En dépit du froid glacial qui sévissait, la soirée, version «Hadrat El Andalous» de ce jeudi 27 décembre, a drainé beaucoup de monde au palais de la culture Abdelkrim-Dali,

dont la salle de spectacle Larbi-Bensari, avec son parterre et son balcon, était archicomble. Dès 19 heures, le public faisait le pied de grue devant l’entrée ; les portes n’ont été ouvertes que vers 20 heures, au grand dam des familles qui grelottaient de froid. Relevons parmi le public la présence de Fatih Sari, petit-fils de Cheïkh Redouane Bensari, de Omar Triqui, petit-fils maternel de Cheïkh Larbi Bensari (un des initiateurs de la fondation éponyme), Nadir Marouf, musicologue, Abdelkader Bekkaï, ancien inspecteur de musique, Abdelhakim Meziani, journaliste, El Hassar Benali, écrivain, entre autres… C’est à l’illustre orchestre de l’association musicale «Nacim El Andalous» d’Oran qu’est revenu le privilège de donner le la. Sous la houlette du maestro le Dr Yahia El Ghoul, l’orchestre a joué une nouba «Ras eddil» , illustrée d’un mseder (mizane qcid) «Rani bi el afrah», un btaïhi «Ah ! ya ouchaq», un derdj «Ma’ assâb errahil», un premier insiraf «Laqitouha fi tawafi tassaâ» (un morceau qui était chanté par Cheïkha Tetma en allégro à titre de khlass sur le mode maya), un deuxième insiraf «Hine djak errabi’», un insiraf maklass «Nirane qalbi», un makhlass «Amchi ya rassoul li dar el habib» ponctué par une fioriture instrumentale sur le mode mawel, version fanfare turque, inspirée de Cheïkh Larbi Bensari, avant de clore en apothéose avec «Ezahrou fi rawd»(sur une mélodie en allégro de «Laqitouha fi»). Les mélomanes n’ont pas été, hélas, gratifiés d’un istikhbar (solo vocal) par la voix suave de Ghoul ou Abadji (Tchiali étant absent). Les membres de l’orchestre, au nombre de 25 dont 6 femmes n’arboraient pas cette fois la tenue traditionnelle (seroual arbi, turban, chéchia, hzem, maqfoula). A noter que Yahia a troqué pour la circonstance son rbeb contre un violon.

A priori par modestie envers la jeune génération d’instrumentistes, en l’occurrence l’exécutant Yacine Meziane. Son frère, Belkacem, luthier de profession installé à Tlemcen, et dont le fils joue du qanoun au sein de l’association «Gharnata», était absent contrairement à Djawed (violonniste) et Abdelghani, son troixième frère qui était à la contrebasse. Ce dernier faisait partie de l’orchestre de variétés de la station régionale d’Oran (ex-RTA). Né en 1968, cet orchestre portait initialement le nom de groupe «Ouled el Ghoul». Après un long exil aux USA (Texas), cet enfant prodigue est revenu à ses anciennes amours. le Dr Yahia El Ghoul a été honoré à cette occasion par le Dr Abdelhamid Hadjiat, historien. La deuxième partie du programme a été animée par l’association «Zirya»(1997) de Meliana, sous la direction de Youcef Azazia, qui a proposé une nouba «Zidane»avec un inqilab zidane «Ya badi’ el hosn», un b’taïhi «Ya men ichtaka» ponctué d’un istikhbar «Ya mou’ridine an’ni» (accompagné tour à tour du violon et de la mandoline), un derdj «Mata nastarihou», un premier insiraf «A’tirou el anfass» suivi d’un deuxième «Ya ghazal dabyou el hima»(un morceau qui était chanté en solo avec brio par Cheïkh Abdelkrim Dali), un makhlass «La tataqi Allah» suivi d’un autre «Salli houmoumek fi di el achia», avant de gratifier l’auditoire d’une kadriya en guise d’extra(bonus) «Samah ya aïn». A noter que l’orchestre, composé de 19 éléments dont 7 femmes, en tenue traditionnelle, seroual et chéchia pour les hommes, blousa et mendil mharmla pour les filles.
La violoncelle, la flûte, le mandole et l’orgue cohabitaient harmonieusement avec les autres instruments. Le chef d’orchestre Youcef Azazia a été honoré par Amine Kalfat, président de l’association «Mustapha Belkhodja» d’Oran.L’hôte de Meliana, qui a pour sa part honoré le président de l’Association organisatrice «Hadrat El Andalous», Fouzi Kalfat, a voulu s’exprimer mais il sera «boudé» par le micro suite à un souci technique. La soirée a été clôturée par le prestigieux orchestre de l’association «Mustapha Belkhodja» d’Oran(1997), un pur produit du légendaire orchestre du lycée Dr Benzerdjeb de Tlemcen des années 60, comptant en son sein 12 musiciens dont notamment un trio familial composé du père Amine Kalfat (à la mandoline), président de la dite association, et ses deux fils Rifel (à l’alto), chef d’orchestre, et Aniss (au rebeb). Au menu, une nouba «eddil» avec en guise de prélude un «hawfi» instrumental «Tilimsen ya aliya» qui servait dans les années 60 comme indicatif (jingle) à la radio locale, exécuté par l’orchestre de Cheïkh Larbi Bensari, suivi d’un mseder «A la chouhoub el achia na’mal hadra fi di el achia», un b’taïchi «Qoudoumou el massa’», un derdj «khadimli sâadi» (accompagné par un solo au rebab), avant d’enchaîner avec un insiraf «Sahat qoulibi» rehaussé par la voix suave de Rifel rappelant celle de Bachir Zerrouki, le bras droit «vocal» de Cheikh Larbi Bensari, avec en prime des coups d’archet remarquables sur l’alto, ponctués par les trémolos, style grec, de son père Amine à la mandoline, illustré tour à tour de quatre makhlass exécutés en allégro «Ya qadimin loudjaïni», «Laqa safate dounia min ness», «Zarni el malih wahdou» et «Raditou bi ma qassamahou li»(mélodie de «Laqitouha fi»). Cette dernière prestation musicale est dédiée au défunt Dr Fethi Hamidou, un féru de musique andalouse, décédé récemment.
Amine Kalfat sera honoré par Mokhtar Allal, chef d’orchestre de l’association «Nahda» d’Oran. La soirée de clôture de cette 3e édition de «Hadrat El Andalous» organisée à l’occasion de la commémoration du 54e anniversaire de la disparition de Cheïkh Larbi Bensari, 25 décembre 1964-25 décembre 2018 a eu lieu hier samedi 29 décembre.