Le Mawlid Ennabaoui a été célébré pour la première fois à Tlemcen, il y a sept siècles. Cette ville garde la primauté historique concernant la célébration du Mawlid par rapport aux autres villes. Les autres pays magrébins n’ont commencé à célébrer officiellement cet événement que des siècles plus tard, après l’Algérie, selon Zaïm Khenchelaoui, anthropologue des religions et chercheur auprès du CNRPAH (Alger), qui évoque dans ce sillage les pétards dont l’utilisation remonte, selon lui, au temps des Janissaires.

En 1910, le Mawlid obtient le statut officiel de fête nationale dans l’ensemble de l’empire ottoman. Des auteurs affirment que le premier monarque qui aurait officiellement célébré le Mawlid dans la partie occidentale de l’islam serait le sultan ziyanide Abou Hammou, au niveau de la légendaire « Kala’t El Mechouar », il y a sept siècles. Côté cour (officiel). La nuit du Mouloud était célébrée donc au Méchouar au sein du palais «Dar Al-Fath» avec une splendeur et un éclat inaccoutumés dans le monde, avant de devenir une fête populaire, dont la tradition s’est transmise de génération en génération à Tlemcen et surtout dans le Touat, où émigrèrent les Tlemcéniens lors de la chute des Zyanides au XVIe siècle. Une réception grandiose était donnée la nuit du 11 au 12 de Rabi’ Al-Awwal dans un des palais du Méchouar. Une profusion de coussins, de divans et de tapis garnissait l’immense salle d’apparat. Des candélabres se dressaient, pareils à des colonnes dressées sur des socles de cuivre doré. Chaque invité avait sa place reterue. Il y avait aussi bien de braves gens du peuple que des commerçants, des artisans, des étudiants et des notables. Des pages revêtus de tuniques aux couleurs variées circulaient parmi les convives. Tantôt ils promenaient des cassolettes et des encensoirs, d’où des fumées d’ambre gris répandaient des nuages dans l’atmosphère et emplissaient les narines des assistants, tantôt ils aspergeaient d’eau de rose de sorte que chacun puisse avec sa part de plaisir. Les tables par leur éclat et forme ressemblaient à des lunes. Les plats étaient pris pour des parterres fleuris. Leur vue était un régal pour les yeux et leur parfum un délice pour l’odorat. Après quoi venaient les plus beaux fruits qui puissent se voir et, enfin, les gâteaux. Le roi, assis au milieu de la salle, sur son trône, les jambes croisées, gardait le silence et l’immobilité qui sied à un monarque. Dans l’intervalle des heures, on procédait à la récitation d’abord du poème composé par le roi. Un héraut, choisi pour la douceur de sa voix, se plaçait sur une estrade vis-à-vis du monarque et récitait ou chantait le poème en faisant sentir la mesure. Puis venaient les poèmes composés par les poètes de la cour et où chacun rivalisait d’éloquence et d’habileté à la gloire du Prophète. Parmi ceux qui ont déclamé des poèmes mémorables en l’honneur de cette nuit du Mouloud, Sidi Mohammed ben Youcef Al-Quîssî, Al-Hadj Aby-Abdallah ben Aby-Djam’a et-Talâlissî, le médecin du palais, Abou ZakaryaYah’ia Ibn Khaldoun, Aby-Mohammed ‘Abdel Moumen Ibn Moussa Al-Madyounî, Abou ‘Abdallah Mohammed Ibn Ahmed Ibn Ya’lâ, Aboul-Hassen ‘Ali Ibn Al ‘Attâr, Aboul-QuacemIbnouMaymoun Es-Senouci, Abou ‘Abdallah Mohammed Al-Battîoui…, selon Si Mohammed Baghli, chercheur en legs universel. Un orchestre, où se distinguaient les mesures du karîdj (viole) de Séville, exécutait des airs de mélodies andalouses dans les intermèdes L’objet de curiosité à tous était le coffre de la Magana qui était orné de figures d’argent d’un travail très ingénieux. Sur le plan supérieur de l’appareil, s’élevait un buisson sur lequel était perché un oiseau avec ses deux petits sous les ailes. Un serpent, sortant de son repaire, situé au pied de l’arbuste, grimpait lentement vers cet oiseau, pour s’emparer des petits. Sur la partie antérieure, il y avait dix portes, autant que l’on compte d’heures dans la nuit.

Cérémonie grandiose

A chaque heure, une de ces portes tremblait et faisait entendre un frémissement aux deux extrémités latérales où se trouvaient deux autres portes plus hautes et plus larges. Au-dessus de toutes ces portes et près de la corniche, l’on voyait le globe de la lune qui se mouvait sur une trajectoire et représentait exactement la marche naturelle que cet astre suivait alors dans la sphère céleste pendant cette nuit. Au commencement de chaque heure, au moment où la porte qui la représentait, se trouvant placée au centre, faisait entendre son frémissement, deux aigles sortaient soudain par les deux grandes portes, chacun tenant en son bec un poids de cuivre, qu’ils laissaient tomber avec eux dans un bassin en cuivre. Ces poids entraient par un trou qui était pratiqué dans le milieu du bassin et roulaient dans l’intérieur de l’horloge. Alors le serpent qui, parvenu en haut du buisson, poussait un sifflement aigu et mordait l’un des petits oiseaux, malgré les cris du père. A ce moment, la porte, indiquant l’heure qui se terminait, s’ouvrait toute seule, il en sortait une jeune fille, à la taille prise dans une ceinture, très gracieuse à regarder. De la main droite, elle présentait un feuillet où le nom de l’heure se lisait à travers une petite pièce écrite en vers ; la main gauche, placée sur sa bouche comme pour saluer.
Cette horloge était l’oeuvre de l’ingénieur en automates de l’époque, le très célèbre Aboul-Hassan Ali ben Ahmad Ibn Al-Fahhâm, qui fut le plus savant de son temps dans les sciences mathématiques, féru de géométrie et de mécanique, formé à l’école d’Ibn en-Nejjar et qui avait déjà réalisé aussi l’horloge d’Abou ‘Inân à Fez dont on voit encore les vestiges sur les murs qui font face à la médersa Al-Bou’naniyya. Il fut récompensé par les rois de ces pays, qui lui servirent une rente de mille dinars en or, fournie par les gouverneurs des provinces. Ce n’est qu’après avoir présidé à la prière en commun du fadjr dans la mosquée du Méchouar, que le roi se retirait dans ses appartements, marquant ainsi la fin de cette cérémonie grandiose. Côté jardin (populaire). Suivant des chroniques rapportées, léguées et transmises de génération en génération, ce cérémonial de célébration de cette fête, qui s’étalait sur sept jours dit «sbou» ou «saba» continus avec en guise de réjouissances collectives de la population, dans un décor de liesse durant la semaine, donnait lieu en parallèle au niveau populaire à une foire de rencontre enrichissantes dans tous les domaines, social, culturel, commercial et en particulier d’échanges multilatéraux. Les festivités étaient animées par les troupes soufies des Aïssaouas. Procession à destination de Aïn El Hout et El Eubbad via Aïn Wazouta, où des jeux étaient dédiés aux enfants. A cette époque, la cité des Zianides comptait plus d’une soixantaine de branches de métiers. Des concours étaient organisés en marge de cette manifestation dans le but était de sélectionner la meilleure production artisanale. Cette manifestation fait aussi l’objet de remise de prix et diplômes aux meilleurs élèves des medersas. La réputation née des inventions de l’époque dépassait les frontières à telle enseigne que des visiteurs émerveillés venant de tout le Bassin méditerranéen, convergeaient à cette foire pour contempler la fameuse Mangana qui fonctionna la première fois à la fête du Mouloud en l’an 1358, une horloge magique conçue par l’éminent mathématicien mécanicien (correspondant aujourd’hui à l’ingénieur en automatique) Abou’ El Hacen Ali Etilimsani, connu sous le nom d’Ibn El Faham, un disciple du célèbre mathématicien Abou Abdellah Ibn El Nedjar. Une belle opportunité pour admirer l’arbre d’argent orné, fonctionnant mécaniquement en produisant des mouvements d’une multitude d’oiseaux de couleurs diverses qui entonnaient des chants. Ce remarquable arbre date de l’ère de Abou Thachfine. Qui se souvient de Baghli Hadj, alors âgé de 11 ans, déclamant une qacida à l’occasion du Mouloud, dédiée par Yelles Chaouch Mustahpa qui avait alors 17 ans ? La cérémonie se déroula au sein de Djama’ElKébir où les fidèles présents cette veillée-là versèrent des larmes d’émotion. C’était la nuit de Rabi al Awel 1351 correspondant à 1932. A souligner dans ce sillage que la maison de la culture Abdelkader-Alloula avait abrité durant un mois une fastueuse exposition sous le thème «Si le Mouloud m’était conté », organisée dans le cadre de l’évènement « Tlemcen 2011 », à l’initiative de Réda Brixi, muséologue, commissaire de l’exposition. La légendaire Mangana y figurait à travers un croquis au lieu d’une maquette. A quand une exhibition surprise à l’occasion d’un Mouloud d’une réplique (grandeur nature) de cette mythique Mangana (abstraction faite de sa reconstitution en 3 D) ? Un projet que nos ingénieurs du Laboratoire d’automatique (LAT) du pôle technologique de la Rocade ne devraient pas dédaigner. Il faut savoir que le modèle d’instauration des foires à caractère international technologique était méconnu à cette époque en Europe. Elles furent instaurées par le célèbre monarque Abou Hammou Moussa II, né en 1323 à Grenade dans le milieu chevaleresque andalou.