Dans cet entretien, l’expert en économie et en TIC, Toufik Hantabli, explique qu’une revalorisation de la monnaie nationale ne stoppera pas la dégringolade du pouvoir d’achat, qui a baissé de 10% ces derniers temps, tant que notre économie restera otage du régime rentier.

Entretien réalisé par Fazil Asmar
Reporters : Vous dites que le pouvoir d’achat a diminué de 10% ces derniers temps…
Toufik Hantabli : Nous remarquons, en effet, que depuis la dernière déclaration du ministre des Finances concernant la revalorisation de la monnaie nationale, le pouvoir d’achat a diminué de 10% environ. Je ne dis pas que cette baisse est une conséquence directe de cette annonce. C’est juste pour dire que même si notre taux de change a gagné 2 points ces derniers temps, (1 euro est à 158 DA au lieu de 160 DA), cela ne change rien à l’affaire. Logiquement, quand on dit revalorisation, cela entraîne automatiquement une hausse du pouvoir d’achat. Mais tant que notre économie reste rentière, c’est le contraire qui se produira. Même si le dinar est revalorisé, cela ne stoppera pas la dégringolade du pouvoir d’achat qui est, à mon avis, le résultat de la surtaxation sur les produits alimentaires importés. N’oublions pas que la production nationale est basée essentiellement sur des matières premières importées à fortes valeurs ajoutées.

Surtout que nous exportons des matières premières sans valeurs ajoutées…
Exact. A ce jour, nous continuons à exporter de la matière première (brute et gaz) sans valeur ajoutée. Si nous exportons des produits pétroliers transformés, cela nous aurait rapporté 100 fois plus. Si on veut réellement lancer l’économie de la connaissance, il faudra vendre la matière première avec le maximum de valeur ajoutée. En fait, pour être plus clair, les facteurs économiques actuels indiquent que notre monnaie ne pourra pas être revalorisée. Bien au contraire, elle ira vers une autre dévaluation. Tant que le volume de nos recettes est inférieur à celui de nos dépenses, on ne pourra pas avoir une monnaie forte.

La question est donc de savoir comment inverser cette donne…
Oui, mais pour cela, il faudra lever les blocages qui empêchent d’atteindre ce but. Notre écosystème est fort d’un point de vue infrastructure mais le grand problème, c’est que ces dernières ne sont pas exploitées comme il faut. Un dossier administratif dont le traitement ne doit prendre que quelques jours, prend des mois, voire des années. Ceci d’une part. D’autre part, tout notre outil de production dépend des importations en matières premières, y compris dans le secteur agricole. On importe toujours des semences, des engrais, des produits phytosanitaires… Dans le secteur de l’énergie, tant qu’on dépend toujours du gaz pour produire notre électricité, nous ne pouvons pas espérer une croissance de productivité. Sur ce point, je tiens à préciser que la création d’un nombre important d’entreprises ou de start-ups dépend aussi de ce facteur. Plus on crée de start-ups, plus il y a consommation d’électricité. La consommation actuelle de l’énergie est estimée à 40% par rapport à notre production. Si un million de nouvelles start-ups sont créées, la consommation d’énergie va exploser !

Quelle est la solution dans ce cas ?
La solution est d’aller tout d’abord et très rapidement vers les énergies renouvelables, favoriser et accélérer le lancement des investissements dans ce domaine pour la production, notamment de panneaux photovoltaïques, et donner la possibilité aux citoyens de reverser le surplus de leurs productions en énergie dans le réseau national de l’électricité. Ensuite, se concentrer sur l’économie de la connaissance. Il faut dire, à ce propos, qu’on est loin d’être prêt. Il y a un manque de formation, de cible (dans quel secteur doit-on commencer), de priorités et de moyens technologiques de connaissances ou bien de production. Pour toutes ces raisons, il serait judicieux de faire appel à nos compétences algériennes de la diaspora. A condition évidemment de mettre à leur disposition un climat d’affaires sain et clair. Par ailleurs, si on veut sauver, cette année du moins, on devrait nous diriger vers une économie de commerce. C’est-à-dire, acheter des produits et services, les doter de valeurs ajoutées avant de les revendre à l’international. Si on importe de la matière première brute sans valeur ajoutée, on aura de véritables entreprises créatrices de richesse. Et c’est là qu’intervient l’économie de la connaissance qui est à la mode chez nous ces temps-ci bien qu’elle soit plutôt ancienne ailleurs.