Les indiens de l’étranger sont les champions des transferts d’argent vers leur pays, selon la Banque mondiale (BM). Les Algériens sont encore réticents à transférer des fonds vers leur pays d’origine. La BM signale une faible progression de 2,5% dans la région Mena.

Synthèse de Feriel Nourine
En dépit d’une hausse, en 2022, la progression des envois de fonds (remises migratoires) a été faible par rapport à 2021, selon la dernière note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement.
En effet, si le montant total des envois de fonds vers les pays à revenu faible a augmenté de 5%, pour atteindre 626 milliards de dollars, cette progression est nettement inférieure par rapport aux 10,2% enregistrés l’année dernière, indique la Banque mondiale, après avoir souligné que ces envois ont, toutefois, résisté aux turbulences mondiales qui ont marqué l’année en cours, dont l’envolée des prix mondiaux des produits de base énergétiques et alimentaires.
Dans le cas de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, il est attendu 63 milliards de dollars de transferts, soit une faible progression de 2,5%, contre 10,5% en 2021, ajoute la note d’information, expliquant que «ce ralentissement est en partie lié à l’érosion des salaires réels dans la zone euro, même si la demande d’envois de fonds dans les pays d’origine a augmenté dans un contexte de détérioration des conditions de vie, notamment la sécheresse au Maghreb et les prix élevés du blé importé».
Dans le même Maghreb, l’Algérie est très mal classée en matière de transferts de fonds de sa diaspora. En 2019, leur montant ne dépassait pas les 1,7 milliard de dollars. «Ce qui ne reflète pas les moyens de la communauté à l’étranger», avait affirmé le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, l’année dernière, à l’occasion de la Conférence des missions diplomatiques et consulaires algériennes. Dans les autres régions du monde, le rapport met en évidence une hausse de 10,3 % des transferts d’argent en Europe et Asie centrale, où la hausse des prix du pétrole et la demande de travailleurs migrants en Russie ont favorisé les envois de fonds, outre l’impact de l’appréciation du rouble. En Ukraine, la progression est estimée à 2 %, ce qui est inférieur aux projections antérieures.
Cette révision à la baisse s’explique par le fait que l’argent destiné aux Ukrainiens a été envoyé dans les pays qui les accueillent et que les remises en mains propres ont probablement augmenté. La croissance des envois de fonds est estimée à 9,3 % en Amérique latine-Caraïbes, 3,5 % en Asie du Sud et 0,7 % en Asie de l’Est-Pacifique.
L’Inde est le premier pays bénéficiaire de l’envoi de fonds de la part de sa communauté établie à l’étranger et devrait recevoir plus de 100 milliards de dollars de transferts de fonds en 2022, soit un montant annuel sans précédent à l’échelle d’un seul pays.
Les envois de fonds des migrants pour les pays à revenu faible et intermédiaire sont «une source vitale de revenu», explique encore la BM. «Ces transferts d’argent vers les pays d’origine contribuent à réduire la pauvreté et à améliorer la situation nutritionnelle. Ils sont corrélés avec de meilleurs résultats en matière d’insuffisance pondérale à la naissance et de taux de scolarisation chez les enfants issus de foyers défavorisés», précise l’institution de Bretton Woods.
De plus, «la recherche montre que les remises migratoires aident les ménages bénéficiaires à renforcer leur résilience, en leur permettant par exemple d’améliorer leurs conditions d’habitat et de faire face aux pertes subies à la suite d’une catastrophe naturelle», lit-on encore sur la note d’information. Laquelle relève que le montant des flux d’envois de fonds vers les régions en développement en 2022 est le résultat de plusieurs facteurs, dont la réouverture des pays d’accueil consécutive au recul de la pandémie de Covid-19 qui «a favorisé l’emploi des migrants et leur capacité à continuer d’aider leurs familles restées au pays».
Si les migrants contribuent à «desserrer des marchés du travail tendus» dans les pays d’accueil tout en soutenant leurs familles grâce aux transferts de fonds, «des politiques de protection sociale inclusives ont aidé les travailleurs à parer aux aléas des revenus et de l’emploi engendrés par la pandémie de Covid-19», explique Michal Rutkowski, directeur mondial Protection sociale et emploi à la Banque mondiale. «Parce qu’elles permettent de soutenir les remises migratoires, ces politiques ont des effets positifs à l’échelle planétaire et doivent être maintenues», poursuit-il. <