Trois semaines après la rentrée sociale, rendue possible grâce à une amélioration constante de la situation épidémique, de nombreux secteurs ont repris leur activité tandis que d’autres n’ont toujours pas eu d’autorisation. Ce qui a engendré colère et désarroi exprimés hier par des actions dans la rue de ces professionnels qui se disent pénalisés et ne comprennent pas pourquoi ils doivent encore attendre, alors qu’ils sont à l’arrêt depuis six mois, en raison de la pandémie de coronavirus.

Devant l’immobilise quant à une décision permettant la reprise des lignes inter-wilayas de transport de voyageurs et les promesses non encore satisfaites de leur indemnisation, les transporteurs privés (même ceux qui ont repris dans les wilayas) ont fait montre de leur colère, hier, en observant une journée de grève à l’échelle nationale.
Cette action de protestation a été organisée au niveau des gares routières à travers les wilayas et le taux de suivi de la grève a été de 60 à 100%, selon des responsables syndicaux.
Si leur arrêt a été décidé en même temps que tous les autres secteurs dans le cadre des mesures de prévention sanitaire, aujourd’hui, ils ne trouvent pas d’explication à ce qu’ils ne soient pas concernés par une reprise alors que quasiment l’ensemble des secteurs à l’arrêt ont pu reprendre leur travail avec un protocole sanitaire. Mais pas seulement, car les transporteurs ont deux principales revendications. La première est la reprise des liaisons inter-wilayas et la seconde est l’indemnisation promise par les pouvoirs publics qui tarde à venir, après les pertes qu’ils ont subies en raison des mesures sanitaires. Un représentant syndical a affirmé que «les transporteurs privés ne comprennent pas pourquoi le transport reprend à l’intérieur des wilayas mais pas entre les wilayas». Pourtant, «c’est quasiment les mêmes conditions de transport», a déploré le syndicaliste. Il mettra en exergue que les transporteurs privés sont «d’accord pour les mesures barrières, pour limiter également le nombre de voyageurs de façon à éviter le contact, mais on ne peut plus supporter cette situation, beaucoup de propriétaires de bus, achetés à crédit, sont en faillite», a-t-il ajouté. Si leurs revendications ne sont pas satisfaites, les transporteurs privés comptent organiser une autre grève de trois jours, avant de durcir le ton et d’aller vers une grève illimitée, ont-ils fait savoir dans un communiqué.

Ecoles et établissements de formation privés dans le flou
La colère des professionnels qui réclament la reprise de leur activité s’est également manifestée à Béjaïa, où les commerçants de spiritueux ont bloqué la route à Aokas, en guise de protestation, après un arrêt d’activité qui dure depuis mars dernier. «La RN9 reliant Béjaïa à l’est du pays est fermée depuis ce matin (hier matin ndlr) à la circulation routière à l’entrée du tunnel par les propriétaires de débits de boissons alcoolisées qui revendiquent la réouverture de leurs commerces», peut-on lire dans un communiqué. Cette action est la deuxième après celle du 4 septembre dernier au même endroit, est-il ajouté, notant que la fermeture de cet important axe routier a engendré d’énormes désagréments aux usagers en ce début de semaine qui coïncide avec la reprise des cours à l’université. Lors de leur précédente action, ces commerçants ont expliqué, eux aussi, qu’ils ne comprenaient pas qu’ils soient toujours en attente d’une autorisation, alors qu’ils peuvent travailler selon le même principe, «à emporter», que les autres commerces que sont les cafés et restaurants.
D’autres secteurs sont également en attente d’une autorisation, comme les écoles privées (primaire, moyen et secondaire) et les établissements de formation privés. Leurs propriétaires sont toujours dans l’expectative et leur attente n’a que trop duré, déplorent-ils. Il n’y a pas seulement eux. Les parents d’élèves, notamment ceux qui ont repris leur travail, se trouvent devant un problème de taille ; ils ne savent pas où laisser leurs enfants ni à qui les confier lorsqu’ils partent travailler. Ils sont eux aussi soumis à une véritable pression tant que la date de la rentrée scolaire n’est pas encore fixée.
Des responsables d’école privée ont, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme, mettant en exergue que l’arrêt du travail qu’ils observent depuis mars dernier et le retard dans la décision de leur reprise ont été très fortement ressentis, en ce sens qu’ils ont des charges à honorer, notamment des charges de personnel et de location, alors qu’ils n’ont aucune entrée d’argent depuis près de sept mois. «Les écoles sont dans une interrogation à laquelle elles n’ont pas trouvé de fondement. Comment autoriser toutes les organisations du travail à reprendre l’activité à l’exception des établissements de formation privés», a déploré un directeur d’école supérieure privée.
Les appréhensions des propriétaires de ces écoles, si des décisions urgentes ne sont prises, est d’être contraints de fermer définitivement avec tout ce que cela suppose comme pertes, non seulement pour eux sur le plan pécuniaire, mais aussi en termes de formation pour le pays. «La plupart des écoles de formation professionnelle risquent de mettre la clé sous le paillasson, car elles ne peuvent même pas s’engager sur les trois mois qui restent de l’année au cours de laquelle l’activité a été nulle», a révélé le même responsable, selon lequel le secteur de la formation, public et privé, a besoin de signaux pour se redéployer efficacement en vue de répondre aux énormes besoins en compétence des différents secteurs.
Un autre a estimé qu’après tous ces mois de fermeture, sans aucune possibilité de facturation d’action de formation, sans possibilité d’assurer des formations à distance, sans aucune aide de l’Etat et avec l’obligation de maintien de l’activité administrative, ces établissements sont dans une «situation financière intenable». «Beaucoup sont au bord ou déjà en faillite», a-t-il résumé.
Ainsi, toutes les activités susmentionnées et d’autres restent bloquées et continuent de subir les conséquences résultant des mesures prises pour endiguer la pandémie. C’est le cas aussi pour les transports aérien et maritime, dont le manque à gagner se chiffre à des montants qui donnent le tournis… Le cumul de tous ces retards pour la reprise des activités aura forcément un prix. Et plus le temps passe, plus ce prix sera difficile à supporter.