La wilaya de Tipasa reçoit son premier appareil pour faire des tests du Covid-19 à partir de la semaine prochaine, ce qui permettra d’alléger la pression sur l’Institut Pasteur et de mieux organiser la riposte au niveau local.

Selon la Direction de la santé, l’appareil installé au niveau du Laboratoire d’analyses de wilaya peut réaliser jusqu’à 80 tests par jour au lieu de les transférer à Sidi Fredj au niveau de l’Institut Pasteur comme cela a été le cas jusque-là. Il sera mis en service la semaine prochaine, juste après la réception des réactifs que l’institut Pasteur fournira. Les résultats seront connus aussitôt au lieu des 48 heures et plus d’attente auparavant.
Tandis que la contamination se développe, chaque jour un peu plus, avec l’hospitalisation de 36 malades au niveau de l’EPH Tagzait-Abdelkader et le décès de 5 personnes, les responsables et personnels de la santé de la wilaya de Tipasa tentent de s’organiser peu à peu en utilisant le protocole de soins, dit de la chloroquine, qui semble donner de bons résultats.
La vie quotidienne s’organise tant bien que mal face à cette nouvelle que la wilaya, classée désormais 7e au niveau national en matière de contamination après Blida, Alger, Oran, Boumerdès, Béjaïa et Sétif, et les responsables essayent au jour le jour de trouver des solutions aux problèmes, en particulier pour faciliter le travail du personnel en activité. C’est ainsi qu’il a été décidé, ces derniers jours, de la mise en service de 4 bus supplémentaires, en plus des 10 réquisitionnés auparavant, pour l’acheminement du personnel médical, paramédical et ceux d’astreinte vers plusieurs directions, en l’occurrence Hadjout, Nador, Tipasa, Sidi Moussa.
Le centre de vacances de la Munatec et son hôtel, situés au chef-lieu de wilaya, ont été réquisitionnés pour l’hébergement des médecins et paramédicaux en plus des six hôtels publics (Matarès, Corne d’Or et El Beldj) et privés «Essalam» et «Namimas» de Bou Ismaïl et d’Aïn Tagourait, qui ont accueilli pendant deux semaines les familles et personnes en isolement, suite à leur retour de voyage de l’étranger. Les quatre groupes ont quitté dimanche dernier la wilaya et on signale l’atteinte par le virus de deux personnes qui étaient confinées à Matarès et El Beldj et mis en quarantaine depuis. La directrice, par intérim, de la santé de la wilaya a lancé, la semaine dernière, à travers les ondes de la radio locale, en direction des médecins privés pour venir en appoint aux efforts de leurs collègues du secteur public, apparemment débordés. Ils ont besoin de souffler un peu, étant donné la pression énorme qui pèse sur eux.
Trois mille policiers sont mobilisés et à pied d’œuvre pour faire respecter le couvre-feu de 15H à 7H du matin élargi depuis dimanche à la wilaya de Tipasa à l’instar de 9 autres qui enregistrent de nombreux cas de Covid-19.
Selon un bilan de la cellule de communication de la police, il a été contrôlé, du 28 mars au 5 avril, plus de 335 véhicules et 15 motos durant les horaires du couvre-feu qui a ont abouti à la mise en fourrière de 18 véhicules et l’arrestation de 216 piétons qui feront l’objet de sanctions selon la réglementation en vigueur et ce, dans un souci de protection et de prévention de la santé publique.
«Le meilleur médicament, c’est vous»
Malgré les nouvelles alarmantes, le premier citoyen atteint du Covid-19 a quitté l’hôpital en lançant un message aux citoyens sceptiques que «le meilleur médicament, c’est vous». Après 18 jours de soins à l’EPH Tagzait-Abdelkader et traité à la chloroquine, Bouazza Lounis, âgé de 42 ans, a quitté jeudi l’hôpital après avoir vaincu le virus, grâce aux soins intensifs et au dévouement de l’équipe médicale, mobilisée autour de lui, pendant plus de deux semaines.
Bouazza Lounis était le premier cas hospitalisé dans la wilaya de Tipasa au niveau de l’unité aménagée avec 35 lits pour recevoir les cas graves et qui, depuis, en est à sa 36e victime.
Bouazza revenait d’Espagne où il vivait et exerçait le métier de guide touristique, raconte-t-il dans une vidéo. Aussitôt après avoir ressenti les prémices de la maladie, il a consulté un médecin et l’a supplié de lui faire le test, car, disait il, il craignait d’infecter ses parents tous deux malades chroniques. Le virus et la maladie peuvent toucher n’importe qui, disait-il. Lui, ne souffrait d’aucune affection et, de surcroît, il était sportif.
A sa sortie de l’hôpital, il déclarera, fièrement : «Mon histoire est terminée avec le Covid.» Il a prié les citoyens à rester chez eux. Car, insistera-t-il, «le meilleur médicament c’est vous et la meilleure façon de se protéger et de protéger votre famille est de rester à la maison». «Soyez patient, conseillera-t-il, et n’ayez pas peur car votre destin est entre les mains de Dieu». L’ex-victime du Covid ne manquera pas de remercier tous ceux qui l’ont pris en charge et lui ont remonté le moral.
Aujourd’hui, 36 personnes, atteintes du coronavirus, sont, actuellement, hospitalisées au niveau de l’hôpital Tagzait-Abdelkader de Tipasa, tandis qu’on enregistre, officiellement, le décès de cinq personnes. Le nombre de victimes et de cas déclarés atteints du virus classe désormais la wilaya de Tipasa à la 7e place au niveau national après Blida, Alger, Oran, Tizi Ouzou Béjaïa et Sétif.
L’autre bonne nouvelle est l’arrivée d’un renfort de médecins réanimateurs volontaires de l’hôpital neurologique de Cherchell qui vont prêter main forte à leurs collègues du centre dédié aux cas graves situé à l’EPH du chef-lieu de wilaya. Quatre médecins volontaires sont prêts à rejoindre leurs collègues de Tipasa étant donné qu’il est enregistré l’arrivée de nombreux cas. Ce qui est normal, selon eux, puisque les personnes contaminées commencent à être identifiées sans compter que d’autres malades viennent d’autres wilayas puisqu’il existe 35 lits équipés de respirateurs et de ventilateurs destinés à ces malades graves.
La direction de la santé, de son côté, se démène pour mobiliser les médecins privés et autres retraités pour venir en aide à leurs collègues qui ont besoin de souffler et pouvoir organiser des équipes tournantes et faire face, éventuellement, à un flux de malades plus important, étant donné que les personnes vont être identifiées. 14 personnes sont traitées actuellement au protocole de la chloroquine qui donne de bons résultats.

Départ des voyageurs en quarantaine
Les premiers groupes d’expatriés, qui étaient en quarantaine depuis deux semaines au niveau des complexes de l’EGTT, à savoir la Corne d’or, Matarès et El Beldj, ainsi qu’au niveau des hôtels Essalam de Bou Ismaïl et Namimas d’Aïn Tagourait, ont quitté cette semaine la wilaya.
On apprend, toutefois, que deux cas atteints du virus ont été enregistrés parmi les familles dans ces deux établissements touristiques en isolement total depuis leur arrivée de l’aéroport.
Il faut rappeler que les voyageurs ont été répartis entre les trois complexes de l’EGT Tipasa, 150 à la Corne d’or, 272 venus du Caire à Matarès, tandis que l’unité d’El-Beldj a reçu 120 personnes. Mis en observation sanitaire durant deux semaines, ces voyageurs étaient suivis par les équipes médicales chargées de détecter les cas suspects à placer en quarantaine et des prélèvements sont effectués en cas d’importation du virus, comme cela a été le cas au début de l’épidémie à Blida, d’où la nécessité de ces mesures d’isolement.
On apprend, aussi, que le P/APC de Koléa, atteint lui et son épouse du Covid, lance un appel aux citoyens afin de respecter les moyens de prévention adoptés par les pouvoirs publics. Aux inconscients qui continuent à braver la maladie et les risques de contamination, il leur décrira la maladie en déclarant sur les ondes de la radio locale : «A ceux qui ne savent pas, il compare les signes de la maladie à un oiseau qu’on étrangle.»
En matière de mobilisation citoyenne, on apprend que les bénévoles continuent à apporter leur soutien aux familles nécessiteuses, tandis que cinq CFPA, sur les dix que compte la wilaya, continuent leur travail de fabrication de masques de protection destinés au personnel médical et autres.
En attendant une accalmie et pourquoi pas la disparition du virus, les citoyens n’ont qu’une solution c’est de prendre leur mal en patience et se conformer au confinement plus serré, décidé par les pouvoirs publics. Lors de notre visite, hier en voiture, à Hadjout, nous avons été choqués par le nombre de personnes dehors qui se côtoyaient allégrement alors que l’instruction des pouvoirs publics est «la préservation de la santé des citoyens et de l’ordre public» priment sur tout le reste.
Tout le monde est, donc, prévenu «gare à celle et celui qui violent les consignes du confinement sanitaire», préviennent les services de sécurité. n