La fondation Amirouche, dirigée par l’ex-cadre et député du RCD et fils du dirigeant historique de la Wilaya III, a convié un panel d’acteurs de la Révolution et des historiens pour parler de l’opération «Oiseau bleu» ou «Force K».

Les péripéties de ce que l’on peut qualifier de faits d’armes glorieux des maquisards de la Wilaya III historique qui témoignent de l’audace et de l’intelligence des dirigeants de la Révolution algérienne sont peu médiatisés et demeurent ignorés, pour ne pas dire escamotés par l’Algérie indépendante. Une situation déplorée par les organisateurs, leurs invités et de nombreux intervenants dans le débat qui estiment que l’Algérie indépendante doit réhabiliter un épisode glorieux de son histoire qui a permis à la Révolution de se doter en armes et en argent. Pour ce faire, ils ont appelé à un travail de mémoire et au recueil de témoignages et de documents d’archives pour constituer un corpus qui sera mis à la disposition des historiens. De nombreux anciens moudjahidine et membres de l’ALN, à l’image de Saïd Chikimi, auteur d’un livre de mémoire intitulé Un Rebelle dans la ville, Ferrat, le commandant Azzedine, Me Ali Yahia, qui a témoigné par un enregistrement vidéo ont longuement évoqué les faits et les hommes qui se sont impliqués dans leur déroulement. Même si d’aucuns ont regretté la quasi absence de récits vivants d’acteurs directs impliqués dans le déroulement de cette véritable épopée, il n’en demeure pas moins que les présents n’ont pas manqué de montrer leur intérêt et leur satisfaction d’avoir permis un débat sur le sujet qui continue à alimenter la polémique et soulever beaucoup de passion. Et pour cause, a-t-on, clamé dans la rencontre de samedi sur le ton de la protestation, comme le fera Nordine Aït Hamouda, c’est faire injure à la Kabylie que de ne pas reconnaître les sacrifices qu’elle a consentis pour l’indépendance de l’Algérie.
Elle a fourni le plus gros des troupes, de l’argent et des armes grâce, par exemple, à cette opération menée avec audace et intelligence par «des maquisards et des dirigeants de la Révolution qui ont appris l’art de la guerre sur le tas, selon Nordine Aït Hamouda. Une réflexion à laquelle répondra, avec la verve et la passion qui le caractérisent, le commandant Azzedine qui, sans contredire sur le fond les propos du fils du colonel Amirouche, en reconnaissant notamment que des maquisards de la Wilaya III ont été invités en wilaya IV, dirigée par un officier issu de la Wilaya III, dira qu’il faut se départir de la vision narcissique d’un certain quant-à- soi ; la Kabylie est partie intégrante de l’Algérie. Ce à quoi répondra l’ex-député du RCD que si la Kabylie ne se considérait pas comme faisant partie de la même entité géographique, elle aurait accepté la paix des braves. «La Kabylie a tout fait pour que le Sahara reste algérien», enchaînera-t-il. C’était dans le feu du débat qui a porté sur la connaissance de cette opération qui reste peu documentée et sur laquelle peu d’historiens algériens se sont penchés, sinon par le truchement de quelques écrits mémoriels qui ne peuvent pas faire contrepoids aux écrits, peu nombreux aussi d’auteurs français, comme Lacoste Dujardin ou Yves Courrière. De quoi s’agit-il ? «L’opération «Oiseau bleu» ou «Force K», ou «Opération K», est un complot mis en œuvre par le SDECE (services secrets français) en 1956, deuxième année de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Le projet, élaboré semble-t-il à la fin 1955, au niveau du Gouvernement général de l’Algérie, envisage de détacher de la rébellion du FLN plusieurs centaines de Kabyles puis de les transformer en commandos clandestins, opérant avec des tenues et des armes analogues à celles de l’ALN, le bras armé du FLN, et chargés de mettre en œuvre un véritable «contre-maquis» en Kabylie baptisé «Oiseau bleu» ou «Force K» comme «Kabyle». Le complot s’est soldé par un cuisant échec. Mieux, par un total retournement qui en approvisionna le FLN en armes, en hommes et fonds. Cette opération, longtemps tenue au secret, est encore largement ignorée des historiens et des opinions française et algérienne. Yves Courrière se vante d’être «le premier à l’avoir révélée». En plus de la réhabilitation de ces faits, beaucoup, comme le moudjahid Chikimi M. Saïd, ont longuement défendu la mémoire et l’apport de Tahar Achiche, impliqué dans le déclenchement de cette affaire. L’homme a été l’intermédiaire du commissaire Ousmer, officier des renseignements généraux français à l’époque, lui-même missionné par Jacques Soustelle, pour alimenter en hommes les contre-maquis de la Kabylie. Rôle que joua T. Achiche en allant contacter des militants d’Azazga comme S. Mahlal et Ahmed Zaïdat qui se sont attelés à monter l’opération avec l’assentiment de Krim Belkacem et d’autres dirigeants de la Révolution. Ahmed Zaïdat, S. Mahlal et T. Achiche furent assassinés pour des raisons non encore élucidées. Mais les deux premiers cités furent réhabilités comme chahid, au même titre que le commissaire Ousmer, qui bénéficia du mérite de l’Algérie et sera même intégré dans la police nationale. Sauf Achiche Tahar. D’aucuns, comme le moudjahid Chikimi Mohand Saïd, ont demandé qu’il soit enfin réhabilité et son sacrifice reconnu à l’instar de ses pairs.