La gestion de la situation de confinement dictée par la prévention contre la propagation du Covid-19 à travers les villages de la wilaya de Tizi-Ouzou s’organise davantage et devient un rempart porté par l’ensemble des villageois, comme c’est le cas au village Mzeguène, dans la commune d’Illoula Oumalou, au Sud-est de la wilaya.

A l’entrée Nord du village, à hauteur d’un chapiteau dressé sur le bord de la route, des jeunes flanqués de gilets jaunes fluorescents et de matériel de désinfection nous arrêtent. Le véhicule est aspergé. Pneus, poignées de portes et même les vitres, avant de nous souhaiter bonne route et conseiller d’être «prudent». Un autre poste contrôle, est, également, installé au Sud du village traversé par le chemin de wilaya, CW 09, reliant Tizi-Ouzou à la wilaya de Béjaia, et tous les véhicules de passage sont systématiquement «contrôlés et désinfectés» nous apprend-t-on. Même les randonnées en montagne sont soumises à autorisation de même que les travailleurs ou toute personne se rendant quelque part sont soumis à ces contrôles. «La circulation automobile a, certes, diminué depuis l’apparition de cette pandémie mais elle persiste quand même. Beaucoup de gens de la région se rendent, notamment, dans la ville d’Akbou (Béjaia)» souligne, à ce propos, M’barek Oukaci, membre du comité de ce village, ajoutant qu’en fait, de contrôle, «il est demandés aux automobilistes si leur destination est le village ou juste de passage». Sur la principale placette du village, où se trouvent la mosquée et le monument des martyres, «l’organisation» du confinement est visible. Plusieurs personnes, avec gilets et brassards et distancées les unes des autres, s’affairent qui avec un registre à la main, qui au téléphone. «Ici, c’est le QG du comité, c’est d’ici que toutes nos actions sont coordonnées» explique Oukaci. Mis en place dès la mi-mars, le confinement de ce village de plus de 4 000 âmes, encadré par le comité et l’association de jeunes du village, est une décision «unanime, consciente et assumée» de l’ensemble des habitants, soutient-il, à ce propos. «Les habitants étaient conscients du risque encouru à cause de cette pandémie et la décision de confinement n’avait pas suscité grand débat. Les villageois sont tous compréhensifs de la situation à laquelle ils s’y sont vite s’adaptés, ayant compris qu’il y va de leur (sur) vie» a-t-il ajouté excluant «une quelconque difficulté à l’imposer, même aux jeunes». Et pour cause, fait-il remarquer «les habitants du village, situé en haute montagne est, toute proportion gardée, habituée aux confinements qu’elle vit pratiquement à chaque saison hivernale» précisant qu’il n’est que «l’impératif de distanciation et les mesures préventives qui sont venues s’ajouter».
Une machine est bien huilée
Sitôt dit, sitôt fait. Une organisation complète est mise en place mobilisant l’ensemble des ressources matérielles et humaines du village, notamment, la jeunesse. «Les jeunes sont les plus investis dans la gestion de ce confinement, ils ont de la volonté et sont, pour la plupart, universitaires et instruits» souligne Oukaci. Les premiers achats de denrées, médicaments, produits et matériel de désinfection effectués, un programme d’action est élaboré et mis en oeuvre depuis. Approvisionnement et rationnement des denrées alimentaires, stérilisation des allées et places du village et prise en charge des malades, « la machine est bien huilée à présent et le semblant de pression vécue au début s’est allégée», reconnaît-il. L’opération de désinfection s’effectue au quotidien au niveau de l’ensemble des allées du village et de toutes les habitations, des stocks de détergents sont constitués et les déplacements en dehors du village sont réduit au strict nécessaire et tous portés sur un registre réservé à cet effet. L’approvisionnement des habitants en denrées alimentaires et en fruits et légumes est assuré par les 04 commerçants du village qui bénéficient d’autorisations spéciales pour cela. Ces derniers ont été, par ailleurs, instruits de mettre des barrières à l’entrée de leurs magasins et de ne servir qu’une personne à la fois, en veillant aux mesures d’hygiène et de protection. Pour le lait, les habitants sont servis une fois tous les deux jours avec des quantités suffisantes par foyer qui sont rationnées par le comité, quant aux fruits et légumes «un mandataire du village disposant d’un hangar s’en occupe. Il est, lui aussi, doté de moyens de protection qui sont désinfectés à chaque retour du marché» fait savoir le responsable villageois. Un léger manque est observé s’agissant de la semoule, mais, indique notre interlocuteur, «les habitants ont tous été déjà servis une fois au début du confinement et le comité s’occupe à présent de remédier à ce manque».
Le comité du village s’est aussi chargé du recensement des malades chroniques du village afin de leur fournir les traitements nécessaires et d’assurer leur approvisionnement en médicaments, en cas de rupture de stock et aussi «dans l’incertitude, parer à l’évolution de la situation» explique Jugurtha, jeune étudiant membre de l’association du village. «Nous avons constitué un stock de médicament pour les malades chroniques et nous prenons en charge aussi l’évacuation des malades qui peuvent se déclarer en veillant au respect des mesures de protection contre cette pandémie» soutient-il. Avec le temps, les habitants du village, qui n’a enregistré aucun cas, pas même suspect, à l’instar, d’ailleurs, des 17 villages de la commune qui ont tous pris de pareilles mesures de confinement, «se sont habitués à cette «nouvelle vie», et respectent les consignes données, conscients des risques de cette pandémie, mais aussi, que c’est le seul rempart contre sa propagation» observe Oukaci. Le fait, également, «qu’ils soient conscient que ce confinement est juste un passage, le rend supportable pour le moment» a-t-il renchérit soulignant qu’il sera maintenu «jusqu’à nouvel ordre». «Pour l’heure, nous nous occupons du confinement, nous aviserons du déconfinement quand cette pandémie aura quitté les parages» a-t-il fait remarquer sur une note d’humeur qui dénote de l’optimisme des habitants de ce village. (APS)