Le Conseil des ministres, dimanche 27 novembre, se devait de se pencher sur la situation alarmante dans laquelle se trouve actuellement le transport maritime, notamment de marchandises, un secteur en mauvais état, au cœur d’une actualité déplaisante, et aux responsables duquel il est désormais demandé par la voix du chef de l’État de changer de voilure et de virer de bord vers un cap économique plus rassurant.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Président de la République veut une feuille de route claire avec des objectifs précis pour le développement de la flotte nationale de transport maritime et aérien de marchandises. La mise en chantier de cette ambition devrait être précédée par une enquête qui, selon le chef de l’Etat, doit situer les responsabilités et demander des comptes aux individus ayant été à l’origine de la dégradation des deux pavillons aérien et maritime. Lors du Conseil des ministres de dimanche soir, le sujet a provoqué le courroux du chef de l’Etat qui n’est pas allé avec le dos de la cuillère, exigeant de son gouvernement de diligenter une enquête afin de mettre toute la lumière sur l’état dans lequel se situe actuellement le secteur du transport aérien et maritime de marchandises. «Le président de la République a ordonné d’engager immédiatement une enquête pour demander des comptes aux responsables de la détérioration de ce secteur stratégique à tous les niveaux et responsabilités», lit-on dans le communiqué de la Présidence sanctionnant les travaux du Conseil des ministres. Les mots sont assez forts, traduisant une déception, voire une colère au plus haut sommet de l’Etat quant à la situation dans laquelle se débat le secteur du transport aérien et maritime. Dans ses orientations au gouvernement, Abdelmadjid Tebboune s’est avancé d’ores et déjà sur un certain nombre de mesures, outre le travail que devra accomplir la justice afin d’identifier les responsabilités des uns et des autres dans l’état de dégradation que connait actuellement le secteur.
En attendant que l’enquête rende ses conclusions, les travaux de restructuration devront commencer rapidement car, il s’agit, selon le Président de la République, d’entamer, sans plus tarder, la fusion des sociétés CNAN Med et CNAN Nord spécialisées dans le transport maritime pour en faire une seule société. Il est question ainsi de mutualiser les moyens et les compétences pour faire émerger une société capable de relever les nouveaux défis de l’économie nationale à savoir la prise en charge des besoins des opérateurs aussi bien en matière d’importation que d’exportation par l’armateur national et réduire ainsi les coûts de transport de marchandises financés de surcroît par les devises de l’Etat. Le chef de l’Etat a appelé également à «revoir radicalement la structuration et la politique du transport maritime de marchandises, à tous les niveaux, en vue de sa réhabilitation, et soumettre le projet de la nouvelle stratégie de gestion dans un mois». Il sera question aussi, d’après le Président Tebboune, «d’œuvrer par tous les moyens à la régularisation technique des navires algériens dans les ports internationaux en collaboration entre les ambassadeurs d’Algérie dans les pays concernés et les responsables du secteur du transport».

Coûts et surcoûts qui grèvent la trésorerie publique
Il a appelé à la même occasion à ouvrir la voie aux expertises algériennes spécialisées dans le maritime, notamment les jeunes compétences et les anciens dans ce domaine en vue de créer des entreprises spécialisées dans la réparation des navires.
Ainsi, le chef de l’Etat a annoncé dimanche soir sa ferme volonté de venir à bout de cette situation de détérioration dans laquelle barbote le pavillon national. Objectif : faire émerger une nouvelle entreprise en mesure de répondre aux nouveaux challenges de l’économie nationale et lui insuffler une nouvelle dynamique et un nouveau mode de management. C’est un chantier qui s’annonce ambitieux. Il s’agit, en un mot, de mettre un coup d’accélérateur à la restructuration du groupe Cnan et de prioriser les actions en vue de récupérer et de renforcer sa flotte. D’une manière générale, le chef de l’Etat est favorable au développement du secteur du transport aérien et maritime des marchandises afin que celui-ci puisse jouer pleinement son rôle névralgique dans l’économie. Ce n’est pas la première fois qu’Abdelmadjid Tebboune a appelé à concrétiser cette ambition. En mai 2021, il avait déjà ordonné, lors d’une réunion du Conseil des ministres, le renforcement des capacités des deux compagnies nationales de transport maritime pour répondre aux commandes des opérateurs économiques. Outre l’impératif de renforcer les capacités de la flotte maritime nationale, le chef de l’Etat avait appelé par le passé à l’ouverture du transport aérien et maritime à l’investissement privé afin qu’il puisse répondre aux enjeux économiques importants du pays. Les coûts et les surcoûts générés par les frais de transport des marchandises grèvent la trésorerie publique. En août 2020, le président de la République, qui présidait les travaux de la conférence nationale pour le plan de relance, a rappelé à juste titre que la facture annuelle des services de transport s’élevait à 12,5 milliards de dollars, dont 3,4 milliards de dollars de frais de transport maritime de marchandises. L’un des défis auxquels est confrontée l’économie nationale consiste ainsi à réduire la facture du transport de marchandises à travers le recours aux moyens dont dispose l’armateur national en les mettant à niveau et en les renforçant davantage bien évidemment. L’enjeu n’est pas des moindres, surtout lorsqu’on sait que la quasi-totalité des opérations de transport maritime de marchandises est sous l’emprise des armateurs étrangers. Cette situation a été le fruit, entre autres, de la déstructuration dont était victime le pavillon national.
Ce pourquoi, le Président Tebboune a entamé son plaidoyer en faveur du développement du secteur du transport maritime et aérien de marchandises par l’urgence de diligenter une enquête sur les personnes et les facteurs ayant participé à ce travail de casse contre les entreprises nationales du secteur. <