Un mois après les incendies meurtriers de la mi-août dernier, Igreb, village de la commune d’Illoula Oumalou, à 50 km à l’est de Tizi Ouzou, pleure toujours les cinq personnes, qui ont péri dans l’immense brasier de la terrible nuit du 10 du même mois.

De Tizi Ouzou Sarah A. M.
Les images qui défilent toujours sur les réseaux sociaux sont la représentation parfaite du tableau apocalyptique témoignant de la violence du déferlement des flammes qui ont cerné de nombreux villages de cette commune de haute montagne, dans la daïra de Bouzeguène.
Le scénario et les signes de la tragédie post-incendies sont les mêmes partout où les feux ont sévi.
A Igreb, comme dans les villages sinistrés de Larbaa Nath Irathen, Aïn El Hammam, Ouacifs, Ath Yenni ou Azazga, les traces de la terrifiante épreuve des flammes à laquelle ont fait face les villageois sont toujours visibles. Elles le sont sur les pentes abruptes et réduites en cendres qui entourent le village, situé sur un plateau surplombant un dense maquis, incrusté de petites parcelles éparses d’oliveraies et de rares plantations d’arbres fruitiers à caractère utilitaire et familial.
Mais les stigmates de la terrible tragédie sont encore perceptibles sur les visages et hantent les esprits des habitants de cette contrée dont beaucoup mettront, sans doute, longtemps à évacuer le lourd traumatisme de l’épouvante engendrée par le combat acharné et incertain contre le feu ravageur qui, en plus d’avoir coûté la vie à cinq de leurs jeunes gens, ont causé des dégâts à leurs habitations, leurs arbres fruitiers et leur cheptel.
De cette nuit du 10 août et des jours qui ont suivi, les citoyens d’Igreb ont, surtout, gardé la détresse qui s’est transformée en colère qu’ils n’ont pas cessé de ressasser. Ils l’ont laissé exploser devant le wali de Tizi Ouzou, lors de son passage dans le village, dimanche 5 septembre 2021.
Toujours sous le choc, et, visiblement, remontés contre les autorités communales et de daïra, les citoyens n’ont pas manqué d’exprimer devant le premier magistrat de la wilaya leur courroux et leur ressentiment contre, notamment, le P/APC, le chef de la daïra de Bouzeguène et les représentants de l’APW qui, s’indignent-ils, comme le montre une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, les ont abandonnés à leur sort.
«Depuis le début de la crise, aucune sortie sur le terrain n’a été programmée par le P/APC qui a pris ses vacances deux jours après les incendies, ni par le chef de daïra ni par le P/APW afin de constater de visu l’étendue des dégâts. Pire, ces élus et ce commis de l’Etat n’ont pas daigné se rendre chez les familles éplorées par la perte des leurs pour leur apporter un réconfort moral et leur présenter leur condoléances», dit un représentant des comités de village de la commune Illoula, qui a lu une déclaration au nom des villages de la commune. «Lors de la réunion qu’on a tenue avec lui, le chef de daïra n’a accepté que l’assistance observe une minute de silence à la mémoire des victimes que sous la menace et l’insistance des membres des comités de village. Nous dénonçons l’absence des services de l’Etat, santé, secteur agricole, urbanisme… lors de la réunion», protestent les représentants des villages. Ils ont exigé des excuses publiques du chef de daïra, mettant en cause «l’attitude hautaine, autoritaire et insultante» de ce commis de l’Etat qui, ont-ils tenu à informer le wali, «a traité les représentants des comités de village d’ignares».
Le chef de daïra a d’ailleurs reconnu son erreur et a présenté ses excuses aux citoyens auxquels le wali demandera de les accepter. «Je vous demande d’accepter les excuses du chef de daïra en mon nom», dira le chef de l’exécutif de wilaya qui usera de propos conciliants à l’effet d’apaiser les tensions, visiblement, toujours prégnantes et vivaces parmi l’assistance.

«Faire disparaitre ces images de l’horreur»
«Il y a un retard dans la prise en charge des pertes occasionnées aux citoyens», dira le wali Djillali Doumi, s’adressant au chef de daïra. Et ajoutant à l’adresse de ce dernier : «Le réconfort moral ne vient pas avec de simples mots, c’est notre action sur le terrain en tant que commis de l’Etat qui compte. Il faut faire en sorte que ces images de l’horreur disparaissent à jamais. Mais cela ne sera possible que par notre présence sur le terrain, par la célérité et l’efficacité dans notre action et le travail en concertation avec les comités de village.» Les propos du wali ont tout l’air d’être des reproches à peine voilés adressés au chef de daïra, dont l’attitude renseigne sur les limites de la stratégie qui a caractérisé l’action des représentants de l’Etat. En tout cas, au niveau de ses démembrements au niveau local face à la crise et dans la prise en charge des besoins urgents des populations éprouvées par les incendies, le salut est venu, en grande partie, de la solidarité citoyenne qui s’est mise en mouvement dès les premières heures de la catastrophe.
Que ce soit dans la lutte contre les incendies, seuls ou assistant les agents de la Protection civile, ou encore dans l’acheminement des aides en nourriture et en eau, dans les villages touchés par le feu, les citoyens venant même hors de la wilaya de Tizi Ouzou étaient en première ligne, suppléant dans beaucoup de situations l’action des pouvoirs publics dont l’intervention a mis du temps à se déployer, car portant le sceau de la verticalité et de la centralisation bureaucratique.

La solidarité en première ligne
Et c’est, sans doute, ce constat qui a inspiré et motivé les multiples visites entamées par le nouveau wali dès le lendemain de son installation à la tête de la wilaya de Tizi Ouzou. De Larbaa Nath Irathen à Ath Yenni et Ouacif, en passant par Azazga, Yakourène, Illoula Oumalou et, hier, Ath Douala et Ath Zmenzer, en attendant de se rendre dans la région de Aïn El Hammam et Iferhounène, Djillali Doumi semble vouloir donner une image rassurante par la présence de l’Etat sur le terrain. Partout où il s’est rendu, le wali a tenté de rassurer, en réitérant l’engagement des pouvoirs publics à indemniser les sinistrés et les victimes des incendies.