Par Sihem Bounabi
Face à l’ampleur du fléau de la toxicomanie en Algérie, qui touche de plus en plus de jeunes, les spécialistes réitèrent leur appel pour une véritable prise en charge, notamment en augmentant le nombre de centres de prise en charge des toxicomanes.
Interrogé sur l’ampleur de ce fléau par le journaliste de la Chaîne III, Ahcène Chemache, le Dr Hammani, du Centre intermédiaire de soins aux toxicomanes (CIST) de Fouka, dans la wilaya de Tipasa, déclare que plus de 1 000 patients ont été admis au centre depuis le début de l’année. Soulignant que «c’est un phénomène qui grandit de plus en plus et qui touche toutes les couches de la société et notamment les jeunes».
Justement, deux jeunes du centre témoignent de l’emprise de la drogue dans leur vie depuis la première cigarette jusqu’à la longue descente aux enfers de la consommation de drogues dures comme la cocaïne qui fait de plus en plus de ravage en Algérie. Noor, une jeune fille de 21 ans, a consommé sa première cigarette à 12 ans, avant de passer par toutes les autres formes de drogue lors de soirées jusqu’à la cocaïne, au prix faramineux de 14 000 DA le gramme. Yacine, 35 ans, témoigne lui aussi. Il dit avoir été esclave de la cocaïne depuis l’âge de 25 ans, jusqu’à dépenser de 200 000 à 250 000 DA par mois pour pouvoir sniffer. Face à la détresse des toxicomanes qui veulent sortir de leur dépendance, Dr Hammani lance un appel aux pouvoirs publics pour la mise en place de centres fonctionnels qui «demande des moyens simples», a-t-il indiqué. Il s’agit surtout de former des personnes et d’en trouver d’autres qui soient au fait de cette pathologie et de cette spécialité. Il est à noter que la cure de sevrage dure entre trois semaines et un mois avec une prise en charge qui s’articule autour du volet médical, social, juridique et psychothérapeutique. Parmi les nombreux commentaires sur le sujet, il est à noter celui de Dr Hamza Kouahi, médecin spécialisé dans les maladies du système nerveux et du cerveau. Il souligne que lorsqu’«on parle d’addiction aux stupéfiants et aux substances psychotropes, le problème se divise en plusieurs causes selon les conditions sociales et le niveau intellectuel». En ce qui concerne les jeunes, il estime que c’est surtout «le produit du décrochage scolaire, le manque de conscience, la mauvaise compagnie et le vide qui les poussent à l’addiction aux substances psychotropes et à l’alcool aussi, pour diverses raisons, l’anxiété est la raison principale». Ajoutant que l’«anxiété causée par le stress quotidien fait que d’autres catégories sociales se tournent également vers la drogue». Il préconise pour la gestion de l’anxiété de «faire bon usage du temps libre avec le sport, la lecture et les voyages, la compagnie de personnes vertueuses».
Il est constaté que parmi les grandes enquêtes sur le phénomène, la Fondation nationale de promotion de la santé et du développement de la recherche médicale (Forem) a mené une étude sur le nombre de consommateurs de drogue, en 2015. Entre 15 et 17 % d’élèves de CEM ont consommé de la drogue, contre 22 à 23 % de lycéens et 27 % d’universitaires. Ces données ont été confirmées par une étude menée en 2017 par le Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (Ceneap) pour le compte de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLDT). En 2020, 9 500 toxicomanes ont bénéficié d’une prise en charge médicale et thérapeutique durant le premier semestre, selon un bilan de l’ONLDT. Concernant les tranches d’âge des toxicomanes traités durant cette période, le bilan fait état également de 1 358 personnes âgées entre 16 et 25 ans, 2 793 ont de plus de 35 ans et 1 105 ont moins de 15 ans.