Quelle feuille de route pour le département ministériel chargé de l’encouragement et de la généralisation de l’utilisation de l’énergie renouvelable ? Certes, son premier responsable, le professeur Chemseddine Chitour, est un fervent partisan de la transition énergétique. Il ne manque jamais une occasion pour exprimer sa méfiance et son inquiétude de l’ivresse algérienne par le fossile qui est, du reste, en déclin si l’on se fie aux prévisions sur les capacités pétrolières du pays. Il commence, cependant, à peine son mandat de ministre et intervient surtout sur un terrain pratiquement en friche et sur lequel il lui sera difficile d’opérer rapidement.

Dans son premier rapport du genre sur le dossier du renouvelable, fin novembre 2020, le Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) est catégorique : les programmes de développement des énergies renouvelables, lancés depuis une décennie en Algérie, ont été un échec cuisant. En 2011, année du lancement du Programme national de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (PNEREE), l’ambition affichée par le gouvernement d’alors était de créer d’ici 2030 des installations d’une capacité de génération d’énergie de 22 000 MW, soit 40% de la production globale, dont 10 000 MW destinés à l’exportation. Près de dix ans après, on est très loin de cet objectif : la capacité installée ne dépasse pas les 411 MWc. Des «résultats insignifiants», commente non sans euphémisme le CEREFE.
Les raisons de cet échec étaient déjà prévues par nombre d’experts dont Tewfik Hasseni, qui déplorait la «résistance au changement» face à de nouvelles techniques et compétences, le «manque de suivi et d’évaluation» et le confort pris dans le fossile (le gaz pour les centrales) par des générations d’énergéticiens pour la plupart vieillissantes et n’ayant pas pris la peine de réfléchir avec les nouveaux et jeunes ingénieurs à tracer la voie vers un renouvelable qui ne soit pas de niveau artisanal comme on le constate aujourd’hui. Ces raisons sont celles-là même que le ministère chargé de la Transition énergétique doit faire disparaître en recommençant presque à zéro.
«Le planning de réalisation prévu n’a jamais été suivi dès la première étape. Sur l’ensemble des projets pilotes totalisant les 110 MW prévus, seules trois réalisations ont vu le jour avec une puissance globale de 36,3 MW», lit-on dans le rapport du CEREFE. Il indique que «seul un programme totalisant 343 MWc de centrales solaires photovoltaïques a été lancé début 2014, sous forme de projet en EPC (Engineering, Procurement & Construction), par la SKTM, filiale de production d’électricité de Sonelgaz, créée en avril 2013. «Avec le recul, on observe qu’à ce jour (2020), au même titre que la première version du programme, le planning tracé n’a été ni suivi ni même vu un début d’application quelconque», est-il encore noté dans le document du Commissariat, qui précise que «le seul projet visible était celui de Sonatrach qui a mis en service, en 2018, une première centrale solaire photovoltaïque de 10 MWc à Bir Rebaa Nord (Ouargla)».
La difficulté des investisseurs dans l’énergie renouvelable à raccorder leurs installations au réseau électrique national – «un préalable de garantie incontournable» selon le CEREFE – les a fait fuir, montrant davantage la résistance au changement. Cette difficulté est venue contredire le dispositif juridique renforcé en 2014 pour introduire la procédure des «tarifs d’achat garantis» de leurs productions – entre 1 et 10 MWc – par le gestionnaire du réseau du transport pour une période de vingt ans. Alors que la procédure des tarifs d’achat garantis «n’a donné lieu à aucun début d’exécution», une nouvelle procédure basée sur les appels d’offres est venue la remplacer avec la promulgation du décret exécutif n 17-98 du 26 février 2017, ce qui a permis le lancement d’un nouveau programme de 4 050 MWc de solaire photovoltaïque. Mais au final, ce projet qui comportait en plus de la production d’électricité solaire photovoltaïque, un volet industriel d’accompagnement, «n’a jamais eu de suite et n’a fait l’objet d’aucun appel à investisseurs depuis, malgré l’urgence signalée quant à sa mise en œuvre», écrit le CEREFE dans son rapport.
A noter qu’un nouveau programme de développement des énergies renouvelables a été lancé en 2020 avec l’objectif de réaliser une capacité de 16 000 MWc à l’horizon 2035 et ce, exclusivement à base de solaire photovoltaïque. Ainsi, 15 000 MWc sont destinés à être produits par des centrales solaires connectées au réseau électrique national, dont une première tranche de 4 000 MWc est à réaliser à l’horizon 2024 alors que les 1 000 MWc restant sont à déployer en mode autonome à l’horizon 2030. n