Le transport aérien n’en finit pas de compter ses pertes engendrées par la pandémie de Covid-19. L’Association internationale du transport aérien (AITA), qui regroupe 290 compagnies aériennes, estime à 419 milliards de dollars le manque à gagner en 2020 pour le secteur.

Pis encore, le période de convalescence du secteur risque de durer plus que prévu initialement, vu que les perspectives de retour à la normale s’éloignent de plus en plus face à la recrudescence de la maladie infectieuse à travers le monde, poussant de nombreux pays à remettre à plus tard la réouverture de leurs frontières, et la relance de leurs offres touristiques notamment, considérées comme locomotive du transport aérien. Ce secteur a essuyé des pertes de 320 milliards de dollars pour le tourisme mondial de janvier à mai sur un an, selon le baromètre publié mardi par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). « C’est plus du triple des pertes enregistrées (…) par le tourisme international pendant la crise économique mondiale de 2009 », a estimé cette organisation dépendant des Nations unies dont le siège est à Madrid. Durant les cinq premiers mois de l’année en cours, le nombre des touristes internationaux a chuté de 56% par rapport à la même période en 2019, ce qui représente 300 millions de visiteurs en moins, a encore relevé l’OMT. Cette forte chute du tourisme international ne semble pas près de s’arrêter, poussant les compagnies aériennes à réviser leurs prévisions de relance du trafic. Elles tablent désormais sur l’année 2024 pour renouer avec le trafic pré-coronavirus, alors qu’elles avaient auparavant misé sur 2023. « Nous estimons maintenant que le niveau (de trafic) de 2019 ne sera pas atteint avant 2024, soit un an plus tard que ce que nous avions prévu précédemment », a déclaré Brian Pearce, le responsable financier de l’Association internationale du transport aérien (Iata), au cours d’une conférence de presse. La lenteur constatée dans le rétablissement du trafic durant les mois de mai et juin va se poursuivre au second semestre de l’année, a prédit M. Pearce, attribuant cette évolution au maintien des frontières fermées dans plusieurs pays en guise de mesure de prévention face au retour en force de la pandémie. En juin, ce trafic était encore en baisse de 96,8% au niveau mondial par rapport à la même période en 2019 contre un déclin de 98,3% en mai, faut-il le préciser. « Les marchés internationaux restent largement fermés. La confiance des consommateurs est en berne et n’est pas aidée par la décision britannique d’imposer une quarantaine à tous les voyageurs revenant d’Espagne », a estimé, de son côté, le Directeur général de l’organisation Alexandre de Juniac. Les prévisions plus pessimistes s’expliquent également par le « faible endiguement du virus aux Etats-Unis » qui, avec un certain nombre d’économies émergentes dans la même situation, représentent environ 40% des marchés de l’aérien, selon l’association. L’organisation met également en cause la baisse des voyages d’affaires, remplacés par des moyens vidéo, en raison de la situation économique difficile des entreprises et de consommateurs à la fois prudents sur le plan sanitaire et parfois frappés par la crise.
L’Algérie pas épargnée
Aujourd’hui, toutes les compagnies mondiales se trouvent saignées à blanc. Toutefois, les aides gouvernementales ont permis aux grandes compagnies de constituer des réserves de trésorerie qui « vont les aider à traverser un environnement qui semble maintenant très difficile pendant la période de redémarrage », a souligné M. Pearce. C’est, en fait, le sort des petites et moyennes compagnies qui inquiète le plus l’AITA. « Notre inquiétude concerne les petites et moyennes compagnies », a-t-il poursuivi ajoutant que « malheureusement des faillites seront inévitables sauf si la demande repartait plus vite que prévu ». Des compagnies dont Air Algérie fait partie, doit-on le préciser. Celle-ci a déjà enregistré 38 milliards de dinars de pertes sur le chiffre d’affaires des vols passagers, et ce montant pourrait grimper jusqu’à 89 milliards de dinars à la fin de l’année, avait indiqué le porte-parole de la compagnie, Amine Andaloussi, précisant que la reprise du trafic aérien des voyageurs était une prérogative du président de la République. Or, depuis, aucune reprise n’a été opérée, Abdelamdjid Tebboune ayant décidé, au mois de juin, de maintenir fermées les frontières du pays. Le même responsable avait souligné que la trésorerie d’Air Algérie s’élève actuellement à 65 milliards de DA, qu’« en dépit de la crise, nous avons des charges incompressibles que nous devons honorer, à savoir la maintenance des avions, la location des sièges, les charges des fournisseurs et prestataires et évidemment les salaires », a-t-il précisé. Depuis la suspension du trafic aérien le 18 mars, exception faite pour les vols cargo et pour les opérations de rapatriement, quelque 17 620 vols d’Air Algérie ont été annulés, que ce soit pour les lignes intérieures ou extérieures, a-t-il ajouté. Depuis quelques jours, le trafic a repris, mais au service exclusif des nombreux Algériens bloqués à l’étranger. Auparavant, la compagnie avait déjà procédé au rapatriement de quelque 8 000 personnes. Quant à Tassili Airlines (filière du groupe Sonatrach), son CA a enregistré un repli de 27% en mars engendrant des pertes évaluées à 221 millions de DA ainsi qu’une régression de 72 % en avril, soit 595 millions de DA. La situation n’est pas meilleure pour le tourisme. Bien au contraire, ce secteur traverse, lui aussi, une crise inédite que l’ensemble des structures concernées subissent comme une véritable asphyxie, synonyme même de faillite pour de nombreux cas, notamment chez les hôtels privés et les agences de tourisme et des voyages où l’arrêt des activités a occasionné une baisse dans le chiffre d’affaire évaluée à 27,3 milliards de DA par mois. Concernant le groupe hôtellerie, tourisme et thermalisme, c’est une diminution de 2,7 milliards de DA par mois que le chiffre d’affaire a subi, contre 87,6 millions de DA par mois pour l’Office national algérien du tourisme. Le secteur des activités artisanales n’a pas été, lui non plus épargné, par la chute des ressources financières et ses pertes sont estimées à 12,07 milliards de DA par mois selon des enquêtes menées sur le terrain ayant englobé des artisans, des coopératives et des entreprises artisanales ainsi que des entreprises publiques activant dans ce domaine. n