En attendant le retour providentiel des pluies pour remplir les barrages et autres nappes phréatiques, les citoyens de la wilaya de Tipasa devront prendre leur mal en patience. L’eau sera encore parcimonieusement distribuée, c’est-à-dire à raison d’une fois tous les quatre jours dans le meilleur des cas (chef-lieu de wilaya), mais le véritable casse-tête reste le programme de distribution avec équité entre les communes et les quartiers et le respect des horaires.

Par Seddiki Djamila
C’est en tout cas la revendication principale des citoyens, exprimée par leurs représentants à travers les associations qui ont rencontré, jeudi, les responsables de la Direction des Ressources en eau et les cadres de la Seaal, la première rencontre de proximité organisée dans la wilaya pour s’enquérir des préoccupations des citoyens.
Le nouveau directeur de la Seaal Tipasa, Himrane Mohamed, a du pain sur la planche pour atténuer un tant soit peu la souffrance des habitants de la wilaya et établir l’équilibre entre la partie Centre et Est plus moins desservie, et celle de l’Ouest où la ressource en eau est quelquefois inexistante.
Pour le nouveau responsable, cette rencontre s’inscrit dans une logique de proximité avec les clients de la Seaal. La situation de stress hydrique étant connue de tous «avec un déficit très important en matière de ressource superficielle, pris en charge à travers plusieurs solutions, mais restait à travailler sur le volet communication» pour mieux cerner la situation. Pour lui, rencontrer les représentants des associations n’était pas inutile, car ces derniers sont la passerelle ente la Seaal et les citoyens. «Ils peuvent, de ce fait, nous faire part des problèmes des citoyens. Il y a, bien sûr, selon notre interlocuteur, «d’autres canaux de communications, comme ceux des 13 agences fixes ainsi que l’agence mobile réparties à travers la wilaya, sans oublier le numéro vert du centre d’appel téléphonique, le 1594, mais cela reste insuffisant, d’où l’idée de ces rencontres de proximité, la quatrième au niveau national et la première à Tipasa».
Au cours de la rencontre de proximité tout a été dit, ou presque, concernant l’état des lieux, les anomalies, les récriminations, les propositions et autres solutions réalisables dans l’immédiat. Ils se résument en une bonne communication en direction des consommateurs et une distribution de la ressource avec respect des plages horaires pour ne pas «torturer» les ménagères qui ne savent jamais à quelle heure l’eau arrive pour planifier leurs activités et ne pas pénaliser certains quartiers au profit ou au détriment d’autres.
Tout le monde sait et a accepté l’idée qu’il faut rationner, même si certains continuent à clamer que «gérer, c’est prévoir», et ne comprennent pas qu’on a laissé la situation s’aggraver, voire pourrir, c’est-à-dire arriver à des barrages à sec, comme c’est le cas pour Boukourdane (Tipasa), pour réagir en se basant sur des prévissions hypothétiques (retour des pluies), alors que tout le monde sait que l’Algérie est classée 29e au niveau mondial en matière de stress hydrique.
Remise en service de la Station de dessalement de Bou Ismaïl
Il ne s’agit pas d’accabler les entreprises chargées de la gestion du service public de l’eau que sont la Seaal ou l’ADE, mais certains observateurs n’ont pas oublié qu’au lendemain de l’annonce par la Seaal du rationnement de l’eau, quelques jours avant les élections législatives, le ministre des Ressources en eau de l’époque a vite dénoncé et annulé la mesure, en se targuant de la disponibilité de l’eau jusqu’à l’automne, pour revenir sur sa décision le lendemain, sitôt le scrutin achevé !
Alors beaucoup de citoyens se surprennent à rêver que désormais on mette de côté les décisions démagogiques et qu’on joue franc jeu avec le citoyen qui, non seulement, n’est pas dupe, mais est prêt à faire des concessions quand cela s’avère nécessaire.
De son côté, le Directeur des Ressources en eau de la wilaya, tout en répondant aux questions des présents, a fait part des efforts de son département pour améliorer la situation ou du moins atténuer les effets du stress hydrique sur les populations. La solution la plus proche est la mise en service de la Station de dessalement de l’eau de mer (SDEM) de Bou Ismaïl, qui a atteint un taux de 60% pour sa réhabilitation et extension à 10 000 m3 au lieu de 5 000 m3. De nombreux citoyens ont été choqués d’apprendre que la SDEM de Bou Ismaïl avait été laissée à l’abandon suite à la mise en service de celle de Fouka d’une capacité de 120 000 m3, dont 50% sont destinés à Alger. L’autre solution d’appoint est la livraison des 35 forages lancés, dont certains ont atteint un taux de réalisation de 80% et d’autres ont été pour beaucoup dans l’amélioration de la situation dans certaines communes et dans les localités des zones éparses. La partie ouest sera sécurisée une fois les canalisations installées pour le transfert de l’eau du barrage de Kef Eddir complètement achevé. Le wali a déclaré, suite à ses visites du site, que les travaux seront livrés dans 21 mois. Ce projet, rappelons-le, a connu de nombreuses péripéties puisqu’à ce qu’il a été confié à l’ETRHB de Ali Haddad. Il est pris en charge, depuis, par l’entreprise publique Cosider.
D’autres questions ont été soulevées par les participants, dont celle de la réutilisation des eaux usées des quatre de Stations de traitement et d’épuration (STEP) Tipasa. Selon le DRE, elles sont prises en charge à travers une étude pour le traitement secondaire et tertiaire à des fins d’irrigation agricole.
D’autres solutions plus simples et rationnelles, comme la récupération de l’eau de pluie qui continue à se déverser directement en mer, en attendant la réalisation d’autres stations de dessalement autrement plus coûteuses et qui sont des solutions utiles mais à long terme.
Le projet de réalisation d’une SDEM à oued Sebt, à Gouraya, est remis au goût du jour par les responsables et la proposition est transmise au ministère. Le DRE explique que le terrain de plus de 6 ha existe mais il reste à débloquer les fonds.
Prions pour que le ciel soit généreux cet hiver et remplisse les barrages pour revenir à une situation normale où prendre une douche chaude est devenu un luxe, comme me dit mon voisin, un pessimiste invétéré, non sans une certaine amertume.