La transition énergétique, une histoire à raconter au futur ? C’est ce à quoi on est incité de croire après avoir assisté à la conférence de l’universitaire Patrice Geoffron à l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG). Sous le thème des « enjeux stratégiques de l’énergie à l’horizon 2050 »,  ce professeur de Sciences Economiques à l’Université Paris-Dauphine, où il préside également le Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières en France, a développé la thèse que le recours annoncé aux énergies propres et renouvelables n’est pas pour aujourd’hui.

Par Halim Midouni

En dépit des alertes au changement climatique et de ses conséquences à l’échelle planétaire, c’est un processus qui va prendre plus de temps que prévu, a estimé ce chercheur. A l’origine de ce retard prévu dont les effets peuvent aggraver les risques environnementaux, plusieurs raisons sont à citer dont celle relative au modèle économique et industriel dominant dont le monde et qui sont grands consommateurs d’énergie fossile dont les perspectives d’avenir sont désormais décuplées. Notamment depuis l’avènement des ressources hydrocarbures non conventionnelles telles que le gaz et pétrole de schiste.

A la racine du problème, également, le peu d’entrain des Etats et gouvernements à faire l’effort de la transition par des mesures protégeant le climat. Et de citer les résultats peu encourageants enregistrés lors du dernier sommet de Madrid sur le climat.  En dépit des rapports alarmant sur la hausse des gaz à effet de serre et des températures dont les impacts sont croissants notamment dans le domaine de l’eau, la COP 25 n’a pas réussi à faire émerger de consensus sur la nécessité de lutter contre le réchauffement, l’écart entre les intentions affichées et la réalité étant considérable.

A l’issue de la COP 21 et de l’Accord de Paris, fin 2015, il était question de limiter le réchauffement global à 2°C, mais rien n’a bougé. Depuis cinq ans, la tendance est plutôt au recul par rapport aux promesses qui y ont été faites. Les 100 milliards de dollars que les pays à forte émission de gaz à effet de serre se sont engagés à les verser pour la transition énergétiques des pays en développement sont loin d’être atteints. Le retrait des Etats-Unis de l’accord a davantage compliqué la donne et la COP 26, prévu en novembre prochain à Glasgow, s’annonce dans un contexte des plus décourageants. Ceci, à moins d’un sursaut mondial.

Les dégâts sont inquiétants, prévient en tous cas Patrice Geoffon. Il constate que les pays du monde sont face à l’obligation de revenir aux niveaux des gaz à effet de serre émis dans les années 1950 mais avec un PIB mondial multiplié par dix (10) et une population multipliée par trois (03) par rapport à cette époque afin de limiter les dégâts du réchauffement climatique, engendré par les gaz à effet de serre.  Au rythme de consommation énergétique actuel, le réchauffement climatique pourrait atteindre plus 6 à 7 degrés à la fin de l’actuel siècle, a mis en garde l’expert, rappelant qu’avec un réchauffement de 1 à 2 degrés actuellement, le climat et l’environnement sont déjà déstabilisés et les effets néfastes sont observés partout dans le monde.

S’agissant des perspectives, M. Geoffron prévoit plusieurs scénarios, dont le plus pessimiste est celui de « la persistance chaotique du monde carboné » ou à l’inverse « une entrée régulée dans le monde post-carbone », avec deux cas transitoires, soient « une persistance régulée du monde carboné » ou « une entrée chaotique dans le monde post-carbone ». Les facteurs politiques, géopolitiques, géostratégiques, technologiques et financiers seront déterminants pour l’ensemble de ces scénarios, a-t-il estimé, en rappelant que les grandes compagnies petro-gazières au monde ont déjà entamé les investissements dans les technologies à bas carbone.

A ce titre, il a plaidé pour la mise en place d’un nouveau modèle pour la création de richesse et renoncer à l’actuel modèle fondé sur les énergies fossiles « même s’il sera couteux, mais l’aspect environnemental doit prôner pour préserver la planète »