs économiques dans leur ensemble devront être épaulés par l’Etat. Les détails des soutiens financiers qu’ils percevront seront compris dans la prochaine loi de finances. C’est une décision du président de la République qui a annoncé que «l’Etat indemnisera les entreprises économiques touchées par la pandémie», et précisé que la loi de finances pour 2021 déterminera tous les aspects y afférents. <