Une colonne mobile, composée de 8 camions d’intervention tout-terrain, destinée à la lutte contre les incendies de forêt, a été installée au niveau de la wilaya de Tipasa par la Conservation des forêts qui précise qu’elle desservira, aussi, la wilaya de Chlef.

L’arrivée de cette colonne mobile a été bien accueillie au niveau local, d’autant que la wilaya est classée, cette année, première en matière de feu de forêt, comme le déplorera le responsable de la Conservation des forêts de Tipasa. Selon le chef de la Conservation des forêts de la wilaya Djamel Belaib, cette colonne mobile inter wilaya, puisqu’elle va couvrir aussi la wilaya de Chlef, a été installée dans le cadre du dispositif d’intervention estivale contre les feux de forêt qui sera en vigueur jusqu’au mois d’octobre prochain.
Quelque 45 agents, tous grades confondus, font partie de cette colonne mobile dotée de 8 camions légers de lutte contre les incendies de forêt, un camion de moyen tonnage et un ravitailleur, une ambulance médicalisée, un bus de transport des troupes et du matériel d’intervention, a indiqué le directeur en marge de la cérémonie de mise en place de cette colonne mobile dans l’ex-caserne des gardes communaux de Sidi Moussa (commune de Nador).
Il a ajouté que cette colonne mobile, qui sera déployée lors de grands incendies de forêt comme cela a été le cas, avant-hier, dans la forêt de Benkheira située dans la zone d’El Hamdania (commune de Cherchell), où en appui aux équipes d’intervention dans la wilaya de Tipasa et dans les wilayas limitrophes, a été renforcée suite aux orientations de la Direction générale des forêts dans le cadre de la dynamisation de la lutte contre les incendies qui ravagent chaque année les massifs forestiers.
L’objectif de la création de ces colonnes mobiles est de lutter efficacement et rapidement sur les départs de feu afin de réduire au maximum les conséquences de ce fléau sur le tissu forestier.
La colonne mobile de lutte contre les incendies est complètement autonome sur le plan de la logistique et du personnel, précisera notre interlocuteur.
Les 8 camions Mercedes Benz, d’une capacité de 800 litres chacun, sont équipés d’outillage dont des tronçonneuses, des pompes dorsales et des projecteurs pour les interventions nocturnes au niveau des massifs forestiers qui subissent, actuellement, une pression avec l’arrivée des familles dans ces lieux depuis que les plages ont été fermées au public. Les 8 camions sont de petits véhicules et, par conséquent, très pratiques car accédant facilement dans les zones accidentées et qui peuvent être d’une grande utilité pour atteindre des endroits enclavés. Quarante ouvriers saisonniers ont été recrutés pour cet été et deux postes-vigie sont opérationnels depuis le 1er juin implantés à Cherchell et Hadjret Ennous pour signaler les départs de feu tandis que de nombreux travaux sylvicoles, d’ouverture de pistes et d’assainissement des tranchées pare-feux ont été menés pour limiter les dégâts et faciliter l’intervention rapide en cas de déclenchement de feu. L’autre action importante menée par la Direction des forêts a consisté en des campagnes de vulgarisation avec la Chambre d’agriculture de la wilaya en direction des riverains mais, aussi, des fellahs les appelant à réaliser des tournières autour de leurs champs lors des opérations de moissons-battage pour éviter les incendies, récurrents chaque année, autour de leurs cultures. En plus de l’installation de camions citernes sur les lieux pour intervenir aussitôt, en cas de départ d’incendies souvent provoqués par des étincelles au niveau des moissonneuses batteuses.

Plus de 115 ha de pins d’Alep détruits par le feu depuis le 1er juin
Les responsables du secteur déplorent, également, que beaucoup d’incendies ont été constatés dans la partie ouest de la wilaya, en particulier à Damous et Gouraya, et l’apport de cette colonne mobile sera important en cas de gros sinistre en plus des moyens locaux mobilisés chaque année. Les responsables sont effarés que la saison estivale se soit annoncée catastrophique dans la wilaya de Tipasa avec plus de 115 ha de forêt déjà détruits depuis le 1er juin, ce qui représente un bilan d’un mois et demi comparé aux années précédentes. Les incendies se sont tous déclarés dans les forêts privées de la partie ouest de la wilaya, ce qui a incité la Directrice de la protection de la faune et de la flore de la DGF à se rendre sur les lieux, la semaine dernière, pour s’enquérir de la situation et faire réagir les responsables locaux. 26 départs de feu ont été enregistrés dans la daïra de Gouraya sur les 144 signalés au niveau national qui ont détruit 385 ha, dont la majorité sont des feux volontaires, selon la DGF. Pour connaître l’origine des feux, une étude, lancée en 2019 dans le cadre de la coopération avec la FAO et financée par l’ambassade du Japon, a été réactivée pour étudier les causes de ces départs de feu dont 85% sont inconnues en Algérie et dans le sud de la Méditerranée.
Une rencontre a eu lieu avec les élus locaux et la cheffe de daïra pour s’informer sur les innombrables déclenchements des feux dans la partie ouest de la wilaya dus, probablement, au défrichage et autres actions criminelles, d’où la nécessité de lancer une campagne de sensibilisation avec la Protection civile envers les riverains et autres utilisateurs des espaces forestiers.
Le travail des forestiers sur le terrain n’a jamais cessé face aux contrevenants et, ces derniers jours, au cours d’une patrouille ordinaire, l’équipe mobile des agents forestiers a découvert et saisi 70 colonnes de pins d’Alep coupées et prêtes à être utilisés pour clôturer les champs agricoles dans la région de Ghardous dans la commune de Gouraya. Cette découverte confirme, une fois de plus, que les groupes criminels continuent à sévir dans les forêts et poursuivent leur activité illégale malgré le recrutement permanent d’agents forestiers pour lutter contre toute atteinte aux biens forestiers nationaux.

Des groupes criminels continuent à sévir
L’acquisition des 8 camions, pour couvrir les territoires des deux wilayas, à savoir Tipasa et Chlef, entre dans le cadre du programme de la Direction générale des forêts (DGF) qui a reçu 80 véhicules anti-feu répartis entre plusieurs wilayas et qui peuvent intervenir dans les zones limitrophes en cas de besoin. Au niveau national on apprend que la DGF a recruté 3 077 travailleurs saisonniers dans son plan national de lutte contre les incendies et réalisé 450 tours de contrôle pour signaler les départs de feu et hâter les interventions qui sont déterminantes pour circoncire les incendies et protéger les richesses forestières en collaboration avec la Protection civile.
Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a consacré 3 milliards DA à la préparation de la saison anti-feu avec l’aménagement de tranchées pare-feu et l’ouverture de pistes pour réduire l’isolement des populations vivant à l’intérieur ou aux abords des zones forestières.

L’hyène rayée dans la forêt de Bourouis, un bon signe pour la biodiversité
Un chasseur de l’Association Beni Menad de la commune de Meurad a aperçu, récemment, dans la forêt de Bourouis à la tombée de la nuit une hyène rayée (Hyaena hyaena), une espèce animale protégée qui a disparu des radars ces dernières années. Le chasseur s’est trouvé nez à nez avec l’hyène, qui venait, probablement, chercher de quoi se nourrir aux abords de la forêt de Bourouis située entre les communes de Hadjout et de Meurad. L’hyène rayée est un animal qui mange de tout, elle se différencie des autres hyènes par un régime plus omnivore. Ainsi, elle se nourrit en général de charognes, carcasses, petits mammifères, fruits, insectes, plantes, oiseaux et petits vertébrés. Elle peut aussi chasser des animaux de sa taille, mais généralement il s’agit d’individus blessés (sangliers ou antilopes de taille moyenne), selon les spécialistes.
Le Conservateur des forêts de la wilaya de Tipasa, Belaib Djamel, a déclaré à Reporters que le retour de l’hyène rayée dans sa zone d’origine est un bon signe pour la biodiversité. C’est une espèce inoffensive qui ne s’attaque pas à l’homme et se nourrit surtout de cadavres d’animaux, d’où son rôle important en tant que nettoyeur des forêts, a-t-il indiqué.
Aperçue dans la pinède d’Alep de Bourouis entre Nador et Hadjout, d’où elle a disparu depuis les années 1980, notre interlocuteur précise que cet animal sauvage protégé, quand il ne trouve pas à manger dans la forêt, peut sortir de la forêt et venir au niveau des décharges publiques pour se nourrir et conseille aux riverains de ne pas l’attaquer car il est inoffensif.
Cette espèce animale a son utilité car elle participe à l’équilibre naturel et son retour au niveau du massif forestier de la wilaya est une bonne nouvelle pour la biodiversité. La nature reprend ses droits, comme le précisera le même responsable, qui ajoute que la chasse est interdite en ce moment.
L’hyène rayée est revenue dans sa zone naturelle, après être partie pour des raisons qui restent à élucider, même si on sait que les feux de forêt font, souvent, partir beaucoup d’espèces qui cherchent refuge ailleurs dans des endroits plus cléments. Il existe plusieurs sortes d’hyènes mais celle qui est acclimatée dans la zone de Meurad est celle avec des rayures, une espèce sociable et vit dans les zones proches des villes où elle se nourrit quelquefois des restes dans les dépotoirs.
Les responsables des forêts indiquent qu’avec les changements climatiques, la flore et la faune sont souvent contraintes à s’adapter et à cohabiter dans des milieux de plus en plus réduits. Le départ de celle-ci de ses zones d’origine font partie des dégâts collatéraux des incendies car les feux de forêt tuent les animaux mais incitent, aussi, de nombreuses espèces à fuir en quête d’un autre habitat (mammifères, volatiles, reptiles et autres).
Selon notre interlocuteur, le retour de ces espèces sauvages menacées augure d’une bonne perspective de reproduction de cet animal dans la région et peut s’expliquer par une disponibilité de nourriture dans leur milieu naturel et l’absence de situation de stress au sein des forêts.
Les responsables de la Conservation vont instruire les chasseurs et les bergers, qui sillonnent les périmètres forestiers, pour les suivre et voir s’il y a d’autres sujets et si l’hyène déjà aperçue est seule, ou en couple. Même si la chasse est interdite, les chasseurs sortent souvent en forêt pour des randonnées, indique-t-on. Les forestiers ont été invités par le Conservateur à installer des futs d’eau et de la nourriture pour les animaux sauvages qui ont du mal avec la chaleur.
Présents dans le cadre de la lutte contre les feux de forêt, les forestiers sont aussi associés à cette opération, malheureusement, cette espèce ne se montre qu’en période nocturne.
Dans la forêt de Bourouis, on trouve le sanglier sauvage, le lièvre, le faisan, le porc épic, la mangouste et la genette.