Les chiffres fournis samedi 18 juillet par l’argentier du pays sur les pertes essuyées par le secteur du tourisme renseignent sur l’étendue et la gravité de l’impact de la crise sanitaire sur ses différentes filières et la difficulté, pour ses opérateurs, à rebondir, alors que la sortie de la pandémie du Covid-19 demeure encore incertaine. Pour ces professionnels, c’est l’inquiétude qui pèse en acteur d’un marché en perte de vie.

«Tant qu’on ne parle pas encore d’ouverture des frontières et tant qu’on ne voit pas encore un avion décoller de nos aéroports, je ne parlerai ni de relance ni de reprise de l’activité. Dans la réalité, nous sommes tous à attendre une évolution de la situation sanitaire et qu’Air Algérie reprenne ses vols pour qu’on ose un pronostic. Pour l’instant, nos agences restent fermées et ceux d’entre nous qui les gardent ouvertes le font pour faire leurs comptes ou jouer au solitaire. Il n’y a pas autre chose». Ce témoignage de S. Z., propriétaire d’une agence à Alger, résume à lui seul le marasme dans lequel se trouve le secteur algérien du tourisme et des voyages depuis le début de la crise sanitaire mondiale. La filière dans laquelle opèrent quelque 3000 agences, selon le chiffre du Syndicat National des Agences de voyage et du tourisme (SNAV), «n’a pas d’autre alternative que d’attendre que la catastrophe passe», estime-t-elle.
Samedi 18 juillet, le ministre des Finances a chiffré le préjudice. En marge des travaux de la rencontre gouvernement-partenaires sociaux et opérateurs économiques, il a annoncé que l’arrêt des activités de l’hôtellerie privée et des agences de tourisme et des voyages depuis le début de la crise sanitaire a engendré une baisse de 27,3 milliards de dinars par mois. Aymen Benabderahmane a également fait savoir que le chiffre d’affaires du groupe public hôtellerie, tourisme et Thermalisme a diminué de 2,7 milliards de dinars par mois. Le chiffre d’affaires de l’Office national algérien du tourisme (ONAT) a, lui, baissé de 87,6 millions de dinars par mois, tandis que celui de l’Agence nationale du développement touristique (ANDT) a diminué de 31,56 millions de dinars par mois.
Selon K. H., une opératrice installée à Birkhadem et spécialisée depuis quelques années dans la vente des destinations turque et asiatiques, «les chiffres officiels, mêmes s’ils sont considérables, étaient attendus parce qu’on ne fait pas d’argent quand on est au point mort depuis plus d’un trimestre et qui plus est dans un marché déjà atone». Cette cheffe d’entreprise, installée à son compte après avoir travaillé dans différentes agences de voyages, pousse le jugement encore plus loin: «Certes, pour le futur, on attend comme tout le monde, mais nous sommes quelques-uns à considérer 2020 comme une saison touristique morte. Définitivement.»

Des attentes d’évaluation et de soutien…
Elle défend son argument par «le fait que la crise sanitaire est devenue un feuilleton à rebondissement et que la Covid-19 a davantage tendance à rebondir qu’à disparaître. Ce qui se passe n’est pas pour encourager la reprise ni de voir les voyagistes reprendre leur activité normalement. Si cela continue ainsi, de longs mois passeront avant qu’on puisse réserver des billets d’avion sans risque de les annuler ou de les rembourser. La conduite, pour nous, actuellement, est de limiter les dégâts. Les responsables d’agences qui ont des employés les renvoient chez eux. Depuis mars dernier, ils reçoivent pour leurs salariés mariés ou en charge d’une famille une aide financière de solidarité de 10.000 dinars».
«Pour le reste, ajoute-t-elle, on espère que nos syndicats parviennent à faire quelque chose» à partir des mesures d’allégement fiscal et parafiscal annoncées par le gouvernement en attendant «la promesse du ministre du secteur, Mohamed Hamidou de voir avec la CNAS pour une exonération temporaire des charges sociales pour ceux qui ont des employés». Une affirmation qui reste toutefois à vérifier sachant que le ministre en question, dans une déclaration à une chaine de télé privée, le 17 juillet dernier, a certes promis d’agir, mais sans donner de détails sur ses intentions d’action. Seule certitude, pour l’instant, l’allocation de solidarité de 20.000 et 15.000 dinars décidée pour les artisans et les aides-artisans dont le secteur affiche des pertes atteignant les 12,07 milliards de dinars par mois selon l’APS qui cite «des enquêtes sur le terrain ayant englobées des artisans, des coopératives et des entreprises artisanales ainsi que des entreprises publiques activant dans ce domaine».
Pour avoir une vision plus claire du sinistre économique dans le secteur, il faut, selon un observateur, attendre le verdict de la commission d’évaluation installée samedi sous la présidence du Conseil économique et social (CNES) pour évaluer les incidences causées par la pandémie du Coronavirus. D’ici là, il n’est pas inutile de consulter les chiffres des pertes des opérateurs des transports. Du 20 mars au 29 avril derniers, la SNTF a essuyé des pertes d’une valeur de 288 millions de dinars dans le domaine du transport des voyageurs. Air Algérie a enregistré lors de la période allant du 18 mars au 30 avril, des pertes évaluées à 16,31 milliards de dinars tout en prévoyant que ces pertes augmenteront pour atteindre 35 milliards de dinars à la fin 2020. Ces pertes sont survenues suite à l’annulation de 4.357 vols lors de cette période, ce qui représente 1,07 millions de sièges.