La conchyliculture, élevage de coquillages, dont les moules et les huitres, fait son chemin dans la wilaya où les amateurs de ses fruits de mer peuvent venir faire leurs emplettes à la ferme «Cultmare de Kouali», commune de Tipasa. L’engouement pour la consommation de moules et d’huîtres a été constaté, ces derniers temps, par les responsables de la ferme, qui évoquent les bienfaits nutritionnels dont la présence de zinc dans ses mollusques pour renforcer l’immunité en ces temps de pandémie de coronavirus.

Le prix du kilo de moules est, au détail, à
400 DA aujourd’hui, alors qu’il avait été proposé à 280 DA l’an dernier, tandis que les huîtres sont proposées à plus de 2 000 DA.
Rencontrée à la faveur de la visite du ministre de la Pêche, la semaine dernière, la directrice de la ferme conchylicole Radia Bayou exprimera sa surprise de constater que les Algériens consomment volontiers des huîtres et, en veut pour preuve, de nombreux clients fidèles, dont des médecins surtout, de même qu’elle compte, aussi parmi la clientèle, des restaurateurs et des revendeurs de poissons.
L’élevage de coquillages comestibles (huîtres, moules, etc.) a de l’avenir chez nous, indiquera à Reporters la responsable de la ferme de Cultmare, une entreprise privée spécialisée dans l’élevage de moules et d’huîtres, implantée en bordure de mer, non loin de la plage de Kouali.
Notre interlocutrice indique que la ferme d’élevage est implantée sur un terre-plein de 2 000 m² et dispose d’une concession maritime de 36 hectares dans laquelle sont installées, en subsurface, 20 filières conchylicoles de 300 mètres chacune.
Depuis l’ouverture de la ferme «Culture marine» en 2017, les moules et les huîtres se nourrissent, exclusivement, de phytoplancton marin naturel, tient-elle à préciser.
Contrairement à la pisciculture (élevage de poissons), les moules et les huîtres sont naturelles, puisque élevées en mer ouverte, sans aliments ajoutés ni produits chimiques, dans une eau régulièrement contrôlée par les services vétérinaires de la wilaya, qui préparent le classement de la zone qui, selon eux, n’est pas du tout polluée, et du ministère. Les moules et les huitres élevées en mer sont, ensuite, clarifiées ou purifiées en bassins à l’intérieur de ses bâtiments, puis conditionnées avant d’être commercialisées.
L’espèce produite par cette ferme, connue sous le nom de «moule méditerranéenne» est la «mytilus galloprovencialis». Depuis 2018, l’unité a entamé l’élevage des huîtres avec une production de 50 tonnes, alors que la ferme dispose d’une capacité théorique de production annuelle de 400 tonnes, pour les moules, avec en perspective l’élevage de la coquille Saint-Jacques. Cette société privée, créée sur les fonds propres de ses actionnaires, dont un ancien ministre de l’Agriculture, en partenariat avec la Financière algéro-européenne de participation (Finalep Spa), espère diversifier sa production sitôt que les techniques d’élevage seront bien maîtrisées.
La ferme emploie, actuellement, une vingtaine de travailleurs avec des plongeurs, qui sont chargés du contrôle des structures d’élevage en mer, du garnissage des naissains de moules et des huîtres sans oublier la collecte de ces produits et des agents qui bénéficient d’une formation sur le tas avec, en perspective, le recrutement des jeunes issus des universités et des écoles de pêche, selon ses responsables.
La difficulté, qui explique que la production de l’unité n’a pas atteint sa vitesse de croisière, s’explique par l’inexistence d’écloseries qui produisent les naissains.
Actuellement, tous les élevages dépendent du captage naturel et de la production de naissains de moules dans cette unité de Kouali qui a permis de satisfaire sa demande personnelle et ne cesse de s’améliorer, selon la directrice.
Pour les huîtres, l’achat s’effectue auprès d’écloseries étrangères, dont celles européennes avec des unités de taille 6 dont l’âge ne dépasse pas 45 jours. Douze à 14 mois de travail de l’équipe sont nécessaires à l’huître importée avant qu’elle n’atteigne la dimension commerciale de 80g.
Le résultat pour les huîtres est en fonction, principalement de la nature du site. Dans celui de Kouali, la température est plus ou moins élevée par rapport à celle des pays européens, ce qui explique que l’huître de Kouali se développe plus vite, bien que sa coquille ne soit pas aussi rigide que celle d’Europe, selon le responsable technique.
Cette ferme conchylicole n’est pas la première dans la wilaya puisqu’il y a eu dans les années 80 l’unité de Kamel, ce féru de plongée sous-marine qui, après s’être battu contre de nombreuses difficultés a fini par la vendre à l’entreprise Aboura, qui dispose de l’hôtel du Chenoua et de nombreux projets immobiliers. Cette dernière n’a pas fait long feu puisqu’elle a mis la clef sous le paillasson. Une autre a émergé au niveau de Kouali mais en est au stade de construction de ses bâtiments, faute de régularisation du dossier.
La ferme pilote aquacole de Bou Ismaïl : pour réhabiliter et faire le suivi de l’élevage des moules
Qui se souvient, parmi les anciens du moins, du vivier de moules qui existait dans la zone de Bou Ismaïl où se trouve le Centre national de documentation et de recherche sur la pêche et l’aquaculture (CNRDPA) et qui, au fil du temps, a fini par disparaître ou du moins n’a plus été exploité.
C’est de là que vient l’idée de réaliser une ferme aquacole, qui a été installée sur l’ancien vivier de moules, qui faisait autrefois la réputation de cette ville où cette espèce marine était très prisée. La réalisation de ce projet, inscrit au plan de développement de l’aquaculture, lancé en 2000, par le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques, a nécessité une enveloppe de 47 millions de dinars attribuée par le Fonds national d’aide à la pêche et à l’aquaculture.
Cette ferme a été réalisée avec le soutien de spécialistes espagnols qui avaient déjà réalisé, pour le compte du ministère, la carte nationale de la pêche.
Celle-ci a permis de faire un inventaire des stocks halieutiques en Algérie tout en déterminant les zones de pêche et les espèces qui y sont endémiques.
La wilaya de Tipasa venait, donc, de bénéficier du premier centre pilote conchylicole algérien, qui relève du Centre national de recherche et Développement de la pêche et de l’aquaculture de Bou Ismaïl, inscrit en 2003 avec un retard de 10 ans. Implanté à l’est de la localité côtière de Bou Ismaïl, le centre pilote conchylicole est érigé sur une surface de 2 000 m2 et a bénéficié d’une étendue en mer de 5 ha. Sa réalisation et son équipement auront coûté 90 millions de dinars. Ce centre pilote conchylicole est appelé à intensifier les recherches afin de faciliter le développement de l’élevage des bivalves en mer ouverte, d’une part, et encourager les investisseurs dans ce secteur, d’autre part.
Le CNDPA a réalisé, de son côté, deux études, l’une portant sur les potentialités aquacoles en Algérie, qui a été affinée par un bureau d’étude allemand, Rogge Marine Consulting, et l’autre, sur le bilan des opérations d’alevinage en milieu marin et d’eau douce lancées en 2001.
Le CNDPA dispose d’une écloserie pour l’incubation des œufs de poissons d’eau douce, d’un musée comprenant un large éventail d’espèces marines, d’une belle collection de coquillages, d’un laboratoire d’analyse et d’un navire de 12 m pour l’exploration marine.
Parmi les objectifs assignés à ce centre, il y a l’évaluation des ressources halieutiques et des capacités nationales en matière de pêche et d’aquaculture, le lancement d’actions pilotes liées au développement de l’aquaculture, la mise en place de viviers, de madragues et d’autres établissements d’élevage de pêche.
Le CNDPA apporte aussi une assistance technique aux opérateurs privés qui ont ou veulent investir dans le secteur et réalise des études socio-économiques, tout en menant des actions de vulgarisation et de promotion du secteur en collaboration avec les instances concernées.
Le centre veille à l’installation de récifs artificiels pour protéger les activités marines, la faune et la flore, obliger les professionnels à suivre des cours pratiques et théoriques dans le centre pilote conchylicole avant de s’engager dans la filière, interdiction à tout opérateur économique d’investir dans l’aquaculture si celui-ci et son personnel n’apprennent pas les techniques d’élevage et de gestion au niveau du centre pilote conchylicole de Bou Ismaïl ou dans les laboratoires de Mostaganem, d’Arzew et d’Annaba.
Le centre pilote conchylicole est obligé, à son tour, de suivre chaque projet de l’aquaculture sur le site, après son lancement, afin d’observer l’évolution de toutes les opérations et pouvoir comptabiliser l’expérience.
Intérêt pour l’aquaculture dans la wilaya
L’intérêt pour la production piscicole et conchylicole est fortement encouragé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dont les experts recommandent la promotion, au vu du recul constaté dans la ressource halieutique, dans le bassin méditerranéen. D’où l’intérêt de l’Algérie pour cette activité.
C’est ainsi que, ces deux dernières décennies, la wilaya de Tipasa a enregistré 21 projets d’investissement en aquaculture, à savoir le seuil fixé par le Centre national de recherche et de développement de la pêche et de l’aquaculture (CNRDPA) de Bou-Ismaïl, qui se base sur des données techniques strictes.
Ces projets devraient venir en appoint à une production de 12 100 tonnes de poissons/an selon les chiffres de 2019 dont un taux de 80% de poissons bleus.
Les responsables de la pêche signalent l’entrée en exploitation de 3 projets, tandis que 14 autres sont en voie de concrétisation, dont 12 relatifs à l’élevage de poissons en cage flottantes, loup de mer et daurade royale. L’administration exige, aujourd’hui, l’entrée en exploitation du projet, pour qu’il puisse bénéficier d’une assiette en zone logistique tout en respectant toutes les clauses du cahier des charges. Actuellement, on parle d’une production de 500 tonnes/an de moules et d’huitres, à travers deux projets de conchyliculture à Tipasa et Aïn Tagourait, outre 600 tonnes/an de daurades royales et de loups de mer produites par une ferme d’élevage en cages flottantes à Tipasa. Le coût de ces trois projets est estimé à 593 millions de dinars, selon la direction de la pêche. Sept autres projets similaires sont en cours d’étude, dont une ferme de crevetticulture d’une capacité de production de 100 tonnes/an et une autre pour l’élevage de poissons en cage flottantes /an. Par ailleurs, une zone logistique d’une capacité d’accueil de 10 000 tonnes/an, a été créée à Sidi Ghilès, pour l’implantation de 14 projets en aquaculture, accordés en concession sur une période de 25 ans, Destinée à la région Ouest de Tipasa, à savoir de Cherchell à Larhat, cette zone, s’étendant sur une surface de 4 hectares, est gérée par l’Agence de gestion et de régulation foncière (AGRF) de la wilaya. Le choix de la commune de Sidi Ghilès pour l’accueil de cette zone a été dicté par son emplacement stratégique, garantissant un équilibre régional entre l’Est et l’Ouest de la wilaya, la disponibilité d’un foncier adéquat, et surtout la bonne qualité de ses eaux.