Avec son futur projet pétrochimique, Total devrait consolider nettement sa position sur le marché algérien. Les quelques informations recueillies, hier, aux journées techniques et scientifiques de Sonatrach, qui se tiennent depuis dimanche à Oran, témoignent de la grandeur de la réalisation que Sonatrach et le pétrolier français comptent mettre sur pied.

Et pour cause, la valeur ajoutée de la future infrastructure pétrochimique de Total est multiple : il est question, d’abord, de faire une économie de 1,5 à 2 milliards de dollars représentant la valeur annuelle des intrants en plastique importés par l’Algérie. Il s’agira également, pour Sonatrach, de rebondir dans l’industrie pétrochimique, dont les rendements ne cessent de décroître depuis maintenant plusieurs années. Pour Total, qui, depuis quelques mois, reprend du poil de la bête sur le marché algérien à la faveur d’une remise à plat de certains rapports conflictuels avec Sonatrach, il sera question de diversifier ses investissements en Algérie en relançant un projet auquel s’accrochait le pétrolier français depuis plusieurs années.
Par-dessus tout, les dividendes de ce marché, c’est l’économie qui en tirera profit, et plus particulièrement l’industrie automobile naissante, puisque le plastique produit permettra d’alimenter les unités de sous-traitance à l’industrie automobile. Le projet représente ainsi un gain sur toute une chaîne de valeurs. Il deviendra le principal fournisseur des industries du plastique en matière première. Il devra améliorer nettement les scores en matière première de sous-traitance automobile et d’intégration, objet de moult questionnements, voire de critiques quant aux retards accusés en matière d’intégration. Le produit fabriqué par la prochaine infrastructure pétrochimique serait d’un avantage comparatif sans commune mesure, puisqu’il sera issu du gaz algérien que vendra Sonatrach à Total. Le coût de revient sera ainsi automatiquement moins important que ce qu’importe le pays en intrants pour ses industries. Selon d’autres informations recueillies auprès des responsables de Sonatrach, le projet permettra d’alimenter en plastique les industries de sous-traitance automobile pour une capacité de 500 000 à 600 000 véhicules. Selon certaines estimations, le coût des pièces en plastique représente 30% du coût global de la voiture, ce qui est indicateur des économies à faire en intégrant les intrants made in Algeria dans la fabrication des véhicules. Cependant, à en croire des détails fournis par certains cadres de Total, l’infrastructure pétrochimique du pétrolier français, qui se fera en association avec Sonatrach, faut-il le préciser, acheminera une bonne partie de sa production vers les marchés extérieurs. Grâce à l’exportation, la stratégie consiste à vendre une partie des hydrocarbures produits en produits transformés, ce qui est une nouveauté jusqu’ici, puisque, exception faite des engrais et des carburants, Sonatrach exporte l’essentiel de ses hydrocarbures en produits bruts. Ainsi, avec une telle infrastructure en perspective, le pétrolier français consolidera sa présence en Algérie et diversifiera par la même ses investissements. Il y a quelques mois, le groupe français entretenait une relation conflictuelle avec son partenaire Sonatrach après avoir décidé de porter l’affaire de la TPE (taxe sur les profits exceptionnels) devant les juridictions internationales. Le pétrolier français est revenu par la suite à de meilleurs sentiments en privilégiant le règlement à l’amiable de ses différends avec Sonatrach, ce qui a donné une meilleure visibilité au partenariat des deux groupes.