La Direction de la pêche et des ressources halieutiques de la wilaya de Tipasa a lancé, dimanche, et ce, pour cinq jours, une campagne de sensibilisation des pêcheurs et des revendeurs au détail et en gros de poissons sur l’utilisation des caisses en plastique au lieu de celles en bois considérées comme étant impropres à la consommation.

L’opération, qui a débuté au niveau du port de Khemisti, touchera les cinq ports de la wilaya où les responsables du secteur, accompagnés de ceux du commerce et de l’agriculture, des représentants de la Chambre et de l’association des consommateurs, sont allés à la rencontre des pêcheurs pour les sensibiliser sur les dangers de l’utilisation des caisses en bois aussi bien pour eux que pour les consommateurs.
Les cageots en bois, servant d’emballage, au transport et à la vente de poissons, en principe interdits, doivent être remplacés par des contenants en plastique. Mais face à certaines réticences, le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques est revenu à la charge en demandant à ses directeurs de wilaya de réunir les professionnels de la pêche afin de les sensibiliser avant de prendre des sanctions contre les réfractaires. C’est un rappel pour le respect du nouveau règlement qui interdit l’utilisation des caisses en bois sources d’effets nocifs et d’opter pour un emballage de caisses en plastique.
Selon les premiers échos, ces derniers ne semblent pas de cet avis puisque de nombreux pêcheurs et vendeurs de gros ou au détail de poissons sont pour le statu quo et n’hésitent pas à avancer diverses raisons dont celles de la mauvaise qualité des caisses en plastique disponibles en Algérie qui, selon eux, détériorerait le poisson lors de son transport sans compter, selon eux, qu’elles sont plus chères (500 à 600 DA) que celles en bois (200 DA). De plus, selon eux, la responsabilité incombe aux mandataires qui achètent les caisses. Un discours contradictoire qui exprime le refus d’obtempérer à la réglementation.
Tous les sons de cloche ont été entendus lors des deux premiers jours de cette tournée de la caravane, à savoir que les caisses en plastique proviennent du recyclage, selon certains pêcheurs qui doutent de la qualité car, pour eux, il n’y a pas de caisses en plastique alimentaire pour prétendre protéger la santé du consommateur. De plus, diront certains, en été, le plastique chauffe au contact du soleil et détériore le poisson transporté qui arrive au consommateur complètement ratatiné.
D’autres encore avancent que d’est en ouest du pays, les caisses en bois continuent d’être utilisées sans causer de danger et, pour eux, les risques sont plus grands avec le plastique puisqu’il contient des produits chimiques et est, par conséquent, mauvais et dangereux pour la santé sans compter qu’il faut le nettoyer tout le temps, ce qui occasionne du travail et des efforts à des travailleurs d’un secteur qui se soucient, seulement, du gain facile.
Selon le directeur de la pêche, Mohamed Lahiani, les professionnels de la pêche doivent adhérer à la nouvelle réglementation et écouter les conseils de cette caravane de sensibilisation des pêcheurs et des revendeurs au détail et en gros car il est question de veiller à la santé des consommateurs.
La tournée de la caravane, selon le responsable du secteur, sera clôturée par une rencontre, le 15 janvier, à l’Ecole de pêche de Cherchell, pour faire le bilan de cette opération et d’autres actions telles que le respect du repos biologique, la protection de la ressource halieutique et de l’environnement.
Selon le directeur, l’opération de remplacement des caisses en bois par celles en plastique, lancée en 2010, a été décidée dans un cadre réglementaire après la publication d’un arrêté interministériel pour en finir avec les toxi-infections et les risques sanitaires, puisque le bois est transporteur de microbes et autres maladies qui peuvent altérer le poisson qui est un produit périssable par excellence. Le nouveau règlement s’inspire des recommandations de la FAO, qui estime que les caisses en bois constituent un risque majeur pour la santé du consommateur, surtout que les produits halieutiques sont rapidement périssables.
Les pêcheurs font
de la résistance
La décision des pouvoirs publics, prise il y a près de dix ans, n’a pas fait long feu puisqu’on constate que la majorité des pêcheurs continuent à utiliser les caisses en bois sans se soucier outre mesure, ni de la réglementation en vigueur, ni des risques sanitaires pour les populations étant donné que seul le gain rapide fait partie de leurs préoccupations. Les premières réactions se sont déjà faites entendre marquées par la réticence des revendeurs dont certains prétendent que le plastique est plus nocif que le bois et qu’il chauffe vite au soleil. Celui-ci est, selon les spécialistes, plutôt résistant, facile à la manutention, peu encombrant et facile à nettoyer, le cageot en plastique doit être généralisé, plaident-ils, car il présente de nombreux avantages et leur poids reste constant. Ce qui n’est pas négligeable en cas de litige possible en ce qui concerne le poids à l’arrivée des chargements.
Entrées en vigueur en 2010, les mesures visant l’interdiction d’utilisation des caisses en bois et leur remplacement par des caisses en plastique instaurées par le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques ne semblent toujours pas faire l’unanimité.
Dix ans après et malgré les campagnes de sensibilisation, les produits halieutiques et le poisson continuent d’être vendus dans des conditions lamentables dans des caisses en bois, posées à même le sol et par conséquent, pas du tout à l’abri de la saleté et de la pollution. Pourtant, il faut rappeler qu’au moment de son lancement, en 2010, la majorité des mandataires et des pêcheurs s’était montrée favorable à l’utilisation de la caisse en plastique et le seul bémol émis, par nombre d’entre eux, est que le temps alloué pour remplacer les bacs a été jugé trop court. Car, pour eux, il ne s’agissait pas de remplacer une dizaine ou une vingtaine de caisses, mais plutôt tout le stock, et chaque mandataire disposait d’au moins 2 000 caisses en bois.
Quand on sait que le prix d’une caisse varie entre 500 et 600 dinars, le mandataire a vite fait ses calculs pour renouveler son stock, ce qui justifie, peut-être les réticences alors que beaucoup d’entre eux étaient d’accord pour remplacer les caisses pour le poisson blanc dans un premier temps avant sa généralisation.
Mais, pour la sardine beaucoup de revendeurs considèrent qu’il est très difficile d’appliquer cette mesure, car il s’agit de milliers de caisses à renouveler et, selon eux, le poisson tient moins bien dans ces contenants. Alors qui croire et comment en finir avec ce dialogue de sourds ? n