La wilaya de Tipasa est classée cinquième, en matière d’incendies et de destruction du patrimoine forestier, qui a été dévasté cet été, aidé par la canicule qui a sévi depuis pratiquement le début du mois de juillet et à ce jour, nul n’est en mesure d’expliquer rationnellement les raisons à l’origine de ce désastre.

Beaucoup a été dit sur les feux de forêt de cet été caniculaire, on a incriminé les changements climatiques, les départs de feux déclenchés par l’homme que ce soit délibérément ou accidentellement, la présence de débris en verre qui feraient l’effet loupe, les actions criminelles des défricheurs et autres charbonniers qui se préparaient allégrement pour la fête du mouton et la saison estivale périodes propices aux grillades et autres réjouissances, mais en fait rien de sérieux, car aucune de ses pistes n’a été étayée par des preuves et aucun pyromane arrêté ni soupçonné.
Le conservateur des forêts de Tipasa a tenu à mettre les choses au point en expliquant que l’information qui a circulé comme une trainée de poudre, amplifiée, bien sûr, par les réseaux sociaux, devenus la voix d’Allah, quant à la responsabilité des charbonniers est dénuée de fondement car, quand il y a un incendie de forêts, l’arbre en général est réduit en cendres et il est difficile, à quiconque, de s’en servir ou de l’exploiter. En général, il faut toujours attendre la fin de la saison estivale pour faire le bilan des dégâts et voir, éventuellement, si quelques sites peuvent faire l’objet de récupération de bois brulés et autres troncs d’arbres. Selon ce responsable, Tipasa est une wilaya agro-sylvicole avec un patrimoine forestier qui couvre une superficie de 23% du territoire de la wilaya, c’est-à-dire que la wilaya est constituée de 43 000 ha de forêts sur une surface totale de plus de 170 000 ha, dont 70% de ces espaces forestiers sont situés dans la partie ouest de la wilaya, de Cherchell à Damous en passant par Gouraya, c’est-à-dire dans la montagne, en zones reculées avec beaucoup de profondeurs menant vers les frontières des wilayas de Chlef et d’Aïn Defla. Selon le bilan du mois de juillet 2019, les incendies ont détruit plus de 430 ha dont 200 ha de forêts, le reste étant constitué de broussailles, maquis et autres surfaces agricoles. Le problème, c’est que sur les 430 ha détruits, deux incendies cantonnés à Taourira à Cherchell et à Gouraya ont été particulièrement dévastateurs puisqu’ils ont consumé plus de la moitié, c’est-à-dire 270 ha. Depuis le début de la saison estivale, les agents des forêts, aidés par la Protection civile, sont intervenus plus de 100 fois. Il faut signaler que la particularité du patrimoine forestier dans la wilaya de Tipasa est à 70% privé, couvrant 11 000 ha tous constitués de forêts et situés sur les crêtes et au bord du littoral avec différentes variétés de pins d’Alep de la zone méditerranéenne qui ont une capacité importante de combustion mais, aussi heureusement, de régénération. Plus de 50% des incendies sont cantonnés dans des forêts privées, mais les dégâts sont plus importants dans le domaine forestier public, selon le conservateur des forêts. Concernant l’incrimination de l’homme dans le déclenchement de ces incendies, selon les responsables locaux, il n’y a aucun étayement à ce jour, puisqu’aucune personne n’a été arrêtée ou présentée devant la justice, ce sont juste des allégations et rumeurs propagées par des citoyens. Selon le responsable de l’environnement de la gendarmerie nationale, qui parle des enquêtes menées sur les feux, celles-ci sont classées d’origine inconnue, étant donné que 23% des forêts sont dans des zones montagneuses où il est difficile de trouver des témoins oculaires. Par contre, pour eux, il y a des explications logiques pour le déclenchement des feux, la présence de débris de verre, de déchets ménagers qui peuvent être à l’origine du déclenchement des feux surtout dans les forêts situées au bord de la route, comme c’est le cas dans la wilaya de Tipasa dans la zone littorale ouest de son territoire. Il existe 24 unités régionales de la gendarmerie nationale, réparties à travers le territoire, pour être le plus proche possible des zones d’habitat, qui peuvent intervenir à tout moment. 73 enquêtes ont été menées à ce jour, mais aucune n’a abouti à une inculpation car l’origine reste toujours inconnue jusque-là et aucun dossier n’a été transmis à la justice. La majorité des enquêtes sont déclenchées contre X pour le moment et la question est de savoir s’il y a des contrôles chez les revendeurs de charbons qui peuvent être une piste intéressante à défricher. Le conservateur des forêts, qui a précisé que sa structure dispose de l’exercice de la police judiciaire avec 12 officiers dédiés à cette tâche, tient à préciser que l’information relative à la responsabilité des charbonniers dans ses sinistres ne tient pas debout. Pour lui, la production du charbon est une technique spéciale, puisqu’il s’agit d’une combustion incomplète qui doit être menée dans une zone sans oxygène pour préserver le bois, ce qui n’est pas le cas dans les incendies enregistrés ou tout se consume et est réduit en cendres. Le message de la protection civile, qui vient en appoint à tous ses partenaires, est que celle-ci fait un effort incommensurable pour intervenir sur plusieurs fronts, en forêts, sur les routes, au niveau des plages et même dans les domiciles et cette dernière a dû, cet été, rappeler des agents en congé et d’autres, aussi, sont venus volontairement aider leurs camarades épuisés sur le front de la lutte. Ces équipes font un travail humanitaire, c’est ce qui explique la sympathie dont bénéficie ce corps professionnel. Il y a eu à ce jour 111 interventions, depuis le 1er juin, ouverture de la saison estivale, pour éteindre des feux dont les derniers ont eu lieu dans la partie ouest et centre de la wilaya plus exactement à oued Sebt et Nador. Les citoyens sont, quand même, surpris de constater qu’aucune personne n’ait été appréhendée pour provocation de feux car il existe des méthodes pour constater ne serait-ce qu’au cours de contrôles des marchandises sur les routes et les transporteurs et revendeurs de charbon incriminés cette année à l’approche de la fête de l’Aïd. Selon certains, des contrôles inopinés peuvent être un moyen pour chercher et appréhender les auteurs de ces crimes écologiques.
Qu’en est-il des postes de contrôles forestiers qui existaient auparavant?
Selon les responsables de la Protection civile, avant il y avait des postes routiers de la protection civile, mais ceux-ci ne sont plus nécessaires étant donné qu’il existe une bonne couverture de la wilaya, puisqu’elle est passée en 2009 de 4 unités à 19 unités, aujourd’hui, toutes dotées de moyens humains et matériels adéquats. Au moment du départ de feu, l’unité concernée intervient en premier avec ces propres moyens ; mais celle-ci peut être aidée par d’autres agents venus d’autres unités si le feu est important. Elle fait appel à celles situées à proximité sinon, carrément, à la colonne mobile stationnée dans la zone qui peut intervenir même dans les wilayas limitrophes en cas de besoin. La direction de la Protection civile dispose de 1200 agents mobilisés pour les feux de forêt avec des équipes disposant chacune d’un engin, d’un sous-officier et trois agents d’intervention. Selon le dernier bilan de cette dernière, il a été procédé à 111 interventions dont 80 sur des sites constitués de massifs de pins d’Alep et le reste constitué de maquis et 30 ha de céréales et des vergers constitués d’arbres fruitiers surtout de 300 amandiers, des figuiers, des oliviers, sans oublier les bottes de foin. De nombreux poulaillers à Gouraya ont été brûlés et l’évaluation est en cours pour le moment pour l’indemnisation des propriétaires ou leur prise en charge par les assurances si ces derniers ont eu la présence d’esprit d’assurer leurs récoltes ou leurs élevages. Donc, pour résumer, il y a cinq agents qui interviennent sur un feu, dès son déclenchement et l’effectif peut augmenter en fonction de son ampleur et des conditions climatiques du moment (vents forts par exemple), propagation rapide, présence d’habitants dans la zone du sinistre… Concernant le dernier feu enregistré dans la daïra de Gouraya, un des deux incendies les plus dévastateurs de la saison avec 270 ha partis en fumée, à ce jour, il a fallu mobiliser 100 agents pour pouvoir le circonscrire puis l’éteindre. Quant à la conservation des forêts, son équipe anti feu est composée de 100 agents et chaque brigade est composée de 4 éléments. Les différents intervenants interrogés ont insisté sur le désherbage qui est une action majeure dans le processus de prévention, mais celle-ci ne fait pas partie des prérogatives de la Protection civile, mais plutôt de celles des agriculteurs, des conservations de la forêt et surtout des collectivités locales. La seule chose sûre concernant les feux de
forêt cette année est que sur les sites parcourus par le feu, le spectacle est déchirant et marqué par une désolation. Des cendres partout, des arbres entiers partis en fumée et même des cadavres d’oiseaux, des restes d’ossements d’animaux et autres lièvres surpris par la vitesse des flammes. La photo d’un lièvre calciné, publié sur la page facebook de la conservation des forêts, a secoué les consciences et eu un effet boule de neige quant à la réalité du drame car, en plus de la richesse végétale, les citoyens ont pris conscience que la faune est également touchée par le sinistre et même les habitations de certains citoyens résidant à proximité des forêts ont été menacées comme cela a été le cas du côté de Menaceur. Selon les différents témoignages, le gros des problèmes, concernant les incendies de forêts, est lié à la difficulté d’accès au site et l’éloignement des points d’eau pour ravitailler les camions des pompiers, d’autant qu’il est loin le temps où les agents des forêts veillaient à ce que la collectivité locale s’acquitte de sa tâche qui consiste en la création de tranchées pare-feu qui facilitent grandement le travail des équipes d’intervention et surtout peuvent limiter les dégâts en empêchant le feu de se propager. Selon les éléments de la Protection civile qui étaient à pied d’œuvre durant tout l’été puisqu’ils sont intervenus plus de 100 fois pour éteindre des feux ou circonscrire l’incendie et empêcher sa propagation, les interventions sont très compliquées, surtout lorsqu’il n’y a pas de voies ouvertes et qu’ils sont obligés d’aller au cœur des flammes à pied avec des seaux à pompe sur le dos. De plus, selon leurs témoignages, certains arbres ont la particularité d’être très inflammables, comme c’est le cas dans notre wilaya plantée en majorité de pins d’Alep qui sont combustibles et dont les fruits peuvent exploser et se répandre très loin. D’autres espèces peuvent, aussi, mener vers de fausses pistes et rester allumés, alors qu’ils paraissent complètement éteints. Tipasa est connue pour son riche patrimoine de pins d’Alep et le fruit de ces arbres géants, connus sous l’appellation de cônes, est une véritable grenade naturelle. Sous l’effet de la chaleur, celui-ci éclate et peut répandre le feu, selon certains spécialistes, jusqu’à 100 mètres de distance à d’autres arbres sans oublier qu’il est aussi, un danger pour le sapeur-pompier qui peut se retrouvé encerclé par les flammes à cause de ces explosions.
Pour éteindre un feu, il faut réaliser des pistes d’accès ce qui est de moins en moins le cas hélas, une responsabilité qui est du ressort de la direction générale des forêts et le drame c’est que dans plusieurs régions forestières, il n’y a pas de pistes pour aller avec les camions et autres moyens mécaniques. De plus, pour arriver aux flammes, les éléments de la Protection civile ou des forêts sont obligés de faire des rotations, plusieurs fois, à partir et vers les points d’eau ce qui limite et contrarie les efforts pour éteindre vite le feu sans oublier les zones rocheuses ou des terrains très accidentés difficiles d’accès, où il est impossible d’ouvrir des pistes.
Pour terminer il faut rappeler que l’été a été très chaud, et, par conséquent, marqué par une grande sécheresse qui a touché tous les végétaux qui deviennent aussi inflammables que le carburant sans compter la présence de tous les déchets et autres détritus , abandonnés dans les espaces forestiers par des citoyens inconscients, qui deviennent combustibles et, par conséquent, la première cause des incendies. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à se promener aux abords des routes et des exploitations agricoles pour voir toutes ces herbes folles sèches qui peuvent s’enflammer au moindre souffle ou mégot jeté par des automobilistes inciviques. Si le printemps a été verdoyant et généreux en pluie, ce qui encourage le développement de la verdure partout, les conséquences sont, en général, catastrophiques les mois suivants car, quel est le responsable de la collectivité locale qui se donne la peine de lancer des opérations de désherbage, si ce n’est en situation catastrophique. Alors messieurs les responsables à tous les niveaux, si vous voulez faire de la prévention et de la vraie, pas les campagnes bidons à coup de tapage médiatique, et des réunions de préparation inutiles et répétitives pour prévenir les incendies il faut commencer par désherber et surtout à temps. La prévention est un travail collectif qui concerne toute une chaîne d’intervenants nous diront certains hommes de feux qui n’arrivent pas à se résigner à ce triste spectacle de forets réduites en cendres par négligence. Il y a tout un travail qui doit être mené par les acteurs membres de la chaîne de la prévention qui regroupe les agents des collectivités locales, ceux de l’agriculture à commencer par les fellahs, l’hydraulique pour l’installation et le contrôle des points d’eau, les agents des forêts pour les travaux sylvicoles, les travaux publics, le commerce et les services de sécurité, en plus de la Protection civile, qui est le dernier maillon.