La transition énergétique s’inscrit dans un contexte de crise économique mondiale qui risque de mettre en faillite de grands groupes pétroliers et amènera inéluctablement des changements géopolitiques et culturels importants, a souligné, hier, Toufik Hasni, consultant en transition énergétique.

Cette crise implique le retour aux fondamentaux de la sécurité d’un pays qui sont, en plus de la sécurité territoriale, énergétique, alimentaire et sanitaire. Dans ce contexte, la sécurité énergétique, souligne Toufik Hasni, lors de son intervention à l’émission «l’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III de la Radio algérienne, implique automatiquement le développement durable, car le fait d’assurer la sécurité énergétique implique d’assurer la sécurité alimentaire et sanitaire.
Pour assurer cette sécurité énergétique, l’expert estime qu’il faudrait d’abord revoir le modèle de consommation énergétique qui doit se baser sur le besoin de consommation énergétique économique, en fonction d’un taux de croissance de 7% combiné à une croissance démographique qui avoisine le 1 million par an.
Toufik Hasni estime que la sécurité énergétique pourrait être assurée par le potentiel solaire de l’Algérie qui est unique au monde. Ce potentiel pourrait même assurer la sécurité énergétique d’une partie de l’Europe et même de l’Afrique. Toutefois, il relève que malheureusement, l’Algérie accuse un retard dans le domaine et que les réformes nécessaires pour faciliter les investissements dans ce nouveau filon énergétique n’ont pas été lancées. Il affirme à ce sujet qu’«il faut le faire tout de suite et exprimer notre volonté de nous positionner sur les marchés internationaux». Enchaînant que «si l’Algérie ne se positionne pas maintenant sur ces marchés, la place sera laissée à d’autres, alors que nous avons un programme qui va nous permettre de pouvoir assurer nos besoins et ceux de l’Europe du Sud». Il est d’autant plus important d’accélérer ces réformes, qu’aujourd’hui, tous les financiers dans le monde convergent vers l’investissement dans les énergies renouvelables qui s’élève à un montant de 54,6 milliards de dollars, disponibles pour les investissements au niveau mondial.
Toufik Hasni met également en exergue le fait que l’électricité est devenue l’alternative du pétrole, citant notamment le fait que la voiture électrique est devenue actuellement une réalité et accessible à une bonne partie de la population, à l’exemple des constructeurs automobiles américains qui produisent une voiture à 4 000 dollars et proposent surtout des réductions de 50% sur le prix de la batterie, qui représente plus de 50 % du coût du véhicule.
Le consultant en transition énergétique souligne que l’objectif de la stratégie algérienne dans ce domaine est de pouvoir réaliser un mix entre les techniques du solaire thermique et du photovoltaïque et d’atteindre les 25 000 mégawatt en 2030 mais aussi d’atteindre l’objectif entre 2030 à 2050 de 35 000 mégawatt à l’export. Si cet objectif est atteint, l’Algérie pourrait faire des recettes de 35 milliards de dollars à partir de l’énergie verte exportée.
Toutefois, Toufik Hasni estime que pour atteindre ces objectifs, l’Algérie devrait être ferme dans ses positions sur le sujet, d’autant plus qu’il y a des freins et des lobbys pétroliers qui cherchent à accorder la primeur aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables. Il affirme à ce sujet : «Ces lobbys dépensent 200 milliards de dollars par an pour pouvoir faire face à cette alternative».
Abordant la question du gaz dont l’Algérie est un gros exportateur et consommateur, l’expert en énergie estime que contrairement au pétrole, il restera toujours dans la transition parce que son prix est bas, mais que cela risque d’écarter l’Algérie des marchés internationaux puisqu’elle ne va pas vendre à perte. Il ajoute à ce sujet que «le coût de l’électricité, produite à partir du solaire avec stockage, tourne autour de 8 dinars le kilowattheure. A ce prix vous êtes compétitif même avec Sonelgaz».
Le consultant en transition énergétique a également mis en relief l’importance de la formation, notamment avec la mise en place de nouvelles filières et la revalorisation de la formation au niveau de l’Institut algérien de pétrole (IAP) de Boumerdès, «véritable fleuron de formation, pour qu’il puisse retrouver son rayonnement en termes de formation pour assurer la transition énergétique».