Délaissée par ses actionnaires et sous la pression de ses créanciers, la compagnie aérienne Aigle Azur doit rapidement trouver des solutions pour assurer sa pérennité.

La compagnie fait face, en effet, depuis quelques semaines à d’importantes difficultés. D’ailleurs, elle a décidé de déposer le bilan et de se placer en redressement judiciaire, selon le journal français Le Figaro.
Les propriétaires des avions qu’Aigle Azur loue pour ses vols souhaiteraient les récupérer car ils ne veulent pas prendre le risque de ne pas être payés, selon des médias français. Ce à quoi, la compagnie a répondu en disant que « c’est faux », ajoutant qu’elle dispose d’une trésorerie de 25 millions d’euros et que tous les vols soient maintenus. Elle explique également qu’elle compte bien assurer tout son programme de vols. Aigle Azur est détenu par le groupe chinois HNA (49%), l’homme d’affaires américain David Neeleman (32%) et la compagnie Lu Azur (19%). Rappelons que le conglomérat chinois HNA, dont les activités vont du tourisme à la finance, a longtemps multiplié tous azimuts les investissements à l’étranger. Mais, très lourdement endetté, il se voit actuellement forcé de se désengager de nombre de ces investissements ; il a notamment vendu sa participation indirecte représentant 9% du capital de la compagnie aérienne TAP Air Portugal, et récemment cédé sa compagnie low cost Hong Kong Express Airways.
A défaut d’« acteurs de substitution », la direction d’Aigle Azur « a cherché d’autres solutions », et celle de céder une partie de l’activité « a trouvé un écho auprès de différents acteurs dont le mieux-disant était Vueling », selon Frantz Yvelin. Par ailleurs, un comité d’entreprise extraordinaire a été convoqué, hier, en vue d’une procédure de redressement judiciaire, une semaine après un spectaculaire coup de force d’un actionnaire et sur fond de vive inquiétude sociale. Selon le document de convocation à la réunion, au siège de l’entreprise, on prévoit une « information-consultation sur l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ». Pour information, Aigle Azur, fondée en 1946 et dont les liaisons avec l’Algérie représentent 50% à 60% de l’activité, emploie 1 150 salariés dont 350 en Algérie. Elle dispose d’une flotte de 11 avions – 9 A320 et 2 long-courriers A330- en leasing et a transporté 1,88 million de passagers en 2018. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2018 mais « perd de l’argent depuis 2012 », selon Frantz Yvelin. En août, elle disposait de près de 25 millions d’euros de trésorerie.

Pour l’heure, aucune perturbation entre l’Algérie et la France
Alors que son principal actionnaire, le chinois HNA, est très endetté, et malgré l’urgence de trouver de nouveaux partenaires financiers, la compagnie Aigle Azur veut rassurer sur ses capacités à pouvoir affronter les prochaines semaines d’exploitation. En effet, selon la compagnie, ce dépôt de bilan n’aura pas d’impact sur les voyageurs et les avions continueront à voler. Surtout pour l’Algérie, qui est la principale desserte d’Aigle Azur, avec six villes desservies.
Le faisceau de dessertes le plus sensible d’Aigle Azur reste celui de l’Algérie au départ de Paris-Orly, Lyon, Marseille, Bâle-Mulhouse et Toulouse vers sept villes algériennes.
Roissy-CDG, Bordeaux et Perpignan sont proposées en plus avec ASL Airlines. Sur 4,5 millions de passagers annuels France-Algérie, la deuxième compagnie française en transporte plus de 1,2 million. Elle représente 28 % de l’offre. Pour conforter cet axe majeur, la nouvelle stratégie d’Aigle Azur consiste à céder les lignes du Portugal (et les créneaux correspondants à Orly) à Vueling, la low cost du groupe IAG (British Airways, Iberia). Ultérieurement, cela permettrait à British Airways, Iberia, Level et les autres du groupe d’ouvrir des lignes européennes ou transatlantiques au départ d’Orly. Aussi le montant de la transaction est-il estimé entre 15 et 30 millions d’euros.