Des économistes et experts ont plaidé, jeudi, en faveur d’une mise en marche sans délai du programme national de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, faute de quoi le pays s’exposera à une grave crise énergétique à l’horizon 2030-2035.

L’actuelle étape, marquée par les tergiversations du gouvernement quant aux priorités en matière de politique énergétique, risque de s’avérer fatale, étant donné qu’elle entretient le statu quo, à l’heure où la consommation interne évolue à vive allure et la production des hydrocarbures connaît ses pires contre-performances depuis une décennie. «Face à la baisse ininterrompue de la production d’hydrocarbures et à l’évolution de la consommation interne de l’énergie qui est de 10% par an, le pays risque de ne plus pouvoir exporter des hydrocarbures à l’horizon 2030 ; tout ce que nous produirons suffira à peine à couvrir les besoins internes», avertit Khaled Imessad, maitre de recherche et directeur de la division thermique au Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), s’exprimant lors d’une conférence internationale sur l’efficacité énergétique et l’éco construction, organisée jeudi dernier à Alger. Il a ajouté que «le pays risque d’aller vers une grave crise énergétique à l’horizon 2030 à force de trop s’intéresser à la crise du logement». Une manière de mettre en garde contre des niveaux de consommation d’énergie en nette accélération. Voire contre des constructions ne répondant pas aux normes d’efficience énergétique. Les experts du CDER ont également mis en garde contre des prix d’accès à l’énergie favorisant le gaspillage. Etant donné les incertitudes entourant le sort du programme national des énergies renouvelables, qui consiste à installer une capacité de 22 000 MW, correspondant à une proportion de 27% dans le mix énergétique national à l’horizon 2030, les économistes du CDER ont tenu à tirer la sonnette d’alarme sur une situation qui vire à la crise.
La question de la transition énergétique a relancé de plus belle le débat sur la sécurité énergétique de l’Algérie. Intervenant à la même occasion sur les aspects économiques de l’efficacité énergétique, Amine Akbi n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de son collègue au CDER, le chercheur Khaled Imessad en l’occurrence. Il a pointé les vulnérabilités de l’actuel modèle énergétique basé exclusivement -jusqu’ici- sur les hydrocarbures. Selon lui, la hausse effrénée de la consommation interne de l’énergie et la baisse continue de la production des hydrocarbures en sont un signe d’une extrême vulnérabilité, à terme, de l’actuelle politique énergétique. D’après lui, cette nouvelle politique mènerait inévitablement vers une réduction nette des quantités d’hydrocarbures à exporter à l’horizon 2030. Le temps passe vite, tente-t-il de convaincre quant à la nécessité de réduire la consommation interne de l’énergie, le coût des subventions à l’énergie ainsi qu’à l’impératif d’accroître les capacités à l’exportation. Ce sont là quelques pistes de travail qui pourraient éviter au pays une réduction drastique des volumes d’hydrocarbures vers l’exportation.
Pour étayer son raisonnement, Amine Akbi fait appel à une arithmétique qui dit qu’une réduction de 10% de la consommation interne fera gagner au pays 3 milliards de m3 de gaz, correspondant à un tiers de la consommation des ménages. Mais pas seulement. Une réduction de 10% de la consommation interne de l’énergie fera accroître de 8% les exportations algériennes de gaz naturel. La même réduction aidera à une rationalisation des investissements dans les installations énergétiques. «En 2016, le secteur a mobilisé 14,2 milliards de dollars en investissements», soutient l’économiste du Centre de développement des énergies renouvelables, comme pour dire le coût de l’énergie et le poids de la consommation interne. Sur les enjeux de la sécurité énergétique qui s’offrent au pays, les participants à la conférence internationale sur l’efficacité énergétique et l’éco construction ont plaidé en faveur de l’accélération de la mise en place d’une capacité renouvelable susceptible de substituer à terme à une partie de l’énergie provenant des hydrocarbures. Faute de quoi, les défis de la transition énergétique pourraient se lézarder.