Il semble que le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, ne s’arrêtera pas dans ce qui semble être une véritable campagne de réplique à ceux qu’il accuse de vouloir porter atteinte à l’unité des Algériens et au référent religieux national. Toutes les pratiques qui cultiveront la haine et la violence seront combattues par l’Algérie, a promis à nouveau hier le ministre.

Dans un discours prononcé à l’ouverture de la 14e édition du Colloque portant sur le rite malékite, organisé à Aïn Defla, Mohamed Aïssa a déclaré : «Nous refusons et combattons de la manière la plus énergique qui soit que la religion serve de moyen pour cultiver la haine, la discorde et la violence car, par essence, l’Islam est une religion qui prône l’unité et qui bannit la violence sous toutes ses formes». Pour le ministre des Affaires religieuses, «il est pour le moins paradoxal que, sous couvert de la religion et des pratiques religieuses y afférentes, des personnes cultivent la haine et incitent à la violence». Des propos, l’on aura vite compris, qui visent, encore une fois, des prédicateurs qui voudraient briser le socle de la société algérienne attachée à la compréhension des ancêtres à cette religion synonyme d’entraide et de tolérance. D’ailleurs, Mohamed Aïssa  expliquera que la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, prônée par le président de la République et approuvée par l’écrasante majorité des citoyens, traduit le souci de préserver l’unité de la nation contre toutes les tentatives visant sa division et son morcellement. Il faut dire qu’en l’espace de quelques jours seulement, le ministre a fait plusieurs sorties, où il a insisté sur le référent national religieux qu’est le rite malékite. Une véritable offensive qui a commencé fin mars dernier après la publication de Mohamed Ali Ferkous, à travers laquelle il avait excommunié les militants des droits de l’homme, ceux des droits de la femme, les protestataires, les grévistes, les soufis ainsi que certaines formations politiques se réclamant du salafisme. Très subtilement, il les avait associés aux impies en les qualifiant d’innovateurs «ahl el bidaa».  Prédicateur salafiste affilié au courant wahhabite, Ferkous a déclenché une vive polémique, incitant les autorités à réagir en haut lieu. «L’Etat va faire face aux idées du courant sectaire dont se réclame Ali Ferkous. Des idées qui peuvent diviser la société», avait répliqué alors Mohamed Aïssa. Soutenant que «cette idéologie est celle-là même qui a engendré le courant de pensée qui a précédé la décennie 1990». «La réaction du ministère des Affaires religieuses et celle de l’Etat ne se traduiront pas à travers des communiqués, mais en ayant plutôt recours à la justice à travers les lois de la République», avait-il encore menacé.

Enfin des fetwas !
Dans son allocution d’hier, le ministre a défendu le malékisme, soutenant que le rite s’y rapportant constitue le fondement même du référent religieux national. Ce rite, a-t-il observé, a de tout temps scellé les Algériens et constitué un rempart contre les tentatives visant à alimenter les dissensions. «Les tentatives de certains laboratoires étrangers visant à émousser le rite malékite en Algérie, voire l’effacer, ne sont pas motivées par leur souci de faire entrer les Algériens au Paradis mais découlent de leur volonté de semer la discorde et porter atteinte à l’unité du pays», a-t-il lancé dans la foulée. Et pour y faire face, le département de Mohamed Aïssa s’active pour instaurer les institutions à même d’éviter aux Algériens de se perdre dans les fetwas. Le groupement du Fikh islamique tant attendu, et dont la mission consiste à contrer les agressions subies par le référent religieux national, «se réunira la semaine prochaine à Alger», a annoncé le ministre de tutelle. Ajoutant que cette entité d’essence académique, comptant en son sein des intellectuels et des chercheurs, «commencera son travail consistant à énoncer des fetwas». Ce n’est pas la première fois, en effet, que Aïssa parle de campagnes qui visent notre pays. En début de semaine, à Jijel, où il a visité des écoles coraniques et des lieux de culte à Taher et El Milia, le ministre a déclaré que «l’Algérie est ciblée dans sa foi, dans son islam médian par une farouche campagne tendancieuse et organisée visant ses valeurs religieuses».