Huit membres de l’Exécutif poursuivis, 4 directeurs généraux auditionnés, un procureur de la République placé en détention, un sénateur en fuite, un wali limogé et 7 activistes libérés…

A la faveur du Hirak, qui a célébré vendredi et hier samedi son premier anniversaire, et à l’instigation du défunt chef d’état-major, le « mendjel » de la justice aura fauché sur son passage plusieurs commis et cadres de l’Etat qui ont failli à leur mission au niveau de la wilaya de Tlemcen, mais qui étaient couverts jusque-là par le parapluie de l’impunité de la « Issaba ». Il faut souligner dans ce contexte que plusieurs affaires de corruption et de concussion, liées notamment au foncier, avaient été traitées par les différentes juridictions de Tlemcen. Dans ce cadre, le juge d’instruction du tribunal de Bab El-Assa a placé en détention provisoire le vice-P/APC de Marsa Ben M’hidi, le conservateur foncier de Ghazaouet, un individu originaire de Souahlia et un agent administratif chargé des affaires du foncier au niveau de cette commune frontalière, pour détournement du foncier du domaine public, abus de pouvoir, faux et usage de faux et escroquerie. Dans ce sillage, deux directeurs du Domaine auraient été entendus par le Parquet de Tlemcen… Le même sort fut réservé au gérant du complexe de montage de tracteurs de Maghnia relevant de la société d’agro-industrie du groupe Kherbouche et Same Deutz-Fahr, implanté sur le site de l’ancienne Sogedia (ce complexe avait été inauguré par… le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui à l’occasion de sa visite de travail effectuée à Tlemcen en décembre 2015, ndlr). L’opérateur en question, qui fut entendu par le magistrat instructeur près le tribunal de Ghazaouet, était poursuivi pour pratiques douanières frauduleuses. Dans ce sillage, ce sont pas moins de 15 cadres de l’entreprise de gestion touristique de Tlemcen (EGTT) qui furent présentés par la BEF par devant le Parquet et le magistrat instructeur près le tribunal de première instance de Tlemcen. Il s’agit du directeur général de l’EGT, l’actuel et l’ex-directeur régional de l’EGTT de Tlemcen, les directeurs des deux hôtels « El Forsane » (Saïda) et « La Tafna » (Maghnia), le directeur chargé du contrôle et de l’exploitation, l’ex-président du comité des marchés de l’EGTT, des chefs des services commerciaux, le comptable et le contrôleur financier de l’EGTT, ainsi que plusieurs autres personnes qui ont bénéficié d’indus privilèges en matière de prises en charge, hébergement et restauration à titre gracieux. Les mis en cause devraient répondre de plusieurs chefs d’inculpation dont détournements de deniers publics, malversations financières, surfacturations et non-respect du code des marchés publics.
Détournements de deniers publics, malversations financières, surfacturations…
Sur le même registre, plusieurs cadres de la Sonelgaz-SDC de la wilaya de Tlemcen furent déférés devant le Parquet de Tlemcen. Ils étaient accusés de non-respect du code des marchés, de favoritisme et malversations financières. Il s’agit du président de la Commission des marchés et des cadres de cette entreprise publique, en plus de deux cadres de la Cnas et la Casnos. Selon les informations proches du dossier d’accusation, il leur était reproché l’attribution de marchés douteux à 7 entreprises ciblées et privilégiées, spécialisées dans le raccordement en gaz de ville. Les faits ont éclaté au courant de l’année 2014 avec la disparition ou le vol d’un équipement très sensible et onéreux appartenant à la Sonelgaz-SDC, en l’occurrence un scanner destiné à tester la fiabilité et la viabilité des raccordements au titre de la sécurité. Naftal n’a pas été épargné par le syndrome de la corruption puisque 14 personnes, des fonctionnaires de la direction de l’administration locale, des employés et ceux de l’entreprise Seror, furent mis sous mandat de dépôt par le Parquet de Tlemcen pour faux et usage de faux et utilisation de cachets humides non valables, dans une affaire de détournement de carnets de bons de carburant. L’ex-PDG de l’entreprise Algérie Télécoms fut entendu par le Parquet général de Tlemcen dans une affaire d’«incitation des personnels du secteur à contracter des marchés douteux», selon le procureur de la République près le tribunal de Tlemcen.
D’autres enquêtes judiciaires étaient en cours au niveau de la BEF auprès de la police judiciaire de la Sûreté de Tlemcen ; il s’agit de passation de marchés douteux dans laquelle serait impliqué le P/APC de Tlemcen, entendu par le Parquet dans le cadre de cette affaire, l’usurpation du foncier par un ex-député FLN à Sebdou, l’atteinte au foncier de l’Etat et transaction spéculative à Honaïne, des contrats fictifs et des facturations sujettes à caution mettant en cause une société nationale de distribution de produits pharmaceutiques, le déterrement d’une affaire de crime de sang classée dite du « bar des Cascades » (El Ourit) dans laquelle seraient impliqués des gendarmes racketteurs. A noter que la conférence de presse qu’avait promis de donner le wali au sujet du dossier brûlant du foncier n’a pas eu lieu, ce dernier, en l’occurrence Ali Benyaiche, a été dernièrement démis de ses fonctions dans le cadre du dernier mouvement des walis initié par le nouveau Président de la République Abdelmadjid Tebboune. Le DSP, alors en poste à Tlemcen, fut placé en détention préventive par la chambre d’accusation près le tribunal de Sétif. Ce cadre de la santé ainsi qu’un entrepreneur avaient été auparavant placés sous contrôle judiciaire, poursuivis pour conclusion de marchés douteux, de triche dans les normes de réalisation du centre anticancer (CAC) de Sétif. Il faut souligner dans ce sillage que cette affaire n’est pas sans nous rappeler, par sa genèse, le cas de l’ex-DLEP de Tlemcen, A.A., qui avait été rattrapé par la justice alors qu’il était en poste à Chlef. Il fut mis sous mandat de dépôt et écroué à la prison de Tlemcen. La même décision de justice avait, également, concerné deux chefs de service de la DLEP de Tlemcen, impliqués dans cette affaire de non-respect et violation du code des marchés relatifs au projet de construction du centre anticancer (CAC) de Tlemcen, situé à Chetouane. Par ailleurs, trois autres fonctionnaires de ladite direction (membres de la commission des marchés) avaient été placés sous contrôle judiciaire. Il y a lieu de mentionner dans ce contexte que pas moins de 8 membres de l’Exécutif de la wilaya de Tlemcen ont fait l’objet, depuis 2010, de poursuites judiciaires et/ou condamnés à une peine de prison, dont par ordre chronologique, le directeur de l’hydraulique K. M. (2010) 5 ans de prison en cassation, le Directeur de l’urbanisme et de la construction S. B. (juillet 2010) 18 mois de prison avec 500 000 DA d’amende, le chef de Sûreté de wilaya M. S. (avril 2013) 10 ans de réclusion criminelle, le DLEP A. A. (octobre 2014) un an de prison ferme, le Directeur régional des Douanes H. B. (juin 2019) 10 ans de prison ferme, le directeur du cadastre par intérim (juillet 2019) placé sous mandat de dépôt, et le DSP A. B. (juillet 2019) placé en détention provisoire ainsi que le conservateur foncier de Tlemcen et le directeur régional des Domaines (juillet 2019) sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par le Parquet de Tlemcen, ainsi que l’actuel et l’ex-directeur de l’EGTT H. C. et A. B. (juin 2019) sous contrôle judiciaire, abstraction faite du directeur des transports (octobre 2008) limogé par le ministre des Transports à cause du projet du téléphérique, le directeur de l’OPGI M. M. (septembre 2014) relevé de ses fonction par le ministre de tutelle, le DG de l’ETUT (avril 2011) suspendu par la tutelle sous la pression des grévistes de ladite entreprise, le directeur de l’éducation A. B. (février 2016) mis à la retraite à la suite du conflit l’ayant opposé à l’Unpef/Coweste, le secrétaire général de la direction de l’éducation Z. K. (juin 2019) muté à El Bayadh suite au conflit avec le nouveau DE…

Opération mains propres
Par rapport au chef de l’Exécutif, un ex-wali a été, en juin 2019, convoqué par le Parquet de Tlemcen pour être entendu au sujet de l’affaire dite du « chapiteau » dédié à l’évènement « Tlemcen 2011 », entre autres. Il s’agit de Nouri Abdelouahab (promu par la suite ministre de l’Agriculture puis du Tourisme). Quant à l’ex-ministre de la Culture Khalida Toumi, impliquée dans cette affaire, elle fut mise en détention provisoire à la prison d’El Harrach. Même le corps des magistrats ne sera pas épargné par cette opération « Mains propres » puisque le Procureur de la République du Tribunal de Tlemcen K.B. a été limogé par le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati et une enquête a été ouverte le concernant, selon un communiqué du ministère de la Justice. Ce dernier est accusé d’abus de fonction et de violation volontaire des procédures réglementaires, selon la même source. Dans ce cadre, le dossier de l’accusé fut transféré poursuite hors territoire de compétence de la Cour de Tlemcen, à la chambre d’accusation de Aïn Témouchent qui placera l’ex-Procureur de la République près le tribunal de Tlemcen en détention provisoire.
Le sénateur du tiers présidentiel, A.O., par ailleurs beau-frère de l’ex-ministre de la Justice Tayeb Louh (qui est actuellement en détention provisoire) serait en fuite et est activement recherché par les services de sécurité. Le juge d’instruction du Tribunal de Tlemcen a placé en détention provisoire 4 mis en cause, en même temps que le sénateur désormais introuvable, dans une affaire qui avait défrayé la chronique, dans la capitale des Zianides, liée aux élections du Conseil de la nation ; il s’agit du premier vice-président de l’APW de Tlemcen, A.M, le vice-président de l’APC de Tlemcen, chargé des affaires sociales et économiques, A.A, le président du Widad club de football de Tlemcen (WAT), G.M, ainsi que le président des supporters du WAT, O.J. Le sénateur en question est accusé d’avoir menacé et agressé physiquement le juge réquisitionné pour cette opération. Rappelons que la levée de son immunité parlementaire a été récemment demandée par l’actuel ministre de la Justice Belkacem Zeghmati, une requête rejetée par les membres du Sénat. Force est de constater que le feuilleton judiciaire frappé du symbole du «mendjel» n’est pas près de connaître son épilogue.

Campagne anticorruption
Il faut signaler qu’à la faveur du Hirak, des membres de la société civile, parmi eux des activistes de la LAADH, avaient observé des sit-in devant la Cour de justice de Tlemcen à Imama (Mansourah) pour réclamer une opération mains propres tous azimuts et une campagne anticorruption inexorable, notamment dans le domaine du foncier… Ceci côté cour (officiel) ; côté jardin (populaire), de nombreux activistes ont été déférés par devant le Parquet de la rue de la Paix alors que le Tribunal et la Cour de Tlemcen ont eu à juger plusieurs d’entre eux dont une jeune étudiante pour « délit d’opinion » classé dans la rubrique raison d’Etat. Dans ce contexte, des rassemblements similaires étaient tenus par des activistes et membres de la famille devant le Tribunal de Tlemcen, notamment les mardis, au niveau de la place Kairouan, pour demander la libération de leurs camarades incarcérés dans le cadre du Hirak. A ce sujet, le Tribunal de Tlemcen a prononcé dernièrement la relaxe pour quatre détenus du Hirak ; il s’agit de l’étudiante Nour El Houda Oggadi, Aissam Sayeh, Mohamed Khouani et Abdelkader Belarbi, selon un communiqué du Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Il faut souligner que Nour El Houda avait été placée en détention provisoire le 19 décembre 2019 par le juge d’instruction près le Tribunal de Tlemcen. Elle était accusée d’« atteinte à l’unité nationale », « atteinte à corps constitué et au moral des troupes », « incitation à attroupement » et « atteinte à l’intégrité d’une personnalité » du nom de Bouteflika. Dans ce cadre, le Procureur près le tribunal de Tlemcen avait requis 1 an de prison ferme à l’encontre des activistes, selon ledit comité. Auparavant, quatre détenus du Hirak avaient quitté la prison le mois dernier à Tlemcen où ils devaient purger une peine de 18 mois ferme. Il s’agit d’Ishaq Ghaouati, de Smaïl Riyahi, de Sid-Ahmed Medeledj et Sid-Ahmed Ben Sahla. Cependant, deux autres détenus du Hirak, à savoir Mohamed Mebarki et Yazid Hadou sont toujours emprisonnés à Tlemcen.
Soutien aux détenus du hirak
Quant à Benhabib Madjid, universitaire, membre très actif du Hirak, arrêté lors des marches contre le système à Tlemcen, avait été libéré au mois de septembre dernier. Le détenu d’opinion a tout de même écopé de 50 000 DA d’amende, selon la même source. Selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), bureau de Tlemcen, l’universitaire était poursuivi pour « outrage à un corps constitué» et pour avoir participé à «affaiblir le moral de l’Armée nationale populaire» en vertu des articles 75, 144 et 146 du code pénal. Par ailleurs, 11 jeunes activistes furent interpellés par la police à la veille de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, selon le comité antirépression de Tlemcen. Ils avaient investi le hall de l’état civil, précisément le service de la révision des listes électorales en scandant des slogans du vendredi … Dans ce sillage, et selon le CNLD, 42 personnes avaient été arrêtées le jour « J », 16 ont été placées en garde à vue durant 72 heures avant d’être présentées devant le Procureur du Tribunal de Tlemcen. Les manifestants, interpellés lors des actions de protestation contre l’élection présidentielle, étaient accusés d’«attroupement» et d’«incitation à attroupement». Quelque 22 manifestants poursuivis dans le cadre de l’affaire dite de «l’élection présidentielle» furent relaxés par le tribunal de Tlemcen. D’autre part, d’autres jeunes activistes furent l’objet de convocation par la cellule chargée de la cybercriminalité auprès du service de la police judiciaire relevant de la Sûreté de wilaya ; ils auraient été impliqués dans la diffusion de « tracts » pro hirak via leur page Face book mise sous haute surveillance. Leur matériel (disque dur et carte Sim) furent saisis aux fins d’enquête ; certains ont été déférés par devant le Parquet et d’autres ont été relâchés… Ce vendredi, marquant l’an 1 du Hirak, les inconditionnels marcheurs ont marqué une halte symbolique mais non moins revendicative devant la prison de Bab Sidi el Bradi’i, appelée Habs el Qasba.