Par Nadir Kadi
Invité hier de la Chaîne 3, Radio nationale, le Docteur Ryadh Boudjemadi, président de la Commission énergie de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC, ex-FCE), a plaidé pour une réduction de la consommation de gaz naturel dans la production d’électricité et les régions du sud du pays. Le responsable, expert mondial dans les énergies électriques, et dont le nom apparaît également comme président de l’entreprise Icosium Energy, a ainsi plaidé pour un «mix» entre plusieurs sources d’énergie, en conservant l’utilisation gaz sous les 50%. Une question qui serait aujourd’hui vitale pour le pays qui consommerait 45% du gaz naturel extrait pour sa seule «consommation interne».
L’intervenant, qui plaide pour une «transition énergétique», notamment vers «l’électrique d’origine solaire», tient pour preuve du bien-fondé de son raisonnement, le coût de revient du «solaire» en constante réduction : «Aujourd’hui, le prix de l’électricité solaire n’arrête pas de baisser. Le record a été battu récemment en Arabie Saoudite avec 1 centime le kilowattheure (…) alors que le gaz est de 5 ou 6 centimes». Ryadh Boudjemadi estime en ce sens que cette «transition énergétique est indéniable», notamment suite à «l’adhésion de l’Algérie à l’accord de Paris». Mais surtout à cause de l’augmentation de la consommation de gaz «en interne». Ainsi la «transition énergétique» serait avant tout d’ordre économique pour l’Algérie : «On remarque que nous dépassons les 45% d’utilisation locale du gaz (…) Que doit-on faire ? Laisser le gaz pour la future génération ou le vendre sur les marchés mondiaux» sachant «que les prix du gaz et du pétrole ne sont pas stables». Projet de «transition» qui est déjà dans les cartons du gouvernement, rappelle le responsable du CAPC. Ryadh Boudjemadi détaille que le pays devra s’orienter vers un «mix» entre production d’électricité grâce au gaz en plus du solaire et de l’éolien avec «45%, voire 50%, de renouvelable». L’intervenant évoque toutefois la problématique de l’intermittence du solaire et de l’éolien : «Le gaz sera là pour stabiliser le réseau.»
Il a par ailleurs estimé qu’il fallait également réduire la consommation de gaz en fonction des caractéristiques de chaque région : «Par exemple, dans les régions Sud, il est possible d’avoir des chauffages solaires pour l’eau.»
Ces régions auraient par ailleurs, selon l’intervenant, l’avantage de ne nécessiter que «quelques» panneaux pour alimenter un foyer. «Une maison consomme entre 3 et 5 kilowatts, c’est-à-dire entre 15 et 20 panneaux (…) avec une batterie pour la nuit (…) les meilleurs sont garantis entre 8 et 10 ans».
Responsable de la Commission énergie de la CAPC, qui s’est par ailleurs avancé sur les résultats du choix de la «transition énergétique» en promettant, hier, un prix de l’électricité «très bas» grâce à des technologies énergétiques qui seraient aujourd’hui matures. «La rentabilité est là (…) pour l’investisseur et pour le pays. Dans notre cas à nous, nous avons le projet de 1 000 mégawatts que va lancer le ministère de la Transition énergétique. Je suis confiant, nous allons atteindre un prix de l’électricité très bas». Il ajoute cependant «je ne pense pas que nous allons atteindre le record mondial, le prix est aussi lié à l’aspect logistique et au fonctionnement du pays (…) Si l’importation des équipements prend du temps cela impactera le prix».
Et la même logique est employée par Ryadh Boudjemadi en ce qui concerne l’automobile : «Une action extraordinaire a été lancée sur le GPL (…) mais il ne faut pas s’arrêter là. Le Président de la République a parlé d’un objectif de 15% de voitures électriques, c’est extraordinaire.» Toutefois, il appelle à ne pas reproduire les erreurs d’autres pays. «Il faut aller doucement, nous devons d’abord aller vers l’installation de bornes de recharge rapide (…) cela participe à la baisse de la facture énergétique». Ainsi, il appelle à une refonte totale du modèle de consommation des énergies, sans toutefois aborder la question du nucléaire.
Le Docteur Ryadh Boudjemadi a, par ailleurs, estimé que l’investissement dans les «énergies renouvelables» permettra au pays d’exporter son savoir-faire vers l’Afrique et l’Europe : «L’Algérie est le plus grand pays africain en termes de production de matériel électrique. Le continent est pour moi la terre naturelle pour exporter notre savoir-faire (…) Par contre, il faut y aller en groupe, en consortium, chasser en meute.» Quant à l’exportation vers les pays d’Europe, elle devrait se concentrer sur l’hydrogène. «Le transport de l’hydrogène est un vrai sujet, mais la chance de l’Algérie est d’avoir déjà deux gazoducs reliés à l’Europe (…) Il a été démontré que l’on peut transporter jusqu’à 25% de l’hydrogène à l’intérieur d’un tube qui transporte du GNL.»