Le carnaval Ayred, reproduit par les jeunes de Beni Snouss, région située sur les hauteurs sud de la wilaya de Tlemcen, pour célébrer Yennayer le 12 janvier de chaque année, est une occasion pour immortaliser des traditions et coutumes ancestrales du patrimoine national.
La célébration de cette fête remonte à 950 années avant le calendrier chrétien et symbolise la victoire du roi Chachnaq sur l’armée du Pharaon Ramsès, selon des récits historiques auxquels se réfère le chercheur Mohamed Sahridj dans son ouvrage Verveine fanée.
Pour immortaliser cette bataille, les habitants de Beni Snouss avaient créé un carnaval, Ayred (lion en tamazight), symbole de la victoire et de la paix.
Ce carnaval constitue une liesse populaire ancienne alliant plusieurs rites et traditions, mais son appellation change d’un village à un autre dans cette contrée montagneuse. Les habitants du village de Tafesra préfèrent l’appeler Cheikh Bouguernane et ceux des villages de Béni Achir, Sidi Larbi et Ouled Moussa, Kraa friaa.
Cependant, cette différence dans l’appellation n’affecte en rien la nature de la célébration qui consiste en une procession de jeunes, portant des masques et dansant aux rythmes envoûtant des bendirs, la nuit du 12 janvier, Nouvel an berbère, en entonnant des cantiques à la gloire de Ayred, personnage mythique déguisé en lion. La marée humaine défile à travers les artères tout en exprimant sa joie de la victoire mythique et son espoir d’une année agricole prospère et fertile. Les jeunes masqués entourent une femme déguisée en lionne exécutant des danses. La légende veut que, suivant un rituel, tout obstacle devant cette reine féline doit être levé à l’aide de gourdins pour lui frayer un chemin sans embûches, synonyme de bien-être et de fertilité. Tout le long de la procession, les participants au carnaval recueillent des produits alimentaires offerts par les habitants qu’ils distribueront ensuite aux nécessiteux et aux veuves. S’ensuivent des louanges déclamées sur la place publique pour solliciter et implorer une nouvelle année agricole abondante, explique le même chercheur, soulignant que le mot yennayer est composé de deux syllabes yen (premier) et ayour (mois), soit le premier mois de l’année et le début de la saison agricole. Les festivités de Yennayer se distinguent par la richesse des produits qu’offrent les boutiques et les étals des marchés achalandés de fruits secs notamment les arachides (amandes, noix, noisettes, pistaches, cacahuètes…), de friandises, de grenades, de figues sèches et de dattes, ingrédients qui garnissent le fameux plat tbiqat qarqcha. En outre, les femmes au foyers s’attèlent en pareille circonstance à préparer des plats traditionnels dont berkoukès, sfenj (beignets) et Messemen, ainsi que les fameuses minigalettes préparées aux enfants et garnies d’un œuf au milieu. Après le dîner, les membres de la famille, notamment les enfants, s’attablent autour du grand plat tbiqa, dans une ambiance de joie et de convivialité.