Comme il fallait s’y attendre, point de taxi individuel ni de bus en activité en cette première journée de reprise officielle, comme inscrite dans le cadre de deuxième phase du plan de déconfinement, décidée par le gouvernement. Les taxis individuels et les patrons de bus privé ainsi que l’Etusa ont confirmé leur refus de reprendre l’activité dans les conditions fixées par l’exécutif qui «de loin ne les arrangent pas du tout». Ce qu’ils n’ont eu de cesse de clamer depuis qu’ils ont pris connaissance des mesures auxquelles ils doivent se soumettre pour pouvoir exercer. Et pourtant, de nombreux citoyens y croyaient au point de se rendre en début de matinée au niveau de stations de taxi et de bus comme l’a constaté Reporters lors de sa tournée hier dans plusieurs quartiers de la capitale. Mais devant une station quasi déserte, ils ont vite compris qu’il fallait se rendre à l’évidence que ni taxi ni bus n’étaient au rendez-vous de la reprise. D’autres citoyens attendant désespérément sur la chaussée, non loin des stations, un taxi de passage.
En somme, tous les moyens de transport censés circuler à nouveau hier, après trois mois d’arrêt, comme le tramway, les bus et les taxis, n’étaient pas au rendez-vous. Mohamed commence à s’impatienter, il attend depuis plus d’une heure à la place d’El Harrach un éventuel taxi qui puisse le déposer à Alger-Centre. Ce dernier nous avoue qu’il avait cru à un retour des taxis «après tout ce qui a été annoncé à ce sujet». Quelques mètres plus loin, Ahmed, un cartable à la main attendait apparemment attendant un moyen de transport. Y a-t-il des taxis ? lui a-t-on demandé. «Visiblement non, car je suis là depuis un bon moment sans observer de taxi», nous a-t-il renseigné. Même question posée à un policier chargé de la circulation au niveau d’un carrefour à fort trafic à Bachdjarah. «Pas de taxi depuis ce matin», nous a-t-il précisé. A quelques encablures de la grande station de l’Etusa, pas de trace de bus. Pis encore, les bureaux et les guichets sont tout simplement fermés. Quelques femmes accompagnées de leurs enfants occupent les abribus dans l’attente d’un car bleu malgré l’insistance d’une kyrielle de transporteurs clandestins leur proposant leurs services. Ces dernières qui, visiblement prises au dépourvu, se sont présentées à cette station de bus croyant que l’activité allait vraiment reprendre. «Mon père nous a déposé ce matin pour aller faire des emplettes et maintenant nous retrouvons bloquées pour rentrer à Aïn Naadja. Je ne comprends rien. Depuis hier, on nous matraque sur la reprise des transports. A la télévision, ils disent des choses et sur le terrain, c’est carrément autre chose», s’emporte l’une d’elles. Un citoyen qui dit habiter à Belcourt se demande s’il va se retrouver à faire le trajet à pied car ne possédant pas les 600 DA que lui demande un clandestin. Et de nous lancer : «Que s’est-il passé pour que la reprise, pourtant tant attendue, ne soit pas au rendez-vous ?» Un autre témoin de la conversation ne s’est pas empêché d’intervenir. Se demandant si les transporteurs ne s’étaient pas rebellés ? Et de prendre leur partie : «Aucun taxieur ne peut reprendre dans les conditions exigées.» Non sans nous révéler qu’un de ses cousins est taxieur individuel et «je ne vois pas comment il va s’en sortir s’il concède à travailler à perte». Chafik, taxieur depuis vingt ans dans la capitale, nous a également souligné qu’avec ces «conditions, l’activité n’est plus rentable». Ajoutant dans la foulée : «Les conditions imposées par les pouvoirs publics n’arrangent ni les taxieurs ni les transporteurs. Le taxi qui va prendre dans le périmètre urbain un seul passager avec toutes ces conditions fixées (bavettes, films en plastique, désinfectant, gel…) va se retrouver avec de maigres revenus très en deçà des dépenses induites par les conditions qui lui sont imposées».
En définitive, il y a lieu de croire que les transporteurs vont continuer à camper sur leur position à moins que les pouvoirs publics n’apportent quelques assouplissements dans les huit conditions imposées aux transporteurs. C’est là toute la question. n