En apprenant du ministre des Transport, Lazhar Hani que son département allait accorder des autorisations d’exploitation aux bus inter wilayas, il n’en fallait pas plus aux taxieurs inter wilayas pour se révolter de «ce deux poids, deux mesures», s’est-on indigné au Syndicat national des taxieurs inter wilayas et à l’Union nationale des taxieurs (UNT).

Un vent de colère souffle au sein de cette catégorie professionnelle. Une colère qu’il sera difficile d’apaiser tant les taxieurs ne savent plus à quel saint se vouer. «En accordant le retour d’activité aux bus seulement, n’est-ce pas là une forme de mépris envers notre profession», lâche le président de l’UNT, Mohamed Belal, approché par Reporters. Comme ce dernier ne cache pas que cette annonce du premier responsable du secteur «a eu l’effet d’une onde de choc chez les taxieurs». Et de confier : «C’est à croire que seules les doléances des propriétaires de bus ont été prises en considération, alors nous aussi sommes au neuvième mois sans ressources financières depuis la suspension des transports de voyageurs inter wilayas, décidée par les hautes autorités sanitaires du pays suite à l’apparition de l’épidémie du coronavirus». Mais ce qui étonne le plus le syndicaliste, «c’est comme si les bus n’étaient pas des vecteurs de contamination et que le taxi collectif l’était». Et d’arguer dans ce sens : «Il est plus facile au taxieur de faire respecter par ses six passagers les mesures barrières durant le trajet que le receveur de bus transportant un minimum d’une cinquantaine de personnes. Il semble qu’au niveau du ministère on a ignoré cette donne au grand bénéfice des patrons de bus et à notre détriment.» Et d’avertir : «Puisqu’il en est ainsi nous allons durcir notre mouvement de protestation car jusqu’ici nous avons privilégié la sagesse à l’action de rue. Une option qui est devenue inévitable, car il sera très difficile aux syndicalistes de contenir la colère des taxieurs sentant pertinemment qu’ils sont abandonnés à leur sort.» Le président de l’UNT confie par ailleurs avec beaucoup d’amertume : «A chacune de nos rencontres avec la tutelle, on nous a assuré que nos doléances avaient été transmises à qui de droit. Aujourd’hui, nous réalisons que ce n’étaient que des paroles en l’air à notre grand désarroi.» Mohamed Belal s’interroge enfin : «Le transport aérien, maritime et bientôt ferroviaire et par bus ont repris et pourquoi pas nous ?»
La FNTVM milite pour un retour d’activité rapide
De son côté, Abdelkader Boucherit, président de la Fédération nationale des transporteurs de voyageurs et de marchandises (FNTVM), également contacté par Reporters, ne s’est pas fait prier pour qualifier le ministre, suite à son passage sur les ondes de la Radio nationale, «d’irresponsable», interprétant les explications avancées par le ministre concernant son secteur «de fuite en avant». Comme il s’est dit déçu par les propos qu’il a entendus. Arguant dans ce sens : «Au moment où le ministre était censé défendre les taxieurs inter wilayas, il dit que la décision de la levée de la suspension relève du Premier ministre. Certes, mais il aurait dû au moins faire part qu’au vu de la dure situation que traversent les taxieurs des décisions en leur faveur s’imposaient.» Boucherit révélant dans la foulée qu’«après neuf mois sans activité, les taxieurs font face à une situation sociale et financière des plus dramatiques. Et l’aide que leur a accordée le gouvernement ne leur permet pas de réellement souffler, car il s’agit d’un cumul de neuf mois sans rentrée d’argent et surtout des charges à honorer dans les délais». Le président de la FNTVM s‘est en outre dit stupéfait que les bus inter wilayas vont pouvoir reprendre la route, mais pas les taxieurs. «C’est comme si les taxieurs n’ont pas un besoin urgent de reprendre du service et de ce fait ils peuvent encore attendre», a-t-il précisé. Ce syndicaliste juge que le moment est venu de lever la suspension de circuler aux taxis inter wilayas «car le besoin se fait de plus en plus sentir aussi bien chez ces derniers que chez les citoyens pour de multiples raisons», a-t-il conclu.
Longue sera encore l’attente des taxieurs en colère, puisque le gouvernement a décidé hier de reconduire les mesures de confinement sans les autoriser à reprendre la route. <