L’opportunité de la commémoration de la Journée du chahid 1957 pour évoquer la mémoire d’un martyr de la photo engagée ! Il s’agit du chahid Mounir Meghili. Il est né le 15 décembre 1928, fils de Sidi Mohammed et de Kheïra Ouret. Il habitait à l’allée des Sources, rebaptisée de son nom après l’indépendance, dans le quartier d’El Qala’ inférieure, où résidaient également Dghine Benali, alias le Colonel Lotfi (dont la tante paternelle Nana Doudja était la maîtresse de maison des Meghili, ndlr), les frères KahiaTani Hami et Fethi, les frères Kara Terki, KahiaTani dit Si Allal du PPA dont la fille Zehor épousa un grand nom du MALG Mohamed Lemkami de Beni Snous, entre autres…

Résidaient dans le même secteur d’autres martyrs, Touhami Tabet Aoul (La Pépinière), Yadi Ahmed et Rachid (EPS)… Mounir Meghili exerçait le métier de photographe ; il débuta dans un petit local à la place des Victoires, appelée communément Blass el Khadem, avant de s’installer avec son frère Noureddine dans un studio qu’il baptisa « Star », à la rue de France (aujourd’hui rue de l’indépendance), voisin du studio Modern’ où exerçaient ses deux frères Okacha et Fethi. Il est diplômé de la Centrale photo de Paris dont il suivait les cours par correspondance ; il est à ce titre considéré comme le premier photographe professionnel indigène. Mounir était lié à un groupe de militants communistes dont le Pr Sid Ahmed Inal, Me Theveny, avocat à Oran. Il aurait fait par ailleurs du journalisme en écrivant dans un journal de gauche sous un pseudonyme. Le chahid était membre de l’OCFLN ainsi que ses trois frères Noureddine, Morad et Abdelhamid (décédé) ; ces deux derniers, respectivement brigadier et inspecteur de police « transfuges » étaient membres de la « cellule des policiers ». Suite à une délation dans le cadre de l’affaire du plan d’attaque d’un commissariat, les quatre frères furent arrêtés, alors que Noureddine, Abdelhamid et Morad survécurent aux tortures, Mounir fut froidement abattu un 11 septembre 1957 dans la région de Turenne (Sabra) avec d’autres fidayine dont Djilali Brixi, où ils sont enterrés. Noureddine tourna clandestinement un film avec une caméra 20 mm sur les exactions des forces coloniales lors de la grève des huit jours de 1957 à Tlemcen. Cette opération fut initiée à l’instigation du chahid Khedim Ali, responsable de cellule, en coordination avec le mentor Mounir. Le film qui en résultat fut transmis aux instances supérieures via le Maroc et serait parvenu jusqu’à l’ONU, où il aurait été diffusé à l’appui des thèses indépendantistes du FLN. Quant à son alter ego Mounir, il prenait en photo tous les maquisards, abstraction faite de son statut de fidaï.
« Si je venais
à disparaître,
ce serait pour
une juste cause »
« Au cours d’une journée « Retrouvailles » organisée par l’Ecolymet (2006), une femme m’interpella : on doit la vie à ton père ; il avait eu la présence d’esprit, avant son arrestation, de détruire toutes les photos en sa possession qui pouvaient nous compromettre… », témoigne sa fille Mme Dali Youcef Naïma, retraitée. Au cours de ce rendez-vous, elle apporta un témoignage émouvant à la mémoire de son père : « Dans le camp de détenus où il se trouvait, alors que j’avais à peine quatre ans, un soldat m’avait prise par la main pour m’emmener visiter une sorte de hangar faisant office de dortoir, et me dit ‘c’est ici que loge ton papa…’ Mon ultime souvenir porte sur le moment de son arrestation par les soldats français. Je fus surprise par la profonde tristesse des autres membres de la famille sans en comprendre les raisons. Il me prit dans ses bras, m’embrassa, me confia à un membre de la famille et se rendit vers la jeep où l’attendaient des soldats armés devant la maison…J’ai toujours attendu son retour. Condamné à mort, il fut exécuté sans que sa famille en soit informée. A la libération de tous les détenus y compris ses trois frères, la famille fut alors convaincue de son exécution. Elle n’a jamais pu récupérer son corps. Connu pour son courage, il répliqua vertement un jour à un soldat de l’armée française qui lui demandait ‘Qu’avez-vous, Monsieur Megheli, contre les Français, il paraît que vous ne les aimez pas !’ Ce ne sont pas les Français que je n’aime pas Monsieur, mais les impérialistes… Homme de poigne, mon père était respecté de tous jusqu’à ses propres parents. Cachant difficilement son inquiétude, ma mère lui reprocha ses activités qui faisaient prendre de gros risques à sa famille. Furieux, il l’avait secouée fortement en lui disant ‘Vous m’êtes très précieux toi et les enfants, je vous adore mais j’adore davantage mon pays. C’est pour le bien-être des générations futures que nous luttons. Si je venais à disparaître, ce serait pour une juste cause… «Je crois savoir que c’était un grand homme ; je le lis sur le visage de ses amis quand ils apprennent que je suis la fille de Mounir ». Son fils Mounir, né… un 1er Novembre 1954, qui veille toujours sur le pittoresque studio de son regretté père, rapporte le sentiment du chahid en cette heureuse occasion : « Ma mère me fit savoir que mon père était particulièrement excité à qui voulait l’entendre. ‘je suis doublement heureux. Je viens d’avoir un fils né un jour qui va marquer l’histoire de l’Algérie’… ». Amine fut honoré lors d’une commémoration officielle où il reçut des mains des autorités un… pyjama en guise de cadeau alors que sa demande d’emploi en tant que chirurgien-dentiste et de logement n’ont jamais eu de suite. Il faut savoir que la liste des martyrs de Tlemcen et sa région compte plus de 475 parmi eux 6 femmes d’après le moudjahid Hadj Bellahcène Bali, dont 99 d’étudiants (entre 16 et 19 ans) et des adolescents, tels que Touhami Tabet Aoul, Abdelkader Abadji, Chaoui Boudghène Rahim, Belkaïd Abdeldjebar, Chaouch Ramdane Rachid, Bestaoui Mohammed, entre autres (la liste est longue), outre 3 femmes, à savoir Aouicha Hadj Slimane (17 ans), Maliha Hamidou et Salima Taleb, une liste « étoffée » par un martyrologue de plusieurs frères dont les Allali, les Zerga, les Bouchenak, les Benchekra, les Ghezlaoui, les Kara Terki, les Kerzabi, les Sari, les Sedjilmaci, les Gaouar…, selon l’Ecolymet. n