Ils étaient nombreux à réinvestir, samedi, le grand espace qui leur était réservé, proche de la gare routière du Caroubier. Les taxis jaunes inter-wilayas ont, en effet, fait leur réapparition après huit mois d’absence. Ce n’étaient, certes, pas la grande affluence, mais toujours est-il que ce retour est pour tous ces professionnels, que Reporters a pu interpeller lors de son passage sur cette aire de stationnement, «un grand soulagement». C’est ce que nous a témoigné Mokhtar, chauffeur de taxi de huit places sur la ligne Sétif-Alger. Nous avouant dans la foulée : «J’étais dans une situation financière des plus difficiles me rendant de plus en plus inquiet pour mon avenir proche. C’est donc pour moi un ouf de soulagement après des mois de galère qui ont fini, non seulement par laminer mes économies, mais pis encore, me retrouver dans l’incapacité d’honorer mes dettes et mes charges financières fixes faute de rentrées d’argent.» Même son de cloche chez Hocine, taxieur sur la ligne Mostaganem-Alger : «Il va me falloir cravacher double pour rembourser mes dettes contractées suite à mon inactivité. Ce ne sera pas chose facile, mais je suis contraint.» Pour sa part, Mouloud, un autre taxieur qui fait la ligne Annaba –Alger, nous a confié : «Comme bon nombre de mes collègues, nous étions à bout après huit mois sans entrée d’argent. Pas seulement avec des charges fixes à honorer, il devenait pour nous presque impossible de redresser la barre sans un rapide retour au travail. Aujourd’hui, une lueur d’espoir se profile à l’horizon.» Ce dernier ajoutant par ailleurs «la satisfaction sera entière lorsque les mesures de confinement seront levées dans toutes les wilayas car cela nous permettra de travailler de jour comme de nuit. C’est le seul moyen pour arriver à nous débarrasser de nos dettes qui ont fini par peser lourdement.»
Cela dit, il importe de savoir qu’en ce concerne la mesure de réduire les capacités de transport, certains taxieurs nous ont confié que «faute de mieux, il vaut mieux nous soumettre à cette obligation». Omar, taxieur sur la ligne Oran-Alger, nous rapporte : «Je préfère me soumettre à cette exigence que de rester inactif avec toutes les dures conséquences induites». A notre question quant au respect de réduction du nombre de passagers par course, beaucoup de nos interlocuteurs s’accordent à dire «à chacun de prendre ses responsabilités». Sur ce dernier point, Mustapha, taxieur sur le trajet Chlef-Alger, n’ira pas par quatre chemins. En cherchant à maximiser sa course, on peut perdre beaucoup si l’on est pris par un barrage de contrôle routier. Alors, autant garantir un revenu que de s’aventurer à prendre le risque, c’est-à-dire passer entre les mailles du filet des barrages fixes. Ce qui reste des plus improbables, tant il est facile au gendarme de s’apercevoir que le taxieur est en infraction. En définitive, «il serait naïf de parcourir des centaines de kilomètres avec à son bord plus de personnes que l’exige le règlement en vigueur sans tomber sous le coup d’un contrôle routier», estime Smaïn qui fait la ligne Constantine-Alger.
Il importe de savoir enfin que les clandestins, qui avaient mis à profit l’interdiction de circuler aux taxieurs, étaient moins nombreux lors de nos passages là où ils avaient pris l’habitude de proposer leur service. Lequel service va au fil des jours disparaître suite au grand retour des taxis jaunes pratiquant le tarif officiel et de loin nettement inférieur à ceux des clandestins qui, des mois durant, ont imposé leur diktat à tous ceux et celles d’entre nous dans le besoin de se déplacer. Enfin, rappelons que le nombre de voyageurs par taxis est limité à 5 personnes pour les véhicules à 9 places et 4 personnes pour les véhicules à 7 places. n